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Airbus : comment les Allemands ont roulé Louis Gallois dans la farine

Pas content, mais alors pas content du tout… Louis Gallois, le patron d’EADS, maison mère de l’avionneur Airbus, tape du poing sur la table. Si fort que la rumeur de sa démission s’est propagée comme une traînée de poudre dans le petit cercle des médias parisiens au cours du dernier week end d’avril.

Alors, Gallois, démissionnaire de la présidence exécutive d’EADS ? Nous n’en sommes pas là. Ce commis d’État - que certains qualifient de « grand » parce qu’il a survécu à tous les régimes de droite comme de gauche - ne saurait terminer sur un abandon une carrière qui l’a mené de Snecma à la SNCF en passant par Aérospatiale et maintenant EADS.

Mais il en a gros sur la patate, « Loulou les grandes oreilles », comme on le surnomme dans le microcosme. Les salariés français d’Airbus se mettent en grève, l’accusant de les avoir maltraités pour favoriser les ouvriers de la branche allemande. Du coup, la partie de bras de fer du entre la France et l’Allemagne au sein d’Airbus reprend de plus belle. Gallois avait pourtant tout fait pour calmer le jeu depuis qu’il a succédé à Noël Forgeard (limogé pour avoir monnayé au meilleur prix ses stocks options, juste avant l’annonce des retards de l’Airbus A 380).

Les trois sites allemands n’auraient pas trouvé repreneur

Au cœur du nouveau conflit, le plan d’économies Power 8 imposé à Airbus de part et d’autre du Rhin pour tenter de remettre l’avionneur sur les rails après le terrible dérapage industriel de l’A 380, dont les retards au décollage vont coûter des milliards d’euros à l’entreprise. Il était notamment convenu de vendre trois sites allemands et trois sites français fabriquant des sous-ensembles d’avions. Or si, côté français, Latécoère s’est porté acquéreur des sites de Saint-Nazaire et Méaulte, il en va tout autrement côté allemand. Là-bas, les sites d’Ausburg, Varel et Noderham ne seront pas vendus, simplement filialisés, faute – selon les Allemands – d’avoir trouvé repreneur.

C’est là que le bât blesse. Louis Gallois aurait en effet été informé qu’un repreneur potentiel des sites allemands en a été dissuadé à la fois par des syndicalistes d’IG Métal et par des représentants des Landers. En clair, Louis Gallois se serait fait avoir par ses partenaires allemands. Ce qui l’a mis « hors de lui », selon des proches du dossier. De là à ce que les Allemands exigent maintenant une réorganisation à leur avantage sous prétexte que leurs actifs pèsent désormais davantage, il n’y a qu’un pas que certains n’hésitent pas à franchir. Aussi l’entourage de Louis Gallois a-t-il pris soin de déclarer que la filialisation des sites allemands n’était que provisoire. Cette nouvelle promesse est-elle réaliste ? Un ancien cadre d’Aérospatiale se dit persuadé que « les Allemands ne lâcheront jamais une seule de leurs usines EADS ».

Les « souffre douleurs des Allemands »

C’est en tous cas le moment choisi par l’Allemand Tom Enders, numéro 1 d’Airbus et successeur désigné de Louis Gallois à la fin du mandat de ce dernier, pour enfoncer le clou et déclarer que le plan Power 8 ne sera pas suffisant ; qu’il « faudra encore verser du sang et des larmes ». Les syndicalistes d’Airbus à Toulouse sont convaincus qu’Enders vise une fois de plus les Français : « nous sommes devenus les souffres douleurs des Allemands alors qu’ils sont les seuls responsables des difficultés industrielles d’Airbus. Peu à peu ils prennent tout le pouvoir alors que la France a tout donné de sa technologie. Il faut que cela cesse ». Remettre les pendules à l’heure avec l’Allemagne pourrait bien être l’exercice obligé de Louis Gallois dans les prochaines semaines. Car des voix commencent aussi à s’élever du côté des élus et des politiques. Martin Malvy, le président socialiste de Midi-Pyrénées demande au gouvernement de veiller à ce que la gouvernance du groupe Airbus « préserve nos bassins d’emplois et notre potentiel industriel et de recherche ».

L’Élysée, pour sa part, a déjà envisagé de relancer, avec le Royaume Uni, les coopérations militaires. Première mesure de rétorsion diligentée par Gallois lui-même : La marque Mercedes est désormais interdite de séjour dans la cour d’EADS France, boulevard de Montmorency à Paris. « On est en France, on roule français », aurait argumenté « Loulou » qui se rend, lui, à l’Élysée au volant d’une petite Peugeot. A bon entendeur…


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