Cela fait dix ans que le « dictionnaire du long métrage français érotique et pornographique en 16 et 35 mm » habite le « Docteur Bier ». Un sacré personnage, qui a a découvert l’érotisme dans la presse de supermarché , à travers les aventures sado-maso des romans-BD « Elvifrance » et « Shatane ».
Une lecture en cachette, minutée, avant de rejoindre ses parents aux caisses, les mains vides. En 1989, il monte à Paris où plusieurs salles porno subsistent. Il joue un directeur de paroisse visionnant des films X pour mieux les interdire, dans « Alliance cherche doigt » (1996) de Jean-Pierre Mocky. Puis manque de monter un site Internet avec John B.Root, réalisateur devenu pestiféré chez Canal +. En 2000, l’affaire Baise-moi éclate, et Michel Sitbon accepte de publier son "Censure –moi, histoire du classement X en France", aux éditions de l’Esprit frappeur.
Coups de boutoir contre la loi X
« Cinerotica » a d’abord fait peur aux professionnels. La débandade chez bon nombre d’éditeurs classiques (livre ou presse). Et Michel Sitbon s’est encore porté volontaire, avec Laurent Chiche, directeur de fabrication habitué de la revue échangiste « Couples ». La formule « Cinerotica » est bien de son temps, avec un magazine, un encyclopédie et un site web. Un « fascicule » en couleur de 36 pages, avec une couv’ glamour, (plutôt Brigitte que la dernière hardeuse), une thématique par numéro (la comédie pornographique au n°7, le sexe bizarre au n°22), et un prix de 4,90 €. L’approche est historique, passionnante, et s’approche d’une version cul des « Cahiers du cinéma » (période jaune). Dans ce 1er numéro, un vigoureux hommage est rendu aux pionniers du sexe filmé. Encarté au cœur du mensuel, le dictionnaire, en 25 tomes, critique vraiment les films X, (par exemple il mentionne les inserts hard non prévus au départ). Malin, le dernier numéro offrira la reliure pour tous les ranger. Enfin, le site www.cinerotica.fr propose des courts métrages clandestins ou amateurs des années 20 à 60, inédits, en vidéo à la demande.
Marchands du temple
Pour le « Docteur Bier », la pornographie est un genre cinématographique (« incorrect ») comme un autre, qui a le droit d’exister dans les cinémas et dans les rayonnages culturels. Le problème, c’est que la « scélérate » loi du 30 décembre 1975 (qui interdit toute image explicite aux moins de 18 ans), a concentré le genre entre les mains de « vils commerçants », et, du coup, tous les « esthètes » s’en sont désintéressés. Projet d’esthètes, « Cinérotica » s’avère économiquement modeste, avec investissement « à long terme », diffusion nationale de 40 000 exemplaires (point mort à 10 000), et campagne d’affichage en points de vente. Mais c’est une aventure honnête, qui fait le choix de la presse « pour que tout le monde puisse être correctement payé ». Soit autant qu’à Bakchich.








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