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Légionnaires chirafricains, dernière cuvée

Ils sont tout beaux, tout chauds, tout pimpants : les légionnaires d’honneur promus à Pâques. Comme l’affirme le docte site officiel de la légion d’honneur : « les promotions les plus importantes sont publiées aux dates suivantes : 1er janvier, Pâques, 14 juillet ». Chiraquisme finissant oblige, la cuvée de Pâques 2007 a un goût particulier, la dernière tournée de Jacquot. Après sauve qui peut ! Petit tour donc des récompensés de dernière heure, au teint très françafricain. Honneur à ces héros de la République chirafricaine.

Premier de cordée, le papy Jean-Pierre Camoin dont Bakchich narre souvent les exploits. L’ancien sénateur des Bouches-du-Rhône a été fait officier de la Légion d’honneur. Une jolie récompense, obtenue sur le contingent du Premier ministre. Rien que de très normal. De Villepin a sans doute voulu rendre hommage tant à l’esprit aventureux qu’à l’itinéraire édifiant de ce papy gâté.

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Trophées françafricains
© Masioni

Depuis sa fin de mandat en 1998, le bonhomme fait feu de tout bois sur le continent africain, flanqué de l’inénarrable Francis Castagnède, ponte de la grande loge nationale de France (GLNF). Première étape du périple, la Côte d’Ivoire, où la proximité de l’ancien élu d’Arles avec le pasteur Koré, objecteur de conscience du couple Gbagbo, a ouvert de célestes portiques. Aux commandes du Carfi (Cercle d’amitié et de soutien au renouveau franco-ivoirien) structure de lobbying pro-Gbagbo dont Camoin a été président et Castagnède trésorier, les compères ont fait un tabac : accusés dans la presse internationale d’avoir servi à contourner des appels d’offres internationaux au profit d’entreprises françaises.

De passage au Togo, Camoin fricote avec le juriste aixois, Charles Debbasch, condamné en France dans le cadre de l’affaire Vasarély et néanmoins conseiller spécial du président togolais, afin d’y installer la société Bivac (société de sécurité et de gestion portuaire), dont il est représentant, à Lomé.

Fins hommes d’affaires, les papys se sont également sentis pousser des ailes barbouzardes, et élargissent leur cercle de fréquentation. Ils s’acoquinent avec Didier Julia, lors de l’épisode de libération des journalistes français en Irak.

Et Camoin a aussi le nez creux en politique. Début 2006, il participe à la campagne présidentielle béninoise, du candidat Hougbedji et promet, à tort, au Quai d’Orsay que son poulain sera vainqueur. Résultat, Yayi Boni élu.

Seule la Centrafrique semble encore sourire un peu au duo Camoin-Castagnède. Leur parrain France-Télécom vient d’y obtenir un contrat de six milliards de francs (cf. Du Grisbi à Bangui in Bakchich # 30), dont un coquet pourcentage devrait leur être reversé.

Bref, le grade d’officier est on ne peut plus mérité !

Actif depuis des lustres dans le petit village franco-africain, Robert Bourgi n’a pas eu droit à autant d’égards. Il n’a été fait que chevalier de la Légion d’honneur, sur le contingent du ministre des PME, Renaud Dutreil. Un moindre mal pour un avocat si renommé. Formé à la politique africaine par Jacques Foccart, grand architecte de la Françafrique, ancien conseiller de feu Mobutu, l’ami Bourgi a eu ses entrées dans toutes les présidences africaines. Notamment au Gabon, où il a introduit à de nombreuses reprises, Renaud Dutreil, ou en Côte d’Ivoire où il jouait les missi dominici pour l’Élysée depuis le début de la crise ivoirienne. Mais voilà quelques mois, le fidèle du président de la République a tourné casaque, passant de vomisseur en chef de Sarkozy à l’un de ses discrets conseillers. Ce n’est quand même pas pour cela quand même que Bébert n’a pas eu son ruban d’officier au moins ?

Enfin, autre grand fils de la République promu au rang de chevalier, l’infatigable et surproductif Jean-Paul Pigasse. Après un passage Express à la tête de l’hebdomadaire du même nom, période Jimmy Goldsmith, dans les années 80, et un grenouillage ambigu dans les locaux de Jeune Afrique, « Pipi » a enfin pris son envol dans les années 90. Il a suffi que ses pas croisent ceux d’un homme exceptionnel, le président congolais Denis Sassou Nguesso, pour que son talent s’exprime dans sa plénitude. Dans les colonnes de Géopolitique africaine, ou des Dépêches de Brazzaville, ce virtuose de la plume n’a de cesse de louer le grand homme. Ou à défaut, de le défendre contre les odieux pisse-froids qui accusent son héros de piller son pays, ou manigancer divers massacres dont ceux célèbres du Beach.
Une chance Sassou est copain comme cochon avec Chirac. Et le président sait être généreux. Pour son grand oeuvre Pigasse a gagné son ruban…

Avec tant de fils méritants, la nation n’a pas fini d’être reconnaissante.