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Guerre de com' autour de la Société Générale

Au moins la logique est-elle respectée. À grande banque, armada de communicants chics et chers. À trader solitaire, maître du verbe redoutablement véloce.

Dans le giron de la Société Générale, le président Daniel Bouton a recruté du lourd. Avec en tête de pont Anne Méaux, la si redoutée et pourtant si affable patronne d’Image 7, la boîte de comm’ à la mode. Avant de se lancer dans la bagarre, cette habituée des grandes causes (Mittal, Laurence Parisot, la Tunisie, la famille présidentielle sénégalaise) a quand même demandé l’autorisation à un autre de ses clients, le Crédit Agricole, qui a de légères vues sur la banque d’affaires de la Société générale. Histoire d’éviter le conflit d’intérêt… Le reste de l’équipe mobilisée au service de la banque a quelque chose de sinon ronflant, du moins glorieux. Deux anciens patron de la rédaction du Figaro, Yves Messarovitch, également d’Image 7, et Jean de Belot, un indépendant. Bien le moins. Car les parties en face ont du répondant.

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Guerre de com’
© Soularue

Même la trader a son communicant attitré

Ainsi la BNP-Paribas, qui se tâte. Croquera, croquera pas sa rivale via une OPA ? Au cas où, juste au cas où, Stéphane Fouks (Euro-RSCG) bosse en réserve de Michel Pébereau. Et l’ombre tutélaire de Michel Calzaroni, éternel rival d’Anne Méaux - depuis que la dame bosse pour Pinault, et le sieur « Calza » pour Arnault, les faux–frères milliardaires - plane.

Même le petit Jérôme Kerviel a dégoté son maître à parler : Christophe Reille. Pas un perdreau de l’année non plus. Passé par la presse économique - condition quasi nécessaire semble-t-il -, le garçon a fait parler de lui ces derniers temps. En inventant un concept : « la communication sous contrainte judiciaire ». Accrochés au tableau, Kerviel donc, mais aussi Noël Forgeard, l’ex-patron aux parachutes dorés d’Airbus, ou plus amusant, le milliardaire russe Mikhaïl Prokhorov, fortement soupçonné de proxénétisme en plein milieu de ses vacances à Courchevel.

Autre client de choix : Denis Gautier-Sauvagnac, l’ancien patron de l’UIMM légèrement enquiquiné par la justice. Et chez les amis de Pinault on se souvient avec ennui d’un autre exploit du fameux Reille. Sa petite boîte d’édition, les Editions du Carquois, avait « fléché » le milliardaire breton en publiant, en 2003, un livre de François Roche - qui partage avec son copain Reille la passion de la Russie François Pinault : l’empire menacé. Pas très sympa pour le patron d’Artemis et du Point

Bref la lutte s’annonçait âpre, et elle l’est. Enjeu : qui fera le mieux passer sa thèse dans les médias. Le « fou solitaire qui risque de faire tomber une institution de la banque » versus « le bouc émissaire d’une banque qui a fauté et charge son employé ».

« S’il est mis en cabane, l’opinion le pensera coupable »

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Anne Méaux
© Kerleroux

Tout cela n’empêche pas tous ces beaux parleurs d’avoir quelques points de convergence. D’abord un avis bien tranché sur le 8 février, date à laquelle la chambre de l’instruction devait décider si le trader de la SG, Jérôme Kerviel, mis pour abus de confiance après avoir un peu trop boursicoté (4,9 milliards d’euros envolés) avec les fonds de son employeur. « S’il est mis en cabane, l’opinion le pensera coupable ». Avec sa mise en détention décidée vendredi par la chambre de l’instruction, cette thèse va-t-elle prospérer ? La SocGen gagne une manche, mais pas la guerre.

Ensuite, les deux camps s’accordent sur le physique du garçon, « à la Tom Cruise » et donc plutôt sympathique. Un joli coup de Christophe Reille qui a organisé lui-même un rendez-vous photo, avantageux, de Kerviel avec l’AFP.

Et tout ce beau monde partage également une qualité rare, l’humilité. Pas un pour revendiquer les jolis slogans qui ont émaillé l’affaire…

Reille ne fanfaronne guère sur l’image « d’Icare », le trader qui « s’est brûlé les ailes à vouloir trop aider son employeur », qu’a glané son client ces derniers jours dans la presse. Pas la peine après tout, le boulot est fait. Le message est bien passé : Kerviel n’est pas innocent, mais ne veut pas porter tout seul le chapeau des 5 milliards. Ne reste qu’à réagir aux déclarations de la banque… qui a légèrement patiné au démarrage.

Jérôme Kerviel, devenu dans la bouche de son patron Daniel Bouton « un terroriste » ? Aucun droit d’auteur. Pourtant la cellule de com’ de crise a eu le temps de bosser entre la découverte du gros souci, le 18 janvier, et la conf’ de presse de Bouton, le 24. « Vous savez, il est bien capable d’en avoir eu l’idée tout seul », se dédouane l’un de ses affidés, « et puis son talent spontané n’est pas la com ». Et l’idée de balancer le portait façon « wanted » aux médias, quitte à lancer une chasse à l’homme médiatique ? « Vous savez entre la théorie du complot et la connerie, le chemin n’est pas long ». Tiens, en voilà un beau slogan pour la Société Générale…