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Ben Ali, islamiste malgré lui !
Superbe cadeau de fêtes pour le président Ben Ali, alias Bac moins trois. Des fusillades en série dans sa belle et si placide Tunisie. Les festivités ont commencé le 23 décembre pour connaître un dernier soubresaut le 3 janvier dernier. Et une fois n’est pas coutume, les fleurons de la presse française –écrite il s’entend, Françoise Laborde dans son JT de France 2 ne l’a pas même évoqué- se sont penchés sur le sujet.

Las, sans doute, des habituelles violations des droits de l’homme au pays des cornes de gazelle, les journaux, enfin surtout Libération, ne se sont pas contentés d’une brèvounette pour conter la bataille rangée de Slimane, petite ville située à une trentaine de kilomètres de la belle Tunis. En y regardant de plus près, l’intérêt subit se comprend… grrr…tremblons ! Le célèbre aphorisme de Denis Jeambar, ancien directeur de l’Express « plutôt Ben Ali que Ben Laden », se meurt.
Entre quatre et sept heures du matin le 3 janvier dernier, les forces de l’ordre tunisiennes ont fait feu sur un groupe salafiste basé à Slimane. Bilan de cet affrontement, selon Reuters, 25 morts et 15 blessés. Nos sources ont même identifié parmi les victimes un islamiste tunisien, ancien de la garde nationale. Dernièrement, ce dernier avait troqué son képi de Carthage contre les barbes algériennes et afghanes, deux pays où il s’était récemment rendu. Deux Mauritaniens venus eux aussi d’Algérie, sont également tombés sous les balles.
Ces informations ont, bien sûr, été immédiatement démenties par le gouvernement tunisien même si ce dernier s’est bien gardé de préciser le nombre de tués et leur identité. Et verrouillage de l’information oblige, l’incident ne sera mentionné pas plus de 15 secondes au JT tunisien, après les vœux du cher président Ben Ali. Seule l’agence très officielle Tap précise que cette fusillade fait suite à une attaque du 23 décembre dans la banlieue de Tunis au cours de laquelle un groupe de « dangereux criminels » a affronté les forces de l’ordre.
Oser affirmer que le rempart Ben Ali contre l’Islamisme (slogan international du régime depuis 1987 et excuse internationale officielle) se fissure, ferait mauvais genre.
Les sources officielles n’ont donc pas mentionné non plus les heurts de Sad Baboun, près du tribunal de Tunis, intervenus le 23 décembre dernier, ni ceux du 28 décembre. Dans le charmant village de Grombolia, tout récent lieu de villégiature d’un groupe de salafistes tunisiens, armée, police et même hélicoptères ont brusquement débarqué. La colline voisine de Ain Tebournok a été encerclée le même jour par les bidasses tunisiennes et la traque a été fructueuse. Une famille entière a été arrêtée pour avoir organisé la logistique du campement du groupe salafiste. Sur le compte du chef de famille ont été retrouvés 500 000 dinars (environ 300 000 euros), selon quelques indiscrets diplomates.
Le 3 janvier, le fantasme sécuritaire tunisien a sûrement connu son chant du cygne. En même temps, la recette est connue. Un pays aux mains d’une smala kleptocrate, une répression féroce, une paupérisation de la société… Le terreau idéal du fondamentalisme religieux. À croire que Ben Ali a passé ces presque 20 ans de règne à préparer le terrain. Bac moins 3, un islamiste qui s’ignore ?



