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L'hystérie anti-immigrés des Etats-Unis
La France de Sarkozy n’est pas le seul pays traversé par une hystérie anti-immigrés. C’est aussi le cas de l’Amérique de George W. Bush. On estime que le nombre de sans-papiers y varie entre 12 et 15 millions de personnes, pour une population américaine totale de 303 millions d’individus.
Signe de cette hystérie collective : les chaînes d’informations y consacrent des sujets quotidiens. La Palme d’or revient incontestablement au présentateur Lou Dobbs de CNN. Toutes les après-midi, à 18 heures, dans son 60 minutes de soit-disant « news », il vomit son venin fielleux et xénophobe en s’appuyant sur des statistiques truquées et des histoires effrayantes s’apparentant à de la désinformation.
Des talk-shows qui veulent expulser tous les sans-papiers
Sur MSNBC, c’est Chris Matthews, présentateur de « Hardball », une quotidienne politique, qui répand sa paranoïa. Le 13 février, dans sa rubrique « Le Grand Chiffre du Jour », il a hurlé : « en l’an 2025, un Américain sur sept sera né à l’étranger » ! Quand au leader de l’audimat, la chaîne du réac’ Rupert Murdoch, Fox News, tout le monde balance carrément râclée sur râclée aux immigrés. Et je ne parle même pas des influents talk-shows de radio, animés par des démagogues de droite comme Rush Lindbaugh. Ils sont pourtant bien pires car ils parlent souvent d’expulser TOUS les sans-papiers.
Pauvres imbéciles ! Ne comprennent-ils pas qu’une déportation de cette ampleur entraînerait l’effondrement de l’économie américaine tant les immigrés occupent les petits boulots mal payés que les Ricains refusent d’assumer ?
Hélas, avec un tel tapage médiatique, il ne faut pas s’étonner que les Amerloques aient peur du nombre grandissant d’étrangers qui résident sur leur sol. Par exemple, un sondage commandé en décembre 2007 par Stanley Greenberg, l’ancien sondeur du président Bill Clinton (et aujourd’hui proche de Hillary) montre que 40% des électeurs, dont 42 % des Noirs et 33 % des Démocrates, pensent que « l’immigration est un des plus gros problèmes de notre pays ». Cette étude révèle aussi qu’un sondé sur deux estime que les sans-papiers profitent trop des services publics (éducation, soins médicaux…) comparé à ce qu’ils rapportent à la communauté nationale par le biais de leur travail et des impôts qu’ils paient.
Dans un autre sondage, de l’institut Zogby cette fois, et paru à la fin janvier 2008, pour 76 % des personnes interrogées, « les prises de position d’un candidat sur l’immigration » sont « très importantes » ou « assez importantes » quand il s’agit d’opter pour tel ou tel candidat. Par ailleurs, 61 % d’entre elles jugent que l’envoi d’argent par les immigrés à leurs familles au sud de la frontière avec le Mexique assèche l’économie américaine (ce qui est évidemment faux).
Un mur de 1 126 km le long de la frontière
Ajoutez à ces peurs d’ordre économique, celles liées au 11 septembre et à la crainte que des terroristes franchissent nos frontières et vous comprenez pourquoi, en 2005, George W. Bush a proposé et obtenu du Congrès la construction d’un gigantesque mur de 1 126 km sur les 3 200 km de notre frontière avec le Mexique. Bush a déjà ajouté à son budget la somme de 1,2 milliard de dollars pour lancer les travaux. Du menu fretin, quand on sait que le coût total et celui de la maintenance de ce Mur pour les 25 prochaines années atteint les 60 milliards de dollars.
Autre détail passé inaperçu : dans une loi de 2005 émanant du Department of Homeland Security*, un petit paragraphe autorise ce super ministère à suspendre toute loi entravant la construction de ce Mur de la honte. En à peine deux ans, le tsar de la sûreté nationale version Bush, Michael Chertoff, a déjà eu recours à ce subterfuge 19 fois ! Y compris pour faire lever des lois sur la protection des ressources en eau, des espèces animales et des sites historiques.
Avec ses trois rangées de grillage hautes de 12,20 mètres, ce mur qui veut nous protéger des Mexicains est un monstre. Mais, comme le dit si bien Janet Napolitano, le gouverneur de l’Etat d’Arizona, frontalier du Mexique : « montrez-moi un mur haut de 15 mètres et je vous montrerais une échelle de 16 mètres ». Chaque jour, des Mexicains meurent en tentant de franchir la frontière (ils sont plus de 5 000 à avoir péri depuis 1993) et un mur, aussi élevé soit-il, ne les décourageront pas d’essayer de passer au travers des mailles du filet.
Une militarisation croissante des frontières
Parfois, la volonté des politiques d’attiser bassement la peur de l’immigré dépasse l’entendement. C’est le cas du projet de l’administration Bush dit de la « smart rock », littéralement la « pierre intelligente ». Cette fausse pierre, truffée de détecteurs de mouvements et de sons, fait partie de la militarisation de nos frontières dont la garde est désormais confiée au « complexe militaro-industriel » contre lequel le Président Eisenhower (un
Général qui savait de quoi il parlait) avait sonné le tocsin en 1961 lors de son discours d’adieu à la Nation, à la fin de son second mandat.
Entre 1986 et 2002, la militarisation des frontières américaines, initiée par Ronald Reagan, poursuivie par Bush père puis par Bill Clinton, a vu son budget croître de plus que 1 000 %. Soit de 151 millions à 1,6 milliard de dollars. Le nombre de gardiens en uniforme a par ailleurs été multiplié par trois. Le tout pour un résultat nullissime : le nombre de migrants n’a fait qu’augmenter pendant cette période, comme l’ont montré les études savantes menées à la prestigieuse université de Princeton par le Professeur Douglas Massey, directeur du projet de recherche sur les migrants mexicains.
Un réseau d’ordinateurs baptisé grillage virtuel
Autre projet farfelu de l’administration Bush : le « grillage virtuel » électronique baptisé SBInet (pour Safe Border Initiative). D’après le Washington Post, il a été conçu pour déployer des radars, des caméras, et des capteurs de surveillance, reliés entre eux par un réseau d’ordinateurs ultra-puissants. Ce dispositif est sensé permettre aux agents fédéraux positionnés dans les postes de commandement éloignés de parer à toute intrusion et à prendre des mesures « appropriées ». Parmi celles-ci : envoyer des coups de semonce verbaux qui percent les tympans, à l’aide de haut-parleurs montés au sommet de tours. Coût de cette plaisanterie : 30 milliards de dollars.
Ce SBInet de Bush rappelle le souvenir (malheureux) de son ancêtre, le grillage électronique construit pendant la guerre au Vietnam à travers la Piste Ho Chi Minh. Il était supposé empêcher le Viet Cong opérant dans le sud du pays d’être approvisionné par Hanoi. Construit à coups de centaines de millions de dollars et baptisé « Le Mur de McNamara », d’après le nom du ministre de la Défense de l’époque, ce mur n’a jamais fonctionné. Il a même été abandonné dans les années 70. Excepté par quelques petits plaisantins du Pentagone qui ont conservé l’enregistrement d’un des capteurs où l’on entend le son de soldats Viet Cong en train d’asperger le mur d’urine ! Fort est à parier que le grillage virtuel anti-mexicain de Bush connaîtra le même sort.
Des explusion massives
Quant à l’autre réponse du président américain au problème de l’immigration, elle se résume en une phrase : toujours plus d’expulsions et de rejets de demandes d’asile. Le nombre de clandestins expulsés a dramatiquement augmenté sous Bush, passant de 177 849 en 2005 à 232 755 l’année dernière. Quant au système judiciaire, qui gère les demandes d’asile politique, les avocats specialisés en appel devant les tribunaux américains parlent ouvertement de « table de la roulette d’asile ».
Il faut savoir qu’après le 11 septembre, la réforme du système judiciaire instaurée par Bush a dramatiquement réduit le nombre des juges dits d’immigration. De surcroît, ceux-ci, designés par le président, ont été choisis sur des critères éminament politiques : leur fidélité au Parti Républicain et à ses principes conservateurs. Alors que la loi fédérale interdit ce type de manipulations, le directeur adjoint du cabinet du ministre de la Justice a reconnu qu’elles étaient monnaie courante devant une commission du Congrès en mai 2007…
Le résultat de cette « réforme » judiciaire est, lui, plus que mitigé. Selon une étude récente réalisée par l’université de Syracuse, beaucoup des juges d’immigration nommés par Bush n’acceptent qu’un nombre infinitésimal de demandes d’asile. Par contre, une majorité de juges passe sous silence les demandes qu’ils valident et une petite bande de juges nommés par Bill Clinton accordent presque systématiquement l’asile aux clandestins qui se présentent devant une cours d’immigration.
Toujours depuis cette « réforme », les tribunaux croulent sous les demandes de régularisation et entendent de moins en moins de demandeurs. D’après l’université de Syracuse, il est « clair que (…) ce système viole le 14ème amendement de notre Constitution, qui garantit le droit à être protégé de façon égale par la loi et ce, pour toute personne sur notre sol, qu’il soit citoyen, résident légal ou sans-papiers. »
Une seconde « réforme » de Bush datant, elle, de 2007 a, en plus, durci les critères de remise en liberté des demandeurs d’asile placés en détention. Selon les ONG de défense des droits de l’homme, cela a illico entraîné une augmentation exponentielle du nombre de sans-papiers détenus dans les prisons. Sans pour autant que l’on en connaisse le chiffre exact puisque l’administration Bush a refusé de communiquer ces statistiques au Congrès.
Autre chiffre accablant : plus de 2 millions de réfugiés irakiens ont fui leur pays détruit à cause d’une guerre décidée par l’administration Bush. Et, y compris ceux qui ont travaillé pour l’occupant, n’ont pas droit à bénéficier de l’asile politique aux Etats-Unis. L’année dernière, Bush avait promis d’en d’accueillir 7 000 Irakiens mais seuls 1 608 ont bénéficié de l’asile politique. En comparaison, la Suède a reccueilli plus de 20 000 Irakiens rien qu’en 2007.
La célèbre statue de la Liberté, un cadeau de la France aux Américains, trône sur le port de ma ville de New York. Sur sa base est gravé un poème d’Emma Lazarus dont les mots inspirent générosité et clémence :
« Donnez-moi vos pauvres, vos exténués
Qui en rangs serrés aspirent à vivre libres… »
Mais dans l’Amérique de Bush, comme dans la France de Nicolas Sarkozy, ces mots ne sont plus qu’une plaisanterie de mauvais goût.
* Le Department of Homeland Security (ou DHS) est une sorte de super ministère de la sûreté nationale qui regroupe 250 000 employés travaillant pour différents services administratifs comme, par exemple, les douanes.



