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Le Saint dessin

Les caricaturistes ont mauvaise presse

Ne caricature ni le Prophète, ni Sayyed Hassan Nasrallah : telle est la leçon de la semaine au Liban. La presse libanaise revient en effet largement sur les émeutes qui ont eu lieu à Beyrouth dans la nuit du jeudi 1er juin après la diffusion d’une émission satirique, « Basmat Watan », brocardant le secrétaire général du Hezbollah sur la chaîne LBC. « Le 5 février dernier, nous rappelle le quotidien L’Orient-le Jour au lendemain des émeutes, certains ont voulu protester contre les caricatures du Prophète publiées dans une revue danoise, et ils ont brûlé une immeuble à Tabaris. Aujourd’hui, les mêmes investissent la rue. »

Quelques heures après la diffusion du sketch humoristique, « des centaines de chiites ont investi les rues avec des barres de fer à Aïn el-Remmaneh, Achrafieh et Tarik el-Jadidé [quartiers chrétiens et sunnite de Beyrouth, ndlr] », rapporte le Daily Star (3 juin).

Pour Michel Touma, éditorialiste à l’Orient-le Jour (5 juin), plus qu’un dérapage, la réaction des partisans de Nasrallah est « un coup de Jarnac milicien à la paix civil » : « Ce n’est certainement pas en donnant libre cours à des actes de vandalisme ou à des manifestations intempestives dans les quartiers sunnites ou chrétiens, pour une raison aussi futile qu’un sketch satirique, que l’on consolide la paix civile ou que l’on favorise la détente, et l’entente, dans les rapports intercommunautaires. Le Hezbollah se targue d’être un mouvement de résistance au service de tout le pays, affirmant que ses armes ne sauraient être dirigées un jour vers l’intérieur. Or le comportement carrément milicien de ses partisans jeudi soir dans les rues de la capitale a laissé transparaître une agressivité et une hostilité envers l’autre et ce pour une raison plus que dérisoire (on ne le répétera jamais assez) […]. D’aucuns soulignent que le but de la manœuvre est d’imposer un équilibre de la terreur de manière à rendre intouchables le Hezbollah, son leadership et sa ligne de conduite politique. Auquel cas, c’est tout le problème de l’armement du parti intégriste qui se pose aujourd’hui, plus que jamais, avec acuité […]. Une réaction comme celle de jeudi soir représente non seulement une menace sérieuse pour la paix civile, mais elle constitue aussi un coup de Jarnac porté au processus d’édification de l’État, en tant qu’espace public censé fédérer les efforts visant à préserver les intérêts, la sécurité et le bien-être de toutes les composantes de la société. Lorsque l’une de ces composantes tente d’imposer sa propre loi, d’ériger son propre sanctuaire, en se plaçant au-dessus de l’État, grâce à l’atout militaire dont elle bénéficie à l’exclusion de toutes les autres parties, c’est alors l’ensemble du contrat social qui est remis en question. »

Cette nuit d’émeutes tombe en tout cas bien mal : la conférence du dialogue interlibanais doit reprendre ses travaux le 8 juin, avec pour thème de discussion le désarmement de la milice chiite, alliée de la Syrie.

Dessins condamnés, desseins cachés ?

Dans la très gouvernementale presse syrienne, on aborde le sujet du bout de la plume. L’agence de presse Sana reste très factuelle et prend soin de ne citer que les voix qui crient au crime comme les « organisations estudiantines et de la jeunesse libanaise, réunies au siège du Parti syrien national social, [qui] ont condamné l’atteinte à la personne du secrétaire général de Hezbollah qu’elles jugeaient comme atteinte à la résistance, aux résistants et aux martyrs de la résistance qui sont la gloire des Libanais et de tous les Arabes ».Un rien emphatique dans la formulation, et un brin sélectif : pas un mot des réactions du ministre libanais des Télécommunications, Marwan Hamadé, qui dans An-Nahar (3 juin) « se pose des questions à propos des desseins cachés derrière ces exactions organisées ». Ni de Walid Joumblatt, le chef du PSP, dont l’Orient-le Jour (5 juin) nous dit : « Joumblatt a ironisé sur les « chefs inspirés », déniant implicitement mais clairement à Nasrallah le privilège d’être inattaquable et rejetant « l’idolâtrie » à l’égard des hommes politiques. Prenant la défense de la « diversité » et du libéralisme politique, il a tiré à boulets rouges sur le totalitarisme du Hezbollah qu’il a assimilé à celui des régimes totalitaires voisins. » Suivez son regard…

La route de Damas passe à l’Est

Sana préfère cette semaine se faire l’écho des relations économiques extérieures de la Syrie. Ainsi apprend-on que « le ministre de l’Economie et du Commerce extérieur [syrien], M. Amer Husni Lutfi, a rencontré à Téhéran des hommes d’affaires iraniens qui exécutent des projets en Syrie. » Pour quoi faire exactement, on ne le saura pas.

Mais la teneur de la dépêche met en relief l’analyse de Marwan al-Kabalan, conférencier à l’Université de sciences politiques de Damas, parue le 31 mai dans Gulfnews : « Après trois ans de pressions occidentales, la Syrie semble décidée à se tourner vers l’Est. A la place de Londres, Paris et Washington, ce sont Pékin, Moscou et Téhéran qui sont devenus les destinations favorites des officiels syriens. La Syrie n’a pas choisi cette route, mais la porte de l’Ouest lui a été claquée en pleine figure. Désireux de punir la Syrie pour sa position anti-guerre devant l’Onu et par la suite de son soutien à la résistance irakienne après l’invasion, les Etats-Unis ont imposé des sanctions économiques et politiques au pays. Après l’assassinat du Premier ministre libanais Rafik Hariri en février 2005, la France a rejoint les Etats-Unis dans son effort de déstabilisation de la Syrie […]. »
Prenant pour exemple le regain d’amour entre la Russie et la Syrie, l’auteur rappelle que les liens entre les deux pays ont toujours été forts, notamment sous l’ex-URSS, mais s’étaient quelque peu distendus durant les années 90 qui virent un rapprochement du régime baassiste et des Etats-Unis. Mais Assad a su renoué les liens, et de façon fort habile. « L’année dernière, écrit Marwan al-Kabalan, lors d’une visite à Moscou du Président Assad, la Russie a donné son accord pour payer 73% de la dette de la Syrie soit 9,8 milliards de dollars. »

Si le Syrien a pu épongé quelque peu sa dette et trouvé un appui international, le Russe, lui, a trouvé un moyen supplémentaire de peser sur la politique au Moyen-Orient (Poutine a récemment jouer une autre carte proche-orientale en recevant officiellement à Moscou des membres du gouvernement palestinien issus du Hamas et en proposant une aide financière à l’Autorité palestinienne suite au gel des aides américaines et européennes). Dans le quotidien russe Kommenstat daté du 2 juin, on peut lire que « la Russie envisage d’installer une base navale permanente en Syrie, qui lui offrirait un avant-poste stratégique en Méditerranée ». Si l’information a été démentie par le ministère russe de la Défense, le Kommensat persiste sur son site Internet. « Moscou a commencé des travaux d’approfondissement du port syrien de Tartous et élargit également celui de Lattaquié. La Russie cherche en fait une solution de remplacement à la base de Sébastopol (Ukraine), sur les bords de la mer noire en Crimée, qu’elle a louée jusqu ‘en 2017 et pourrait devoir ensuite quitter. Pour la première fois depuis l’effondrement de l’Union soviétique, la Russie va créer une base militaire hors des anciennes frontières soviétiques, ce qui lui permettra de jouer son propre jeu politique au Moyen-Orient », écrit Kommensat. Poutine-Assad, une histoire d’intérêts communs à suivre.

Des seins animés au Koweït

Pour trouver LA bonne nouvelle de la semaine dans le monde arabe, il faut feuilleter le Kuwaït Times qui nous apprend dans son édition datée du 5 juin que « 32 femmes figurent parmi les 402 Koweïtiens qui se sont portés candidats aux élections législatives du 29 juin. ». C’est la première fois que les Koweïtiennes vont exercer leur droit de vote et d’éligibilité dans un scrutin législatif. Et le Kuweït Times d’ajouter le petit chiffre qui fait plaisir : « Au Koweït, le corps électoral est formé de 340 000 personnes, dont 190 000 femmes, soit 56 % de l’électorat. » Mesdames, toutes aux urnes !