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L'incroyable saga des ombres chinoises
Existe-t-il, selon vous, un espionnage et un renseignement typiquement chinois ?
Oui et c’est une tradition qui remonte à plusieurs centaines d’années. L’Art de la guerre de Sun Zi, avec sa typologie des espions, est loin d’être le seul texte classique sur le sujet. La spécificité des Chinois d’aujourd’hui est évidemment la conjonction de ces anciennes traditions avec la formation avec l’aide des services soviétiques qui continuent d’avoir une influence, l’influence du monde occidental ou du Japon dans le domaine de l’intelligence économique, du renseignement financier et bancaire, des techniques de l’infoguerre et de l’usage du renseignement ouvert (notamment grâce à internet).
A l’approche des Jeux Olympiques, quel est le risque terroriste en Chine ? Dans votre livre, lors d’une conversation avec l’un de vos interlocuteur, membre des services chinois, vous lui dites en souriant de prêter à la Jeemah Islamiya… Et, de leur côté, les Chinois agitent bien volontiers la menace d’un terrorisme intérieur, en l’occurrence ouïgours…
En fait, j’ai choisi au hasard un groupe asiatique mais dont j’ai suivi le rôle, notamment lors d’enquêtes en Australie. Une façon de dire que je ne pensais pas que le langage utilisé par les officiels chinois concernant les Ouïgours ou les Tibétains était approprié concernant les risques terroristes lors des JO. Je peux me tromper mais je ne crois pas que des actions terroristes constituent le danger à Pékin pour les dirigeants chinois même si la sécurité affirme démanteler des réseaux ouigours qui voulaient attaquer les JO… Une des options [pour les autorités chinoises] consiste à démontrer le lien entre certains Ouïgours et Al-Qaida.
En « criminalisant » les Ouïgours, le dispositif diplomatico-sécuritaire pékinois veut obtenir des démocraties que leurs polices puissent fournir des informations sur leurs mouvements. De nombreux mystères demeurent toutefois. Par exemple, les Américains viennent d’arrêter un des lieutenants de Ben Laden, dont on apprend qu’il parlait le chinois. Peut-être sera-t-il intéressant de savoir dans quelles conditions il l’a appris, et quel usage il en faisait. On a tendance à brocarder la CIA pour son aide passée aux moudjahidines afghans face aux Soviétiques. Toutefois, les Chinois étaient très présents à l’époque dans ce domaine.
En ce qui concerne les relations franco-chinoises, mises à mal ces dernières semaines par le passage mouvementé de la flamme olympique à Paris, vous mentionnez dans votre ouvrage plusieurs affaires comme celle des frégates de Taïwan et les rétrocommissions versées à certains hauts dirigeants chinois pour qu’ils ferment les yeux. Pensez-vous que ces contentieux et ces secrets d’Etat conditionnent les relations diplomatiques sino-françaises ?
Des piqûres de moustiques sur la peau d’un éléphant… Mais le problème de la corruption est considérable aussi bien pour le Parti communiste que pour la démocratie à la française.
Pensez- vous que les lobbies pro-chinois en France influent de manière significative sur la politique chinoise de la France ?
Plutôt que des lobbies pro-chinois, on pourrait parler de lobbies ou de grandes entreprises qui souhaitent que les affaires qu’ils comptent réaliser ne soient pas brouillées par des questions de nature politique. On le voit bien aujourd’hui avec la question des droits de l’Homme, sur le Tibet etc… Des hommes d’affaires français que je connais autant que des dirigeants chinois ont du mal à cerner qu’elle actuellement la politique française, si toutefois il en existe une, vis-à-vis de la Chine.
Le président français actuel demeure un mystère pour les Chinois. C’est d’ailleurs un problème du renseignement politique à l’ambassade de Chine à Paris : avoir envoyé des signaux contraires et finalement erronés sur le Président pour sa visite en Chine et depuis. Je pense d’ailleurs que cela explique le rappel de l’ambassadeur [chinois à Paris] dont on a écourté le séjour en mars pour le remplacer par un analyste beaucoup plus fin, Kong Xuan, déjà N°2 de l’ambassade à Paris à l’époque du président Jiang Zemin.
Propos recueillis par Bao Go Tsé
Les services secrets chinois en accéléré
Dès la création du Parti communiste dans les années vingt, un organe de renseignement et de sécurité voit le jour sous l’égide de Zhou Enlai.
Dans les années 60, ce service devient le Diaochabu (service d’enquête). Il est entre autres doté d’une ambition internationale avec des officiers de renseignements dans les ambassades chinoises à l’étranger.
En 1983, une partie du Diaochabu a joué un rôle dans la constitution de la Sûreté d’Etat (Guojian Anquanbu) voulue par Deng Xiaoping pour faire face aux nouveaux défis économiques et stratégiques de la Chine. Celle-ci a été constituée avec un pan de la Sécurité publique (le fameux Gonganbu), fondé en 1950, qui conserve une importante fonction de contre-espionnage, ainsi que de gestion du goulag chinois, le Laogai.
Dans les années 90, mondialisation oblige, le président Jiang Zemin a modernisé ces services et jetté les bases d’une sorte de conseil national de sécurité.
Après les attentats du 11 septembre 2001, les services chinois développent un pôle antiterroriste.
B. G. T




