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Lorsque Sarkozy enfile les pantoufles tunisiennes de Chirac

« Des trois pays du Maghreb, la Tunisie est celui avec lequel nous entretenons la relation la plus dense et la plus apaisée ». Voici ce que le conseiller diplomatique de Nicolas Sarkozy, Jean-David Lévitte, déclarait à quelques journalistes amis peu avant le départ, ce lundi 28 avril, de Sarko pour Tunis. On dirait du Chirac qui a toujours défendu, becs et ongles, son ami Ben Ali et « le miracle tunisien ». Ou encore de Charles Pasqua, qui n’aime rien tant que rejoindre son fils Pierre, longtemps sous la menace d’un mandat d’arrêt international, dans une des plus belles villas de Sidi Bou Saïd. C’est que Charlie aime profiter de quelques séances de thalassothérapie dans un des plus luxueux hôtels du pays. Tout comme Philippe Seguin, un natif de Tunisie et le plus constant soutien de Ben Ali. Ce qui explique qu’il ait été invité par son pote Sarkozy à l’accompagner à Tunis.

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Sarko en Tunisie
© Khalid

À l’Élysée, on veut à tout prix que cette visite d’État, qui s’étale sur trois jours, se passe bien. Trois jours dans un même pays, cela tient de l’exploit pour notre président zappeur. Mais bien plus que la signature de quelques contrats (Airbus, Alstom), ce séjour conditionne le succès du projet d’Union méditerranéenne. Un dossier suivi en direct au Château par Jean-David Lévitte et Henri Guaino, tous deux conseillers de Nicolas Sarkozy. Tunis est en effet l’une des rares capitales arabes à soutenir la France dans cette vaste usine à gaz (Lire dans Bakchich L’Union méditerranéenne vaut bien une grand messe).

L’Audace de déplaire

Au mois de juin dernier, Paris était au plus mal avec Tunis. Cela faisait des années que Ben Ali et ses flics réclamaient la disparition de l’Audace. Cet excellent journal, qui défendait l’idée démocratique et la laïcité, n’était diffusé qu’à quelques centaines d’exemplaires. Le magazine n’était vendu, et de façon irrégulière, que dans quelques kiosques parisiens. Un seul journaliste, mais il est vrai de qualité, en assurait la réalisation. Peu importe ! Ben Ali exigeait de la France que cette publication soit anéantie. La paranoïa de ce régime de sous préfecture est sans limites. « Ben Ali est un flic, et c’est un flic qui est con », avait déclaré avec justesse Hubert Vedrine, ancien ministre socialiste des Affaires étrangères.

Si l’Audace n’était pas interdit, les Tunisiens promettraient de mettre fin à toute coopération en matière de terrorisme. La menace fut jugée réelle, place Beauvau : on dépêcha à Tunis, durant l’été dernier, de hauts responsables de la DST. Lesquels parvinrent, à leur retour, à négocier en douceur, avec le responsable de L’Audace, à qui on donna une nationalité française, la disparition de ce dangereux libellé. Bien joué !

La coopération entre les deux pays put reprendre. La femme de l’ambassadeur put reprendre ses parties de bridge au club de la présidente tunisienne, l’irrésistible Leila Ben Ali. Et le projet d’Union méditerranéenne du Château peut désormais être soutenu vigoureusement par ces amis si sûrs.
« Une relation apaisée », comme on dit désormais à l’Élysée…

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