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La Société générale bat le record du monde!

À qui fera-t-on croire qu’un simple quidam installé dans un placard à balais de la Société générale - la troisième banque française (22,40 milliards d’euros de chiffre d’affaires), derrière le groupe Crédit Agricole (29,156 milliards) et BNP Paribas (27,9 milliards) - a réussi l’exploit historique de perdre frauduleusement, en solitaire et en quelques semaines, la bagatelle de 4,9 milliards d’euros (soit 32,14 milliards de nos défunts francs)… sans qu’aucun contrôle de gestion interne n’ait repéré la supercherie ?

Dois-je préciser que cette saignée —­ pour un montant proche du produit national brut de pays en voie de développement, tels le Gabon, le Honduras ou le Sénégal ­­— n’est pas loin d’égaler le dernier chiffre d’affaires connu de la Caisse des dépôts, première des institutions financières de l’État ?

Selon le président de la Société générale, Daniel Bouton, cette « fraude interne d’une ampleur considérable » a été commise par un collaborateur « au sein d’une sous-division des activités de marchés ». Traduisant cet aveu, comme il se doit, j’en conclus qu’une singulière incompétence des organes dirigeants de l’établissement a permis à leur golden boy de jouer avec l’argent de leurs clients… et de le perdre à tout jamais.

Incompétence et démence de banquiers avides d’argent… au point de mettre à la disposition d’un obscur collaborateur (dénommé Jérôme Kerviel) des sommes considérables, à charge pour lui d’en faire à sa tête, sans que nul ne songe à auditer, au jour le jour — comme le veut la réglementation des géants de la finance faisant appel public à l’épargne —, l’ensemble de ses opérations !

Les Docteur Folamour de la finance

Trop, c’est trop ! Car cette fois le scandale qui éclate à la Société générale permet de pointer du doigt le système mis en place par les banques, depuis de nombreuses années, en vue de toujours plus siphonner les marchés, grâce à la sophistication d’instruments hautement spéculatifs qui, petit à petit, ont totalement perverti le système capitaliste, au point de le rendre incontrôlable et par conséquent incontrôlé. Nous voici rendu dans le laboratoire du Docteur Folamour de Stanley Kubrick. Sauf que, cette fois, il ne s’agit ni d’une farce, ni d’une fiction.

Les traders, rois des paumes financières

*Jérôme Kerviel (Société générale) : 4,9 milliards d’euros (ou 7,2 milliards de dollars), 2008

*Friedhelm Breuers (Germany WestLB Common and Preferred Shares) : 0,8 milliard de dollars, 2007

*David Lee (United States Bank of Montreal Natural Gas Options) : 0,8 milliard de dollars, 2007

*Brian Hunter (Canada Amaranth Advisors Gas futures) : 6,5 milliards de dollars, 2006

*Wolfgang Flöttl, Helmut Elsner (Austria BAWAG Currency) : 2,5 milliards de dollars, 2006

*Liu Qibing (China State Reserves Bureau Copper Futures) : 0,2 milliard de dollars, 2006

*Chen Juilin (China China Aviation Oil Oil Futures and Options) : 0,6 milliard de dollars, 2004

*John Rusnak (United States Allied Irish Bank Currency) : 0,7 milliard de dollars, 2002

*John Meriwether (United States Long Term Capital Management Interest Rate and Equity Derivatives) : 4,6 milliards de dollars, 1998

*Yasuo Hamanaka (Japan Sumitomo Corporation Copper futures) : 2,6 milliards de dollars, 1996

*Nick Leeson (United Kingdom Barings Bank Nikkei Futures):1,4 milliard de dollars, 1995

*Robert Citron (United States Orange County Interest Rate Derivatives) : 1,7 milliard de dollars, 1994

*Giancarlo Paretti (Italy Credit Lyonnais Loans to Hollywood Studios) : 5 milliards de dollars, 1990

Des positions spéculatives d’au moins 50 milliards d’euros

Libéral convaincu — peu soupçonnable d’un quelconque lien de pensée avec les alter-mondialistes et les divers courants de la gauche anti-capitaliste —, ma connaissance de l’enfer où se meuvent les apprentis sorciers de la finance m’oblige à dire tout haut ce que ces fous furieux en col blanc semblent convenus de taire. Pour que la Société générale ait perdu ces 4,9 milliards d’euro, ces derniers jours (et dans le plus grand secret) - lors du débouclage en catastrophe des positions insensées de son « trader » indélicat, engagés dans des opérations sur produits dits « futurs » (comprenez : options d’achat à fort effet de levier, permettant de ramasser ou de perdre 10 fois sa mise) - c’est bien que l’opérateur en question avait une position ouverte, spéculative, d’au moins 50 milliards d’euros. Excusez du peu. Rien que sur les valeurs du CAC 40, le lascar avait engagé 48 milliards d’euros. Impossible, pour l’heure, de savoir l’ampleur de ses engagements sur d’autres marchés, dont Euronext. Dès lors, devant vendre dans l’urgence ces tonnes de bouts de papiers pourris, la banque « victime » ne pouvait qu’amplifier la baisse des cours déjà bien engagée.

« Indétectable » fraude, camouflée derrière des opérations « fictives », nous dit Daniel Bouton, digne représentant de l’énarchie française… qui vient de mettre à pied 5 des supérieurs de son « trader », mais qui se garde de rendre lui-même son tablier. Apprendre que ce Monsieur abandonne 6 mois de son salaire fixe — quid du « variable » ? — et son « bonus » 2007, nous la fait belle. De qui se moque-t-on ?

D’autres maisons financières engluées

Et ce n’est pas tout : on apprendra bientôt les déboires de trois autres institutions, certes de moins grande dimension, dont les responsables sont englués — eux encore — dans le marigot de spéculations effrénées… sur des petites et moyennes valeurs. L’une de ces trois honorables maison de traitement a dû d’ailleurs fermer deux de ses fonds communs de placement, empêchant du même coup les porteurs de parts de récupérer ce qui reste de leur argent. Pour ne pas ajouter à leur malheur, je n’en dirai pas plus. Tout arrive à point à qui sait attendre…

Que devons-nous penser, nous les usagers et l’ensemble des PME françaises, à qui les banques refusent le plus petit découvert et sont tourmentés, harcelés, et parfois même signalés à la Banque de France, pour un débit de quelques centaines d’euros ?

Mieux encore : on nous apprend que notre voltigeur de pointe, détenteur à la Générale du record du monde de la fraude bancaire, court toujours ; et le PDG Daniel Bouton — qui l’a laissé filer (et n’a pas encore porté plainte) — ne sait même pas où il est passé.

Ben voyons !