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Le dieu des banques reconnaîtra les siens

La crise bancaire s’amplifie et les spécialistes ont dû changer leur diagnostic. À l’origine, on parlait d’illiquidité, c’est-à-dire que les banques avaient potentiellement de quoi tenir leurs engagements, mais que leurs avoirs n’étaient pas mobilisables instantanément.

Elles avaient besoin de prêts relais que les banques centrales s’employaient à fournir. Ce fut le cas en décembre dernier et tout devait rentrer dans l’ordre. Mais voilà, tout n’est pas rentré dans l’ordre et désormais on parle de plus en plus d’insolvabilité : les banques n’ont pas, en regard de leur dette, l’équivalent sous forme d’actifs.

La baisse des prix de l’immobilier dévalorise ce qu’elles peuvent fournir et déséquilibre leurs comptes. Leurs actionnaires vont donc être appelés à la rescousse. Dans un premier temps, par la perte d’une partie des fonds propres. Avant que l’on voit ce qu’il en sera l’été venu. Ce mécanisme de perte des fonds propres s’est concrétisé spectaculairement avec le rachat de la banque américaine Bear Stearns par JP Morgan. Il y a un an, l’action valait 180 dollars. Aujourd’hui le rachat a été envisagé pour deux dollars.

Le principal actionnaire, un Anglais du nom de Joe Lewis aurait ainsi perdu dans l’affaire un milliard de dollars et serait devenu le premier d’une longue série de floués. Pour l’instant, il hurle à la confiscation, accuse la Réserve fédérale américaine de parti pris en sa défaveur parce qu’il est européen et a déjà obtenu que JP Morgan remonte sa proposition à 10 dollars. Les crocodiles se déchirent dans un marigot où il y a de moins en moins à manger …

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Le dieu des banques
© Nardo

Le « club Med » comme modèle

En Europe, la BCE se donne jusqu’à juin pour avoir un état précis des lieux. Ce qui lui remonte pour le moment comme informations, c’est que les banques les plus fragiles ne sont pas celles que l’on croit. La Bundesbank peste de plus en plus contre les pratiques des banquiers allemands, tandis qu’à Francfort, on donne en modèle l’action de la banque d’Espagne. Le « club Med », comme on appelait les pays du sud de l’Europe à Berlin au moment du passage à l’euro, a mieux géré ses finances privées que l’Allemagne où tout un réseau de banques semi-publiques affichent des résultats catastrophiques. L’État allemand va être appelé à la rescousse mais Bruxelles, au nom de la sacro-sainte concurrence, réclame une remise en ordre et des réformes. Entre les fraudeurs du fisc et les banquiers incompétents, le patronat germanique passe un mauvais moment. Résultat, au sein de la coalition, les sociaux-démocrates sont en train de se dire que la situation consolide les positions d’Oskar Lafontaine et de son parti sur le dos des bastions traditionnels de la social-démocratie et qu’il va falloir réagir par un coup de barre à gauche.

En France, la banque de France essaie également d’y voir clair. Victime désormais acquise, le gouverneur, Christian Noyer, que de l’Élysée aux dîners en ville, on trouve insignifiant. Point commun avec l’Allemagne, les banques les plus plombées sont celles ayant un statut dérogatoire par rapport à celui d’une banque traditionnelle comme le Crédit agricole et les Caisses d’épargne. BNP Paribas, qui s’en sort plutôt bien, mène maintenant son action sur le thème « Pour vivre heureux, vivons caché ». Quant à la Société générale, elle est en passe de se sortir de son mauvais cas. Nouveau banquier, les anciens CCP devenus la Banque postale affichent une situation plutôt favorable, si bien que Bercy se demande comment utiliser ce réservoir de sagesse…