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Hôpital d’Ajaccio : les mauvais comptes de la Miséricorde

Un anti-manuel de comptabilité et de gestion, ou un florilège d’irrégularités, frisant parfois la correctionnelle… Le dernier rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Corse sur la gestion 2001 – 2005 du Centre hospitalier « Notre-Dame de la Miséricorde » d’Ajaccio se lirait avec une certaine délectation s’il ne révélait pas une gestion calamiteuse s’exerçant au détriment de l’offre de soins… « Équilibre fictif rendu possible grâce à diverses manipulations comptables », « pilotage financier approximatif », « réel désordre dans la tenue de la comptabilité », on oscille sans cesse à l’hôpital d’Ajaccio, entre un amateurisme désolant et une volonté de masquer une situation financière désastreuse.

Le rapport de 23 pages, remis fin décembre à la direction de l’hôpital dénonce, par le menu, des « anomalies ayant eu pour effet, sinon pour objet, de rendre moins apparentes les difficultés financières de l’établissement ». « Durant la période passée en revue, le montant de la dette passe de 20 à 55 millions d’euros, soit une progression de 170%, soit, pour 2005, la moitié du budget annuel de l’établissement », écrivent les magistrats, qui recensent « une soixantaine de lignes d’emprunts, dont 34 assorties d’un taux supérieur à 5,6%… ». On rêve d’avoir pour conseillers financiers des orfèvres tels que les financiers du centre hospitalier, quand on sait que les établissements publics empruntent couramment à des taux très inférieurs…

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Banderoles corses
© Nardo

« S’il s’était agi d’une entreprise privée, l’hôpital d’Ajaccio aurait été acculé à déposer son bilan dès 2003… », constate la CRC, qui relève également un taux d’absentéisme de deux fois supérieur aux moyennes nationales… Au ministère de la Santé, on impute à « l’absence d’outils de comptabilité analytique » cette gestion défaillante, qui dure depuis des années.

Pression syndicale et problèmes politiques

Car Notre-Dame de la Miséricorde a fait l’objet de nombreux rapports alarmants, de l’Inspection générale de l’Action sociale (Igas), ou de la direction des hôpitaux (Dhos). « Chaque année, nous signons avec l’hôpital un contrat de retour à l’équilibre, hélas jamais mis en œuvre, faute d’outils », déplore-t-on dans l’entourage du ministre. On reconnaît, également, que cette comptabilité défaillante n’est peut-être pas seule en cause. La pression des syndicats de personnel hospitalier, plutôt autonomistes en l’occurrence, pour le maintien et le recrutement d’effectifs ne serait pas tout à fait pour rien dans l’affaire.

« Une fois de plus, la Chambre régionale des comptes se contente de donner une leçon de comptabilité, mais ce constat technique masque la problématique politique du dossier », analyse, depuis le continent, un directeur d’hôpital. « À chaque grève, et il y en a, les syndicats négocient directement avec les autorités de tutelle de l’hôpital, et obtiennent généralement des recrutements supplémentaires, alors même que le sureffectif est criant », poursuit ce praticien. « L’analyse fonctionnelle des charges révèle principalement une incapacité à maîtriser les frais de personnel », constate pudiquement le rapport.

Sous couvert d’anonymat, un médecin du centre regrette que les magistrats ne fournissent aucune recommandation pour en sortir. En l’espèce, ce praticien préconise un regroupement, sur le même site, de l’ensemble de l’offre de soins dispersée aujourd’hui dans l’agglomération d’Ajaccio (qui compte notamment deux cliniques privées et un hôpital psychiatrique). Un regroupement qui permettrait mutualisation de moyens et économies d’échelle.

« Il manque, dans le sud de la Corse, de nombreux lits de soins de suite, en gériatrie ou pour accueillir les patients atteints de la maladie d’Alzheimer, poursuit ce spécialiste. En créant ces services, qui font cruellement défaut, on pourrait à la fois maintenir le nombre d’emplois hospitaliers sur l’Île et améliorer l’offre de soins… ». À la lecture de ce rapport, on se dit en effet que, pour sortir Notre-Dame de la Miséricorde de l’ornière, il serait temps de changer de remèdes. Sans quoi l’on risque de passer, rapidement, aux soins palliatifs.