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Bhutto, cible de deux camps

Deux jours après l’attentat contre l’opposante Bénazir Bhutto, la confusion règne au Pakistan, sous alerte rouge , où de violentes émeutes anti-Musharraf ont éclaté dans plusieurs villes du pays. Le trouble n’épargne pas la recherche des auteurs de cet acte meurtrier.

Accusées par les partisans du parti de Bénazir Bhutto, le PPP, d’avoir organisé sa mort - ou du moins laissé faire en n’assurant pas la sécurité de leur leader - les autorités ont répliqué en trouvant un coupable, plutôt crédible : Al-Qaïda. Dégainant publiquement la « preuve », en l’occurrence une interception d’écoutes réalisée par ses services de renseignements, le Ministère de l’intérieur a nommément désigné le responsable d’Al-Qaïda au Pakistan, Baïtullah Mehsud, pris en flag en train de féliciter au téléphone l’un des membres de son groupe pour avoir réussi l’opération. Cette écoute téléphonique conduit à s’interroger sur d’autres conversations (avant l’attentat) qui auraient pu être interceptées par ces mêmes services, qui semblent visiblement bien connaître les lignes de communication des réseaux de Ben Laden sur leur territoire !

Ce "coupable" s’est d’ailleurs manifesté aujourd’hui du fond de sa planque du Waziristan, via son porte parole et par voie de presse. Il dément toute implication dans l’attentat, arguant que les tribus "ne s’en prennent pas aux femmes", contrairement à d’autres, suivez son regard - "le gouvernement, l’armée et les services de renseignement"- qui sont, selon ses dires, les seuls auteurs de ce "complot". Embarrassant.

Une autre "revendication", transmise à une agence de presse pakistanaise, mais moins relayée, était déjà apparue quelques heures après l’annonce du décès de l’ancien premier ministre. Un responsable d’Al-Qaïda, cette fois en Afghanistan, le Mollah Moustafa Al-Yazid, s’était réjoui de "l’élimination du gibier des Américains (Bénazir Bhutto) qui avait annoncé sa détermination à éliminer les moudjahidines". Une opération que "nous avons accomplie avec succès", conformément aux directives du numéro deux d’Al Qaïda, l’égyptien Ayman Al-Zawahri.

Dans son dernier enregistrement le 16 décembre (voir Bakchich), l’idéologue égyptien en avait appelé au soutien des moudjahidines à l’armée pakistanaise pour renverser le régime de Musharraf, et couper court au projet américain de "démocratie" au Pakistan dont Bénazir Bhutto, réinjectée dans le jeu politique du pays par l’entremise des Etats-Unis, était "l’agent". En prônant ainsi, quelques jours avant l’attentat, une alliance entre armée et réseaux extrémistes autour d’intérêts communs - alliance qui ne lui apparaît pas contre-nature - Al-Zawahri faisait la synthèse et semble bien indiquer une piste.

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