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La joyeuse fifille du président ouzbek

Ses désirs sont des ordres. Tout ce qu’elle convoite, elle l’obtient. Gulnara Karimova, 35 ans, est la fille préférée du président de l’Ouzbékistan, Islam Karimov. Et le moins que l’on puisse dire est que cette diplômée de Harvard et de l’université de Tachkent, docteur en sciences politiques et ceinture noire de karaté profite de la situation. Selon certains analystes, celle que l’on surnomme « la fille » posséderait la moitié du pays. Merci papa !

Depuis son divorce entamé en 2001 d’avec un Américain d’origine afghano-ouzbek, elle s’est constitué un véritable empire. Hôtels, restaurants, night-clubs, une chaîne de télévision (TV Markaz), une station de radio (Terra), un magazine (Bella Terra), une compagnie de téléphonie mobile… Rien ne résiste à sa boulimie. Elle contrôlerait en outre des pans entiers de l’industrie du pétrole et du gaz, ainsi que des secteurs des télécommunications, de l’agriculture (coton), de la construction ou encore de l’or. A tel point qu’il n’est pas superflu de parler de « gulnarisation » de l’économie ouzbek.

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Gulnara Karimova
© Kerleroux

Et la belle Gulnara ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. En témoigne sa dernière lubie : la chanson. Il y a deux ans, elle s’est lancée, avec « Besame Mucho ». Nom de scène : Googoosha, le diminutif que lui donnait son père lorsqu’elle était enfant. Son dernier morceau : « Unutma meni ! » - ne m’oublie pas, qui passe en boucle sur la radio qu’elle possède. Le clip la montre décolorée en blonde, arborant un savant brushing et déambulant suavement dans un monde féérique. Le tout a bien sûr été enregistré dans des studios qui lui appartiennent. Fifille a même ouvert un site personnel, googoosha.uz, où elle chante et publie ses poèmes. Au menu : massacre de « Ne me quitte pas » de Brel et un savoureux « Besame Mucho David Guetta mix » !

Rachat forcé, propagande et garde illégale d’enfants

La soif de Gulnara semble donc inextinguible, même si son impopularité va croissant en Ouzbékistan, où le salaire moyen oscille entre trente et cent dollars par mois. Partout, l’on entend la même rengaine : « Il suffit qu’elle remarque un hôtel ou un restaurant qui marche bien et qu’elle dise que cela lui plaît. Son équipe propose au propriétaire un prix dérisoire et rachète l’affaire. Les gens n’ont pas le choix : soit ils acceptent, soit leur établissement sera fermé. Dans la ville de Ferghana, il n’y a pratiquement plus aucun hôtel indépendant car ils sont tous à elle », grince cette habitante de Tachkent, la capitale ouzbek.

Alors, pour redorer son image, fifille se lance dans les bonnes œuvres. Elle préside trois ONG : la fondation « Mehr Nuri », le « Forum of Uzbek Culture and Art » et l’ « Assemblée de femmes », lesquelles sont régulièrement primées par le gouvernement à grand renfort de propagande et de fortes sommes. En fait, Gulnara n’a qu’un seul problème : elle ne peut pas voyager librement dans le monde. Conséquence de son divorce tumultueux aux États-Unis, elle risque la prison là-bas car elle conserve illégalement la garde de ses deux enfants. Il est également risqué pour elle de se rendre dans les pays ayant signé des accords d’extradition avec les Etats-Unis. Aussi, ses activités de jet-setteuse sont limitées pour l’essentiel à Moscou.

Heureusement, le ciel semble s’éclaircir pour elle. Un arrêté présidentiel du 1er février 2008 vient de la nommer vice-ministre des Affaires étrangères en charge des relations culturelles. Un pas de plus vers la succession de son père ou une façon de s’assurer l’immunité diplomatique qui lui permettra de voyager à sa guise ?