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Le pouvoir algérien au rapport

En 1995, la journaliste Nicole Chevillard rédige une étude sur les dessous du pouvoir algérien. La période est ultra-sensible : le terrorisme islamiste est à son apogée en Algérie, tout comme la guerre pour le pouvoir suprême entre ceux qui souhaitent dialoguer avec les barbus du FIS et ceux qu’on appelle les “erradicateurs”, emmenés par le chef d’Etat-major de l’armée algérienne, le général Mohamed Lamari. Bien renseigné, ce document, que Bakchich s’est procuré, a tapé dans l’œil de la DST française qui convoque la journaliste. Comme elle le raconte au site Rue.89, l’objet de cette rencontre qui a lieu peu après les attentats à Paris était de lui proposer de rédiger une étude pour « faire pression sur les généraux algériens pour qu’ils acceptent une solution politique pour que la paix revienne en Algérie ». N. Chevillard souligne aussi qu’elle avait compris que les Français soupçonnaient les services algériens d’être liés aux actions terroristes commises sur le sol français par les GIA.

C’est ce que la journaliste dira en octobre 2007 au procès de Rachid Ramda, le financier du groupe accusé d’avoir posé les bombes. Elle avait rencontré à l’époque le préfet Rémy Pautrat, ancien patron de la DST, qui lui aurait confié que les chefs des services algériens se seraient vantés « d’avoir retourné Djamel Zitouni », l’émir des GIA au moment des attentats.


Casquettes & tombes

Bakchich avait alors questionné le préfet Pautrat. En fait, il n’avait pas reccueilli les confidences des Algériens en personne mais plutôt celles de l’un des principaux patrons de la DST, Raymond Nart, intime des généraux erradicateurs. Ce dernier lui avait raconté que son homologue algérien, Smaïn Lamari, lui avait expliqué que, lors d’une embuscade, ses forces spéciales avaient arrêté un groupe du GIA. Tous ont été tués, « à l’exception de Djamel Zitouni, le futur Émir du GIA. Celui-là, pendant une quinzaine d’années, on l’avait bien en main ».

Extraits de l’étude « Algérie : l’après-guerre civile » (Nicole Chevillard)

Commandos de la mort
« il a beaucoup été question de ces voitures banalisées remplies de tueurs anonymes qui n’hésitaient pas à tirer, soit sur la foule, soit sur les forces de l’ordre. (…) Depuis le début de 1992 (…) ce phénomène n’a pas cessé de prendre de l’ampleur, intervenant d’ailleurs de façon quasi rituelle à chaque fois qu’une solution politique de sortie de crise semblait se dessiner. (…) Que des "commandos de la mort" existent en Algérie est un fait avéré. Il est simplement difficile de cerner avec précision les liens qu’ils entretiennent avec les services officiels ou certains hauts responsables de l’armée algérienne.

A deux doigts d’un accord avec le FIS
A la fin octobre 1994, l’Algérie est passée très près d’un accord au sommet entre le FIS et la présidence (…) Selon des sources militaires, les émissaires de Liamine Zéroual (…) en étaient à discuter, point par point, sur une liste de quelque 2 000 noms, les postes qui pourraient être attribués à des représentants du parti dissous (…) Ces différentes tractations auraient dû aboutir (…) avant le 1er novembre 1994, à une déclaration d’Abassi Madani appelant les groupes armés à une trêve de six mois. Lui-même et Ali Benhadj auraient été libérés à l’occasion de la fête nationale.
(…) C’est à Paris, où il s’était rendu à plusieurs reprises au cours des mois précédents, que Mohamed Lamari a, semble-t-il, trouvé les appuis politiques et les moyens (en termes militaires) de suspendre ce calendrier qui n’avait jamais reçu sa totale approbation.

L’armée déprimée
Les tractations entre Zéroual et Lamari ont surtout révélé la précarité d’un pouvoir qui n’en était même plus à s’accorder trois années à lui-même, comme c’était le cas à l’issue de la conférence nationale de janvier 1994, mais guère plus d’une simple année…
(…) Les sous-officiers qui sont en majorité issus du peuple, et donc perméables à tous les courants qui le traversent, ne sont plus acquis au régime. Ce sont eux qui sont le plus souvent cités, avec les simples soldats, dans les cas de complicité avec des actions terroristes.

Guerre des clans
Il était ainsi possible, au printemps 1995, de dessiner trois grands centres de pouvoir :

- l’état-major de l’ANP, avec Mohamed Lamari (…) ;

- la présidence, soit le duo Zéroual-Betchine, allié au nouveau patron de la Sûreté Nationale, Ali Tounsi (…) ;

- entre les deux, le chef des services, Mohamed Médiène (…).
Mais le rapport de force actuel s’établit clairement en faveur du général de corps d’armée Lamari.