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Aux gabons soins de l'ambassadeur

À la toute fin du mois de mai, quelques ambassades africaines de Paris ont enfin reçu les tant attendus vœux du Gabon pour l’année 2006. La poignée de petit chanceux a vite déchanté. « Comptant sur votre compréhension, son Excellence (NDR :l’ambassadeur du Gabon Jean-Marie Adzé) vous remercie de bien vouloir gratifier Séminaris production de la somme qu’il vous plaira, en dédommagement de ses frais », explique le petit carton.

Aussitôt lu, le mot provoque émoi et coups de fil de la part des représentations nigériennes et maliennes vers Séminaris productions, la petite entreprise qui a réalisé les envois. « Quoi ! On doit payer ? Ce n’est pas possible ! ». Un échange cordial avec la petite boîte parisienne et la sentence de la secrétaire malienne tombe. « Vous n’avez pas été payé depuis six mois, oh mais vous êtes bien pressés ! ».

Paiement à la Bongolaise, en liquide et dans les couloirs de l’ambassade

Fondateur de Séminaris, Lionel Girard est moins pressé qu’agacé. Le 22 décembre dernier, le tout jeune chef d’entreprise reçoit un coup de fil de l’ambassade du Gabon qui lui commande 3000 cartes de vœux pour le nouvel an. Les délais sont courts, les imprimeries surchargées en cette période de fête. La commande est néanmoins honorée… et amputée. Le 28 décembre, le secrétariat de son excellence Jean-Marie Adzé réduit la commande à 600 cartes et transmet le devis, dûment signé et tamponné du sceau de Bongoland. Le paiement sera versé, lui promet-on, à la gabonaise : « à livraison des cartes et en liquide, des mains mêmes de l’ambassadeur ». Séminaris n’a toujours pas vu la couleur de ses 2027 euros, malgré de nombreux séjours dans la peu douillette représentation du mollah Omar en France. L’immeuble défraîchi du XVIe arrondissement de Paris a même eu le droit à un sit-in de la part de Lionel Girard. « Une manœuvre un peu ridicule », concède-t-il, « mais qui les a beaucoup gênés ». Sans pour autant les faire céder. D’où l’envoi dépité des vœux à quelques ambassades et de lettres forts polies à l’ambassadeur.

Soupçonner le Gabon de ne pouvoir honorer cette modique ardoise serait faire injure à un Etat pétrolier fort dispendieux quand il s’agit d’arroser les hommes politiques…La raison de ce « retard de paiement » est toute autre.

Un ambassadeur trop occupé

Son Excellence Adzé est un homme très occupé…et peu pressé, comme peuvent en témoigner ses confrères ambassadeurs. Lors de la présentation de ses lettres de créances, les diplomates en poste à Paris durent poireauter 4 heures avant qu’il ne se présente au Pavillon Dauphine, où il les avait conviés pour l’occasion… Peu galant, Adzé imputa son retard à sa femme, « retenue au salon de coiffure ». Le ministre français Renaud Dutreil peut aussi témoigner de la légèreté du diplomate, qui lui pose un lapin en février 2005, alors qu’il l’attendait dans un grand restaurant de la capitale. Motif invoqué cette fois-ci, « la mort d’Eyadéma »…

Seul le Mollah Omar sait lui faire presser le pas. Comme la semaine dernière. Le Bongolo de Franceville, sans doute agacé par le dilettantisme de son représentant, l’a rappelé au Gabon pour consultation. En termes moins amènes, le plus petit président d’Afrique lui a passé une belle avoinée. Pas sûr pour autant qu’il soit le plus à même de donner des leçons. Le petit Omar squatte depuis 38 ans la tête du pays…et n’est pas pressé de la quitter.