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Gafsa la rebelle est en ébullition

Oubliée du « mirage » économique tunisien, la région du gouvernorat de Gafsa, dans le sud-ouest du pays, se meurt à petit feu. Déjà délaissée du temps de Bourguiba, ce qui reste aujourd’hui de l’exploitation des phosphates ne suffit pas à nourrir les habitants, touchés par un taux de chômage record. Alors, lorsqu’en janvier dernier la Compagnie des Phosphates de Gafsa, la CPG, l’un des rares gros employeurs de la région, organise un concours pour recruter, c’est l’espoir au sein de la population.

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Ben Ali et les rebelles
© Khalid

Las, on ne se refait pas et le népotisme est une pratique bien ancrée au pays du jasmin ! Selon un habitant de Gafsa, « plus de 60 postes ont été attribués à des personnes du gouvernorat voisin dont est issu le gouverneur de Gafsa et ses deux cousins, à savoir le président de la CPG et le directeur de l’usine chimique locale ». Résultat : un vaste mouvement de grève et de manifestations qui dure maintenant depuis plus de trois mois et touche principalement les trois villes minières de Redeyef, Oum Elaraïes et Métlaoui. Ouvriers, diplômés chômeurs, lycéens et habitants : tout le monde s’y met, parfois à coups de jets de pierres. Les manifestants ont même installé pendant un mois et demi des tentes de manière à bloquer la circulation des trains entre les carrières et les usines, gelant ainsi les activités de l’industrie du phosphate.

La matraque, y a que ça de vrai !

Dans un premier temps, les autorités tunisiennes, réputées pour avoir la matraque facile, se sont contentées d’adopter une stratégie d’encerclement des manifestants sans intervention massive. Des milliers de policiers ont d’ailleurs été rapatriés des quatre coins du pays pour assurer le service d’ordre. Objectif des autorités : éviter un embrasement de la région, ce qui en dit long sur les tensions qui y règnent. Il faut dire que, comme en témoignent ces deux vidéos, on assiste dans la région à des scènes rarissimes en Tunisie depuis que le général-président-à-vie Ben Ali s’est emparé du pouvoir en 1987 : (jeter un oeil sur cette vidéo et sur celle-ci).

Puis, début avril, la flicaille a repris ses bonnes vieilles habitudes répressives. Le 6 avril, une manifestation organisée dans les rues de Redeyef a violemment été dissoute et une trentaine de personnes auraient été arrêtées. Puis, le lendemain, des responsables locaux de la grande centrale syndicale l’Union Générale des Travailleurs Tunisiens ainsi que des leaders grévistes ont été embastillés après avoir été passés à tabac par la police, toujours à Redeyef. La rafle a eu lieu alors qu’ils revenaient de Tunis où ils avaient assisté à une réunion. Boujemaa Echrayti, secrétaire général du syndicat de la santé de Redeyef, Taïeb Ben Othman, enseignant syndicaliste, et Adnane Hajji, secrétaire général du syndicat de l’enseignement de base de Redeyef, ont notamment été arrêtés.

Les islamistes aussi s’y mettent

Décidément, la région de Gafsa est bien agitée. Selon un touriste français de passage, il y a quelques semaines de cela, une horde de barbus s’est ruée sur des 4x4 de touristes qui passaient par là, sans doute pour tenter de kidnapper quelques Européens comme cela a été le cas de deux Autrichiens enlevés en Tunisie le 22 février dernier. Toujours d’après ce touriste bavard, s’était ensuivie une féroce bagarre avec les forces de l’ordre tunisiennes qui ont réussi à mettre, non sans peine, en déroute les barbus. Mais pour combien de temps ?

La P.E.

S’il semble que la plupart des syndicalistes aient depuis recouvré la liberté, la situation reste néanmoins explosive dans la région de Gafsa. Le charmant régime du président Ben Ali ferait bien de se méfier et de se souvenir que celle-ci est le berceau du syndicalisme tunisien qui, dans le passé, a su donner de la voix contre le régime…

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