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Dans le ghetto de Jupiter

Kinshasa : à tous les coins de rue, on entend du blues, du funk, du rap. La musique comme ultime rempart au chaos dans les ghettos de Kinshasa, c’est ce qu’ont découvert deux aventuriers parisiens. Une claque. Loin des clichés d’une ville qui meurt, Renaud Barret et Florent de la Tullaye donnent à voir, dans l’excellent documentaire Jupiter’s dance, des ruelles kinoises grouillant de vie et de talents. Rappeurs, bluesmen handicapés, griots et Jupiter Bokondji, leader du groupe Okwess International.

Chantre de la liberté, Jupiter traîne ses 20 ans de carrière et sa silhouette longiligne sereinement. Pour lui, la relève est assurée : « Dans chaque maison, il y a un musicien ». Le prince du ghetto a entraîné le duo parisien dans les bas fonds de Kinshasa. « Si les politiciens viennent ici, on peut les tabasser », menace un habitant. Délivrée de toute illusion mais encore pleine d’espoir, la jeunesse kinoise ne parle que de changement. Plus fort, de révolution. Dans cette capitale démesurée, les sans voix chantent pour être entendus par ceux d’en haut, ceux qui se paient en millions. Et qui divisent. Car l’identité évoquée ici leur est commune à tous. De la brousse, des ghettos, de la ville et à plus forte raison, de telle ou telle ethnie, peu importe. Seule l’unité compte. Fiers, les gamins enchaînent des « je suis congolais » reprenant le leitmotiv de Jupiter « c’est ici, au Congo, que se trouve notre richesse. »

Pas de matériel, de studios, de producteurs. Rien d’autre que des instruments de fortune, de la créativité et une vie dans le présent pur. Dans ce pays où la guerre menace à tout moment d’exploser, les Congolais ont compris la nécessité de vivre dans l’instant, d’expier autrement que par les coups. La musique comme exutoire à la souffrance, le quotidien dans les ghettos sans misérabilisme, la création plutôt que la mort lente : là est le parti pris de Renaud Barret et Florent de la Tullaye.

Après cette gigantesque mélodie (3 années de travail), les ex graphistes et photographes préparent deux autres documentaires. Toujours Kinshasa, mais les boxeuses et les musiciens handicapés à l’honneur cette fois. Les deux Parisiens, qui n’ont de cesse d’affirmer que leur vraie biographie ne commence qu’avec le film sur Jupiter, ont monté La Bellekinoise, à la fois « label et structure de prod vidéo » destinée à promouvoir les talents foisonnants des ghettos de Kinshasa. Un peu de lumière sur Kin la belle, merci les gars.

- Jupiter’s dance : DVD en vente à partir du 19 avril. Fnac

- Extraits diffusés sur le site : www.dailymotion.com/belleKinoise