BAKCHICH TV

Bakchich inaugure un nouveau portail

vendredi 21 novembre
Informations, enquêtes et mauvais esprit sont maintenant en vidéos.
Bakchich.info
NIOUZLETTEUR
BAKCHICH HEBDO
Dans la même rubrique
RÉCLAME

Le Gri-gri sur le grill

mercredi 14 mars 2007

Extrait du livre de Vincent Hugeux, Les sorciers Blancs (dont nous avons parlé ici) qui relate la chute de l’ex-employeur de certains d’entre nous et notre auguste naissance. Le passage est ainsi introduit : « Où l’on croise un ersatz de dissident gabonais, Jean-Marie Le Pen, une poignée de parrains blancs dépités, un humoriste sinistre et des pourvoyeurs de bakchichs… »

Fatalité ? Au mémorial des utopies, L’Autre Afrique s’est senti moins seule à compter du 24 février 2006, date du deuxième trépas du Gri-Gri international, « quinzomadaire satirique panafricain ». Ce jour-là, un bref avis de décès, entouré de l’épais liseré noir de circonstance, occupe seul la page de garde du site www.lesamisdugrigri.com. « En raison de désaccords éditoriaux majeurs avec le directeur de la publication Michel Ongoundou Loundah, lit-on, une par- tie de la rédaction du journal. […] a décidé de mettre fin à sa collaboration avec le titre.

Par ailleurs, l’association Les Amis du Gri-Gri est en suspens, par décision de son bureau (Nicolas Beau, Anna Borrel, Richard Labévière, Christophe Ayad, Daniel Mer- met, William Bourdon). « Pour les partants, Xavier Monnier. »

Le contentieux apparemment fatal porte sur un entretien avec le président du Front national Jean-Marie Le Pen, conduit par le Gabonais Ongoundou lui-même, et dont ce dernier veut imposer la publication en dépit du veto des piliers de la rédaction. Le principe même de l’interview a heurté l’équipe. Au point d’inciter le directeur à justifier sa démarche dans une note appelée à chapeauter le questions- réponses. S’il admet offrir ainsi, « en cette période de lepé- nisation des esprits », une « tribune de plus » au leader du FN, « MOL » invoque le devoir, pour un journal « in- soupçonnable sur le terrain de l’antiracisme », de contribuer « à l’information et au débat ». « Lorsqu’on est démocrate, assène-t-il, on n’a pas peur de la parole libre. Même quand celle-ci peut, quelquefois, bousculer nos certitudes. » Pourquoi pas ? concède la rédaction. Las ! la lecture de rechange, jugé outrageusement bienveillant, ruine cet argu- mentaire. « La France, demande par exemple Ongoundou, est-elle fondée à donner des leçons de démocratie, alors que votre parti, qui représente 15 à 20% de l’électorat, n’est pas représenté à l’Assemblée nationale ? » Pas de quoi ébranler le « menhir » du néofascisme tricolore. « Savez- vous, s’enquiert plus loin le patron du Gri-Gri, que bon nombre d’Africains vous aiment bien ? » Là, c’en est trop. L’échange restera des mois dans les limbes, d’autant que l’ impertinent bimensuel se saborde. Aussitôt, l’affaire rebondit dans les colonnes de Minute [1] d’extrême droite consacre sa une ainsi que trois pleines pages à « l’entretien censuré de Le Pen » et au « journal franco-africain obligé de fermer ». Coup de pied de l’âne ? Ancien cadre commercial, Michel Ongoundou y dénonce « une hystérie typiquement franco-française ». Quant à Le Pen, il flétrit ses « censeurs », relégués au rang de « cons n’ayant rien de plaisant », et rend hommage à son interlocu- teur, « homme charmant et des plus courtois, doublé d’un remarquable professionnel ». Il est des louanges dont on ne se relève pas. L’occasion est trop belle : dans un billet vachard, François Soudan, le justicier de Jeune Afrique, raille « les bonnes fées blanches du Gri-Gri », ces tuteurs parisiens qui prétendaient rompre avec les travers de la presse panafricaine et que voilà « un peu honteux, un zeste ridicules et courageusement muets ».

Quoique simpliste, le trait d’ironie fait écho à une fêlure bien réelle apparue au fil des mois entre les parrains français du bimensuel au format tabloïd et une poignée de confrères africains de souche, de cœur ou de tripes séduits par le radi- calisme identitaire qu’incame Dieudonné, cet humoriste qui a troqué pour son malheur la verve contre la rage. Le noyau fidèle à Ongoundou s’emploie d’ailleurs à réduire le conflit à une empoignade entre Noirs et Blancs, quitte à déceler .chez ceux-ci un regain de condescendance néocoloniale. Soupçon dérisoire pour qui connaît la trajectoire de l’avocat William Bourdon, ancien secrétaire général de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme, et celle des journalistes Nicolas Beau (Le Canard enchaîné), Christophe Ayad et Florence Aubenas (Libération), ou encore Daniel Men-net (France Inter). « Étrange bagarre à front renversé, concède l’un d’eux. Nous d’un côté ; Michel, Le Pen et les dieudonnistes de l’autre. » Prescience ? Le 11 novembre 2006, escorté par une poignée de soldats perdus de Fex- trême droite, « Dieudo » viendra parader au Bourget (Seine- Saint-Denis) entre les stands de la Fête des Bleu-Blanc- Rouge, sauterie annuelle du Front national. L’occasion de serrer la louche de l’ami Jean-Marie et de saluer Bruno Gollnisch. Il est vrai que l’amuseur en perdition soutient depuis mars 2005 cet universitaire perméable aux thèses révisionnistes et condamné pour « incitation à la haine raciale » [2]

Ainsi, pas plus qu’aucune autre la rédaction du Gri-Gri international n’aura déjoué le traquenard de la surenchère militante et du tribalisme hexagonal. « Le péril du "blackisme" menace tout média panafricain, avance Hamid Barrada [Jeune Afrique], Voilà pourquoi le seul critère de recrutement chez nous, c’est la compétence, et non la couleur de peau. Même si, à expertise égale, on embauchera un Arabe ou un Noir [3]. » L’« affaire Le Pen » n’est d’ailleurs que le symptôme, voire le révélateur, d’une forme de malédiction. Si le titre a mieux résisté que d’autres, l’exception Gri-Gri n’a pas échappé à la règle des liaisons incestueuses avec les pouvoirs. Jadis persécuté par le régime gabonais, au point de fuir le pays et de décrocher à l’usure un statut de réfugié politique en France, Michel Ongoundou Loundah a semble-t-il lui aussi cédé à la tenta- tion de la contrition négociée, allant jusqu’à briguer vaine- ment au pays, en « candidat indépendant », un siège de député lors des législatives du 17 décembre 2006. Où ça ? Dans sa ville natale de Franceville, chef-lieu de la province du Haut-Ogooué et fief d’Omar Bongo… Il faut dire que son oncle, l’ancien ministre de l’Économie et des Finances Jean-Pierre Lemboumba, un temps en disgrâce, occupe au palais les fonctions de coordinateur général des affaires pré- sidentielles. Auréolé de son passé de martyr du bongoïsme, le dissident a ainsi songé à rallier la cohorte des enfants prodigues qui, au terme d’une longue errance, rentrent chez Papa Omar. Une certitude : qu’ils portent sur les secrets d’Alfred Sirven, les malheurs d’Air Gabon ou les turpitudes locales d’une banque parisienne, les « scoops » du Gri-Gri ont irrité Bongo au plus haut point. Et celui-ci, fidèle à sa légende, manie la carotte et le bâton. Tantôt il convoque Ongoundou au palais, lui promettant un coup de pouce s’il se montre moins teigneux, tantôt, à en croire ce dernier, il entrave la diffusion du journal par la Messagerie lyonnaise de presse. « OBO achète des gens pour nous pourrir les ventes, confie un jour Michel, en pleurs, à un ami. Et j’ai reçu la visite de Pascaline [fille et directrice de cabinet du chef]. Je dois me méfier : ils sont capables de tout. »

Nul doute que la volte-face d’Ongoundou suscite, chez les compagnons du Gri-Gri, un dépit palpable. « À se demander s’il ne s’est pas servi du journal pour faire grim- per les enchères, confie un de ses intimes. Avons-nousjoué à notre insu un rôle de caution ? J’espère de tout cœur que non, mais je ne peux l’exclure. » Un homme a plus que d’autres des raisons d’être amer : Nicolas Beau, limier che- vronné du Canard enchaîné et président de l’Association des amis. Car lui n’a jamais ménagé sa peine pour dénicher des investisseurs disposés à financer le bimensuel icono- claste sans exiger en retour de droit de regard sur sa ligne éditoriale ; mieux, il est allé jusqu’à puiser dans ses écono- mies une substantielle avance de trésorerie. D’autres indices ont alimenté les doutes. À commencer par la parution d’en- tretiens accordés par des chefs d’État tels Abdoulaye Wade, Laurent Gbagbo et… Omar Bongo soi-même, ou d’énigma- tiques rentrées d’argent, aussi salutaires fussent-elles pour une caisse qui sonne creux. Les 10 000 euros « remis au pot » en novembre 2005 ? Don du pouvoir sénégalais, indique Ongoundou à ses troupes. Lesquelles tardent à déceler les tares d’une gestion opaque et désinvolte. Ainsi, les Amis du Gri-Gri découvrent qu’Ongoundou a ouvert un compte au Luxembourg, ou encore qu’un de ses alliés au sein de la rédaction veille par ailleurs sur la maquette de IM Lettre d’Abidjan, bulletin de propagande du régime ivoirien édité par Africa 21, une société installée à Neuilly- sur-Seine. Ils doivent aussi batailler pour le convaincre d’abandonner la gérance ou, en septembre 2005, de consen- tir aux permanents des contrats de travail. « Dès le début, soupire un compagnon de route, il traitait son monde en despote africain. »

Navrant gâchis. Lancé en juillet 2001, suspendu huit mois plus tard faute de fonds, tire de son hibernation en sep- tembre 2004, Le Gri-Gri avait, en dépit d’un contenu inégal,

fait souffler sur les kiosques un vent de fraîcheur et d’inso- lence. Quant aux états de service de Michel Ongoundou, ils ne manquaient pas d’allure. Une décennie durant, il avait dirigé La Griffe, hebdomadaire satirique gabonais, banni en février 2001 « pour acharnement contre le chef de l’État et sa famille ». Trois mois après sa naissance, le « quinzoma- daire » connut le même sort. En mai 2006, cet astre fragile sujet aux éclipses était de retour sur les écrans radars de la Françafrique. Et plutôt deux fois qu’une. Un noyau d’an- ciens, emmenés par Nicolas Beau, diffuse depuis lors via Internet un journal ironiquement baptisé bakchich.info, désormais assorti d’une version papier hebdomadaire. Chi- chement logée au 6 bis du passage Thiéré (XIe arrondisse- ment), la petite équipe dirigée par Xavier Monnier compte trois permanents et une vingtaine de pigistes. Quant au « Club bakchich », il accueille, aux côtés du noyau dur des ex-Amis du Gri-Gri, quelques nouveaux compagnons de route. Propriétaire en droit du label Gri-Gri, « MOL » a pour sa part sorti du coma un énième avatar de son canard. Lequel, à peine ressuscité, s’est empressé d’exhumer des archives les confidences de Jean-Marie Le Pen, avant de mettre à l’honneur Dieudonné Mbala Mbala. Ongoundou a donc tenu parole, lui qui affichait dans les colonnes de Minute sa volonté de publier l’interview en souffrance « dès le lendemain de la liquidation effective de la société édi- trice »… Depuis le 18 mai, et en dépit d’une longue paren- thèse estivale, le bimensuel au nom d’amulette reparaît donc dans un format aminci (8 pages au lieu de 16).

[1] Minute, 8 mars 2006. L’hebdomadaire

[2] Le Monde, 14 novembre 2006, et Le Canard enchaîné, 15 novembre 2006. Le 18 décembre 2006, Bruno Gollnisch et Jany Le Pen, l’épouse du conducator du FN, paradaient dans le carré VIP du Zénith de Paris lors d’un spectacle de Dieudonné.

[3] Entretien avec l’auteur, 23 juin 2006.


ÉCRIRE
UN COMMENTAIRE
AFFICHER LES
1 MESSAGES
LIRE LA SYNTHÈSE QUOTIDIENNE DES COMMENTAIRES

Forum

  • Le Gri-gri sur le grill, grillé à point !
    le mercredi 17 octobre 2007 à 01:04, Nicolas a dit :

    ben merde, j’étais pas au courant de cette histoire !! diantre ! dire que j’ai un exemplaire du gri gri prés de la table de nuit…. arf…

    c’est vrai qu’il est aminci le GGI..bon ben dire que dans un autre com je fais la pub du gri gei sur ce site… marrant non ?