SENAT Par Philippe Boucher
Le succès de la gauche et surtout du parti socialiste au renouvellement partiel du Sénat, de surcroît plus ample qu’il n’était prévu, s’explique si facilement qu’un élève de CP pourrait le comprendre. Les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect. (On ne s’attardera pas sur le baroque de l’expression. En quoi l’épithète « indirect » permet de qualifier d’ « universel » un scrutin qui n’a appelé aux urnes que cinquante mille électeurs ? Passons.) Succès à gauche, donc. Il était en quelque sorte inévitable. Les sénateurs sont élus par des élus. Des élus dits « locaux ». La gauche ayant remporté moult mairies et conseils généraux lors des consultations locales de cette année, elle ne pouvait échapper à son petit triomphe. L’explication coule de source, mais la justification ?
Si la gauche gouverne bien « localement », est-ce le gage qu’elle fera aussi bien « nationalement » ? Ca ne saute pas aux yeux. Comment un parti incapable de se gouverner lui-même le serait-il moins à la tête du pays ? C’est peu ou prou y répondre que de poser la question. Les motions (les « contributions ») des candidats déposées, on sait qui sera candidat à Reims en novembre. Quel pourra être, le moment venu, le crédit du vainqueur (de la « vainqueuse ») dans le parti et dans le pays alors que se sont étalés les tractations et les accords les plus improbables (les « fabiusiens » alliés aux « strausskahniens » par exemple) pour faire croire que la mariée était vierge et le mari puceau ; que l’une et l’autre étaient vêtus « de probité candide et de lin blanc » (Victor Hugo, Booz endormi, La légende des siècles, 1859) ? Nous n’en sommes pas là. L’étape suivante de la démocratie sénatoriale, c’est l’élection du Président de la Haute Assemblée, comme on dit dans le milieu. La gauche étant numériquement hors jeu, le concours ne met en présence que des sénateurs de droite, c’est-à-dire y compris du centre. Le suffrage universel en devient de plus en plus indirect.
Le vote de l’UMP a désigné, mercredi 24 septembre, dès le premier tour, Gérard Larcher, 59 ans, ancien vétérinaire, ancien ministre du travail, maire de Rambouillet, élu des Yvelines. Donc, a priori, point n’est besoin d’attendre le vote officiel du 1er octobre. M. Larcher est déjà le nouveau Président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat puisque chargé d’assurer l’intérim de la Présidence de la République si le titulaire meurt en fonctions (Georges Pompidou, 2 avril 1974), s’en démet (Charles De Gaulle, 28 avril 1969), ou en est déchu. L’article 7 de la Constitution parle d’une « vacance de la présidence de la République, pour quelque cause que ce soit, ou d’empêchement constaté par le Conseil constitutionnel saisi par le gouvernement. »
Battu, Jean-Pierre Raffarin va-t-il étaler sa déconvenue sur les plateaux de télévision et y chanter J’me voyais déjà (Charles Aznavour, 1960) comme il y exhiba sa fate certitude d’être le gagnant ? Grisé par lui-même, affichant tout sourire une prétendue familiarité avec Nicolas Sarkozy, Jean-Pierre Raffarin a méconnu que la plupart des sénateurs (et des députés) sont de parfaits inconnus en dehors de leurs circonscriptions. Le « numéro » incessant de l’ancien Premier ministre a par trop souligné leur obscurité. Gérard Larcher a su s’en garder et ne pas passer pour un séide de Nicolas Sarkozy ; ses pairs lui en ont été reconnaissants, d’emblée.
Gérard Larcher par Jean-François Probst
Lire ou relire sur Bakchich :








Version imprimable
Recommander à un ennemi