C’est curieux chez les avocats ce besoin de faire des phrases. Et ce n’est pas banal cette façon dont maître Karim Achoui, illustre pour avoir défendu avec succès des membres du Milieu parisien – dont Marc Hornec ou Antonio Ferrara – vient de dégainer avec son bouquin, L’avocat à abattre, aux Editions du Cherche Midi.
Les balles sifflent, puisque l’avocat accuse nommément un commissaire de police d’avoir joué un rôle dans la tentative d’assassinat dont il a été victime. Du lourd en perspective, et en tout cas un règlement de comptes judiciaire, lundi 22 septembre au tribunal de Paris, où le commissaire mis en cause a demandé l’interdiction du livre.
Dans une ordonnance rendue ce matin, mardi 23 septembre, le juge des référés a rejeté la demande du commissaire. Le dossier n’a pas été examiné sur le fond, pour cause de deux vices de forme. De son côté, sans attendre la décision de justice, Michèle Alliot-Marie avait également déposé une plainte contre l’avocat pour « diffamation envers la police nationale ».
Le baveux se rebiffe
Le 22 juin 2007, boulevard Raspail à Paris, un homme casqué tire sur maître Achoui avec un 11,43, le calibre des truands. Deux balles atteignent l’avocat. L’une dans le dos qui lui perfore le poumon, l’autre à la fesse. Il échappe de peu la mort, comme il le raconte à Bakchich dans l’entretien ci-dessous.
Depuis, « le baveux se rebiffe », comme l’a titré jeudi Libération. Selon lui, Rudy Terranova, aujourd’hui écroué, soupçonné par la justice d’être celui qui a blessé par balles Karim Achoui, aurait agi avec la complicité des flics, avec qui il travaillait très régulièrement. De lourdes accusations qui ne sont pas démontrées dans son livre.
Ce que montre l’ouvrage, et ce n’est pas rien, c’est que l’agresseur présumé était en relation étroite avec les services chargés à Versailles de la lutte contre le grand banditisme, notamment par la révélation de nombreux échanges téléphoniques entre l’indic soupçonné et la hiérarchie policière. A ce titre, le document est fort instructif sur les relations qu’entretiennent les flics avec des informateurs véreux. La loi du genre, dira-t-on… Mais de là à ce qu’un patron de l’antigang visite en prison un de ses indics, il y a un pas qui aurait pu ne pas être franchi.
En revanche, l’avocat n’apporte aucun élément sur la motivation d’éventuels commanditaires au sein de la police. Et encore moins de preuves formelles démontrant une quelconque responsabilité de la police dans ce dossier. Et le portrait que Karim Achoui dresse de Rudy Terranova, un petit voyou aux multiples facettes, naviguant du grand banditisme aux services de police, laisse envisager d’innombrables scénarios dans la scandaleuse agression dont il a été victime.
Maitre Achoui n’a-t-il pas dégainé trop tôt ? N’aurait-il pas dû attendre la fin de l’instruction sur son affaire pour tirer sa salve ? Bakchich a rencontré l’avocat chez son éditeur, le Cherche Midi. Parfois allusif dans ses réponses, sans éléments précis sur la motivation des commanditaires de son agression, il s’explique, indigné, sur les très graves accusations qu’il porte dans son livre.








Version imprimable
Recommander à un ennemi