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Les pépites d'Orléans

Être trafiquant de drogue est une voie dans laquelle seuls les très précautionneux peuvent s’engager. Voyez les trafiquants de drogue arrêtés dans le cadre de l’affaire d’Orléans. S’ils étaient capables de transformer des figues et du couscous en or, via un langage codé sophistiqué, leur organisation était un peu brouillon. Lorsque la voiture que l’on conduit contient des métaux précieux, de la drogue et des centaines de milliers d’euros en petites coupures, il est des précautions utiles. Avoir des enfants à bord pour éviter les barrages par exemple. C’est ce que préconisaient nos alchimistes. Pas assez systématiquement. Deux d’entre eux se sont ainsi fait coincer par les autorités douanières. Sur le blanchiment de l’argent du trafic, Ali B. n’a pas été assez rapide en 2000. La police l’a interpellé à la gare de Lille avec la somme 1.041.000 francs placés dans… une sacoche ceinture. Qu’il a justifiée en expliquant qu’il s’agissait là de ses économies personnelles. Chômeur, Ali B. n’a pas convaincu.

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Trafics franco-marocains
© Khalid

Dans cette affaire où se bousculent une vingtaine de prévenus, les sommes sont colossales et le trafic international. Circuit classique : la drogue part du Maroc, transite par le voisin espagnol pour arriver en France par centaines de kilos. Une fois vendue, des émissaires marocains s’occupaient de transformer les espèces en or auprès d’un certain “Forel”, numismate à Toulouse. Vendeur de lingots d’or au noir, Forel utilisait parfois un intérmédiaire pour régler ses petites affaires avec les marocains. Crème des intérmédiaires, Gilles S.M aura du mal à jouer les ingénus face aux juges. Et pour cause. Celui qui, en trois ans, a refourgué 300 kgs d’argent et 300 pièces d’or à Ali B. et ses comparses est professeur d’économie et chercheur au CNRS.

L’or et le kif, sport national

Le trafic de devises entre la France et le Maroc est une sorte de sport national…Plus grave, ces petits arrangements avec le contrôle du change se fait sur fond de commerce de drogue entre les deux pays, le Maroc étant le premier producteur et exportateur de kif dans le monde…

Un vaste procès qui devrait s’ouvrir le 22 mai prochain à Orléans met en lumière ces vastes trafics. Au menu, 27 prévenus et des transactions qui se font souvent grâce à des lingots d’or. Facilité pour blanchir l’argent et échapper au fisc, le marché de l’or est l’un des plus opaques qui soit, à tel point que les banques françaises se sont discrètement retirées, en toute discrétion voici deux ans, de ce type de transaction.

Apparemment, cela n’a pas découragé les trafiquants, comme le montre la donne d’Orléans. Ce procès devrait être suivi en juin 2007, d’une surprenante audience devant la chambre de diffamation. Deux avocats, mis en détention durant l’enquête, n’ont rien trouver de mieux que de s’en prendre au magistrat instructeur Jean de Maillard. Son crime ? avoir commis un article théorique sur le blanchiment d’argent dans le journal Libération, sans lien avec le procès en cours. Les vedettes des prétoires, dont les pratiques sont rarement dénoncées sur la place publique, ont perdu une bonne occasion de rester discret. Bakchich suivra l’affaire de près.

Forel, mis en examen pour recel de blanchiment aggravé de produits provenant du trafic de stupéfiant, était plutôt doué. Jamais à court d’idées pour les planques, il a ordonné à ses petites mains de creuser des trous dans les bois ou dans son jardin pour y placer les lingots d’or que lui-même achetait au noir à ses confrères. Cocottes minutes débordant de 14 lingots d’or, pièces d’or dans le grenier et millions de francs dans un compte luxembourgeois, le magot du numismate ne colle pas à son discours geignard de brave type qui arrondit ses fins de mois en fraudant un peu le fisc… Les accusations portées contre lui sont impressionnantes. La dernière en date concerne un surveillant de prison qu’il a corrompu à coups de billets de 100 euros cachés dans des paquets de cigarettes afin que sa compagne puisse bénéficier de temps de parloir plus longs. L’incorrigible Forel en profitait pour donner des instructions à sa belle.

Et de l’autre côté de la Méditerranée ? À l’aller, de l’ail dans le coffre. Au retour, des lingots d’or moins odorants qui ont quelque peu modifié le train de vie de nos trafiquants : immeubles (dont un loué à la gendarmerie royale marocaine), voitures de luxe, maisons en ville, bakchichs pour les banquiers soupçonneux etc. Sachant que six mois d’efforts rapportent un pactole d’environ 4 millions d’euros, les candidats au trafic ne sont pas prêts d’arrêter.

Passés à table, les trafiquants ont décodé leur jargon. Pour l’or, “rouge”, “datte” ou “figues” passent bien. Petite subtilité, les “figues blanches”, c’est l’argent. Les petits morceaux d’argent ressemblent davantage à du “couscous”. Quant aux pièces d’or, elles n’ont mérité que “caillasse”…