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Imbéciles et malhonnêtes

EADS n’en finit pas de nourrir le feuilleton des scandales. Au centre assez systématique des polémiques, le malheureux Arnaud Lagardère que tout le monde se plaît maintenant à dénigrer. Lors de la première découverte des mouvements de stock options de Noël Forgeard, il s’était désolidarisé de ce dernier, pour déclarer qu’il préférait passer pour un imbécile plutôt que pour un malhonnête. Désormais, il est de bon ton de déclarer qu’en fait, il est les deux à la fois. Il est devenu l’enjeu de tous les règlements de compte sur la base d’un discrédit assez général de ses équipes. Au sein d’EADS, on rappelle que Jean Luc Gergorin, le désormais célèbre corbeau de l’affaire Clearstream, venait des équipes Lagardère.


Les méninges de Lagardère

Et Gergorin n’hésite pas lui-même à proclamer sa fidélité à l’esprit de la vieille maison Matra. Il invite qui veut l’entendre dans des restaurants parisiens tous plus mystérieux les uns que les autres pour expliquer qu’en fait, Jean-Luc Lagardère a été empoisonné et que tout ce qui se passe en ce moment n’est que la confirmation du vaste complot ourdi par le Kremlin pour déstabiliser l’industrie européenne d’armement. Il faut dire que le complot est partout. Dans l’entourage du directeur de la Caisse des dépôts et consignations (CDC), dernière institution en date à avoir vu son nom impliqué dans les louches histoires d’EADS, on parle de plus en plus du destin tragique d’Augustin de Romanet, l’actuel directeur nommé juste à sa sortie du cabinet de Chirac. En effet, ce jeune garçon serait appelé à céder bientôt la place pas tant pour son chiraquisme ni pour une gestion contestable mais tout simplement parce qu’il ne serait pas franc-maçon. Le complot, toujours !

En attendant, la défense de la CDC concernant ses rachats d’action EADS au prix fort est jugée par beaucoup comme maladroite. Affirmer sans sembler hésiter que le cours d’alors était intéressant et que tous les analystes financiers conseillaient de se porter acquéreur au moment même où tous les cadres de l’entreprise vendaient conduit à mettre la CDC dans la même position que Lagardère : passer d’abord pour des imbéciles pour ensuite et très rapidement pour des malhonnêtes. A la tête de la CDC, on envisage sans états d’âme de faire porter le chapeau à Francis Mayer, le dirigeant de l’époque qui est aujourd’hui décédé. Ce que l’on craint, c’est que l’inspection des finances, diligentée après un moment de cafouillage, sur les comptes de l’institution par Christine Lagarde, ne trouve des documents compromettants, c’est-à-dire des comptes rendus de réunion où il se serait dit des choses plus précises que des considérations sur les analyses des experts financiers.

À l’Élysée, on essaie d’évaluer les dégâts : les Allemands, pourtant à l’origine de la crise industrielle de l’entreprise du fait des retards accumulés dans l’usine de Hambourg, sont maintenant de fait les vrais dirigeants du groupe. L’astuce tendant à faire entrer dans le conseil d’administration des personnalités fortes capables d’ébranler leurs certitudes comme L. Mittal ne remettra pas en cause ce résultat tangible de la prise de pouvoir germanique. Consolation néanmoins pour Nicolas Sarkozy : Arnaud Lagardère qui l’agace est franchement en difficulté et Thierry Breton devrait à cette occasion finir de s’abîmer dans le néant politique.