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L'Islam européen manifeste en vidéo

Les provocations à l’encontre des musulmans se sont multipliées ces derniers mois en Europe. En février dernier, il y a d’abord eu la réédition dans la presse danoise des fameuses caricatures qui, en 2005, avaient provoqué l’ire du monde musulman et engendré de violentes manifestations. Puis, à la fin du mois de mars, est venue la sortie du film Fitna du député néerlandais d’extrême-droite Geert Wilders. Présenté comme un brûlot contre l’Islam et promis au pire lynchage, il avait nécessité la mobilisation préventive des services de sécurité hollandais ainsi que de la classe politique du pays. Rebelote trois jours plus tard, avec la première de l’adaptation théâtrale des Versets sataniques de Salman Rushie, jouée sous haute surveillance à Potsdam, en Allemagne.

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Les croissants de l’Europe
© Khalid

À ceci près que, cette fois, aucun de ces événements n’a donné lieu à des manifestations de musulmans en colère. Personne n’est sorti de ses gonds. S’en prendre à l’Islam et offenser ses symboles ne paierait-il plus ? Que nenni, c’est la réponse qui a évolué. Le précédent des caricatures danoises a fait son chemin : si la liberté d’expression à l’occidentale permet le blasphème, la seule réponse est la contre-attaque sur le même terrain. Avec les mêmes armes.

Décapitations djihadistes contre Shoah

Résultat, à défaut de provoquer les troubles recherchés pour prouver le propos, Fitna a suscité une effervescence toute créative : une déferlante de clips vidéo du même acabit. Un retour à l’envoyeur en quelque sorte. L’exercice s’est avéré plutôt simple tant le procédé du film de G. Wilders tient de la grosse ficelle. Les auteurs de ces clips, diffusés en rafale et sous pseudo en plusieurs langues sur les sites de partage de vidéos, comme Dailymotion ou YouTube, se sont donc contentés de se mettre au même niveau.

Propagande contre propagande avec, d’un côté Wilders qui utilise des images d’attentats et de décapitations (piquées aux groupes djihadistes) pour illustrer des extraits tronqués de versets guerriers du Coran distillés tout au long des 15 minutes du film. Et de l’autre, des vidéos de riposte qui lui opposent des séquences – d’archives pour le coup – montrant Hiroshima, la Shoah, Guantanamo ou encore les tortures contre les prisonniers irakiens à Abou Ghraib, perpétrés « au nom des droits de l’homme » et du Bien, en s’appuyant sur des extraits tout aussi guerriers de la Bible. Conclusion : dans le monde des horreurs, des clichés et de l’ignorance, on est tous frères…

Cette technique du « miroir » visant à démonter les instrumentalisations des extrémistes de tous bords en les mettant dos-à-dos n’est pas née de la seule inspiration de croyants maîtrisant l’art du montage et de la post-production. Elle fait partie des cinq stratégies prônées par les personnalités religieuses les plus en vue, dont le très influent Cheikh Youssef Qardaoui, pour « répondre aux insultes faites contre l’Islam et le Prophète par Wilders et ses semblables ». Et pour rétablir la vérité sur un Islam « à l’image par trop réductrice et stéréotypée » véhiculée en Occident. Reste maintenant à faire plus fort que la boîte de production Al Sahab qui réalise depuis des lustres les communications vidéos d’Al-Qaïda, au point de se faire piller par les films contre l’Islam…