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Corruption : ça sent le roussi pour Ehud Olmert
L’étau se resserre autour du Premier ministre israélien, Ehud Olmert. Après un premier interrogatoire le 2 mai, la police israélienne veut le ré-entendre et a déjà perquisitionné la mairie de Jérusalem, ainsi que le ministère du Commerce, de l’Industrie et du Travail où il a jadis officié. Même si l’enquête est loin d’être bouclée, rares sont ceux qui, en Israël, pensent qu’Ehud Olmert sauvera politiquement sa tête. Même s’il a reconnu avoir perçu de l’argent – mais pour financer des campagnes électorales – il a indiqué qu’il démissionnerait s’il était mis en examen. Contrairement au passé, où sa probité financière a déjà été remise en cause sans le couler, les choses sont particulièrement mal engagées pour lui aujourd’hui. Il est soupçonné par la justice de corruption, blanchiment d’argent, financement illégal de campagnes électorales et d’abus de pouvoir en raison d’énormes pots-de-vin qu’il aurait perçus alors qu’il était maire de Jérusalem (1993-2003) puis ministre de Commerce, de l’Industrie et du Travail (2003-2005).
Les liasses du « blanchisseur »…
La police est en effet convaincue qu’Olmert a reçu des sommes faramineuses en liquide – au moins 500 000 dollars – du riche homme d’affaires new-yorkais Morris « Moshe » Talansky, 77 ans, qui vit entre New York et Jérusalem. Dans des comptes secrets tenus par le directeur du cabinet d’Olmert depuis trente ans, Shula Zaken, et saisis par la police, Talansky est désigné sous le pseudo « le blanchisseur ». Et le moins que l’on puisse dire, est que l’homme a un passé sulfureux. Dans de nombreuses actions en justice entreprises aux Etats-Unis, il est en effet accusé par d’anciens associés en affaires d’avoir employé des voyous pour faire pression sur eux et pour tenter de collecter des dettes.
A Jérusalem, Ehud Olmert est soupçonné d’avoir illégalement aidé Talansky et ses associés empêtrés dans des problèmes de spéculation immobilière, et d’avoir contourné des lois sur l’aménagement du territoire pour leur bon plaisir. Olmert serait même allé jusqu’à ordonner l’installation exceptionnelle de dos d’ânes dans la rue où réside l’un des fils Talansky pour obliger les voitures à ralentir…
… du « roi de Las Vegas » et de Monsieur Slim Fast
Le Premier ministre est également soupçonné d’avoir reçu des liasses de billets de deux milliardaires américains. Le premier est un magnat des casinos : Sheldon Edelson, alias « le roi de Las Vegas » qui est entre autre l’heureux propriétaire du luxueux complexe hôtel-casino Le Vénitien, à Las Vegas, et du plus grand casino au monde, Le Vénitien, à Macao. Selon le magazine Forbes, Edelson est le cinquième homme le plus riche du monde. L’autre généreux milliardaire est Daniel Abraham, propriétaire de Slim-Fast, le célèbre fabricant de produits de régimes alimentaires. Les deux hommes ont déjà longuement été interrogés par la police israélienne la semaine dernière, alors qu’ils rentraient pour assister aux festivités des 60 ans de l’Etat d’Israël. Sheldon Edelson, qui a financé le Parti Républicain américain à hauteur de 447 000 dollars entre 1997 et 2002, était même assis au premier rang. Aux côté de George W.Bush !
Le 15 mai dernier, la seconde chaîne de la télévision israélienne a diffusé des extraits enregistrés par la police, de l’interrogatoire du chauffeur d’Olmert, pendant qu’il était maire de Jérusalem, le dénommé Avi Sherman. Au menu des réjouissances : on entend le chauffeur déclarer qu’il avait « personnellement et à maintes reprises mis dans la main d’Ehud Olmert des enveloppes bourrées de fraîche ». Toujours selon Avi Sherman, « la fraîche » venait d’Edelson et d’Abraham. En d’autres occasions, a même précisé le chauffeur, il a donné du liquide dissimulé dans des paquets de Slim-Fast à Ehud Olmert !
Olmert et le monde des affaires
Le Premier ministre est également soupçonné d’avoir illégalement nommé à des postes importants au Ministère du Commerce, de l’Industrie et du Travail des hommes politiques susceptibles d’aider ses amis dans le monde des affaires. Idem au ministère des Finances où il était en poste de 2005 à 2006. Son directeur de cabinet fait d’ailleurs partie des quinze fonctionnaires mêlés à un vaste complot de corruption et de fraude au Bureau des impôts.
Enfin et pour ne rien arranger, Olmert a méchamment gaffé la semaine dernière lorsque, au sujet des accusations de fraude dans le financement de ses campagnes, il a déclaré à la presse qu’il avait « laissé tout ça » entre les mains de son avocat, Uri Messmer, qui a aussi été son homme de confiance. Effondré d’avoir été lâché par Olmert, Messmer (il est soupçonné d’avoir géré l’argent qu’Olmert aurait reçu de Talansky, Abraham et Edelson) est depuis en train de négocier activement son immunité en échange de son témoignage contre le Premier ministre. Cerise sur le gâteau, Olmert est également soupçonné d’avoir illégalement fourni à Messmer des subventions
d’Etat pour une usine dont il était l’avocat. Inutile de préciser que si l’avocat se met à table, les charges retenues contre Ehud Olmert risquent encore de s’aggraver. Difficile pourtant de faire pire.



