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Le Hezbollah à deux Doha du bonheur
Faut-il se réjouir de l’accord de sortie de crise au Liban intervenu le mercredi 21 mai à Doha ? Au vu des réactions internationales qui ont suivi l’annonce, cette question semblerait diplomatiquement incorrecte. À l’image du consensus auquel ont pu aboutir les deux camps rivaux libanais au terme de six jours de tractations au Qatar, une belle unanimité a réuni les capitales étrangères impliquées sur ce dossier. Jusqu’à saluer avec les mêmes mots la reprise du dialogue entre les « frères ennemis » libanais et la fin de l’impasse politique.
Et chacun de féliciter à l’instar de l’Iran les « parties libanaises » et le « gouvernement du Qatar », qui présidait les négociations. La Syrie a, elle, souligné « l’importance de l’entente à laquelle sont parvenus les frères libanais » tandis que l’Arabie Saoudite garantissait le « soutien et l’appui total » de tous à cet accord. Après avoir bien pataugé dans le dossier libanais, la France ne pouvait rester en dehors de ce concerto diplomatique. Comme l’a dit le Président Sarkozy, l’accord de paix le rend « heureux » et la France « s’est beaucoup investie dans la recherche d’une solution à la crise libanaise » sans cesser « d’appuyer le processus permettant d’aboutir à cette entente ». Après avoir vu planer le spectre d’une nouvelle guerre civile et de l’embrasement dans la région qu’elle aurait provoqué, l’heure est donc visiblement au soulagement. Au point d’en « oublier » l’autre « succès » que cet accord inscrit dans le marbre : la victoire politique du Hezbollah. Et quelle victoire ! Le petit protégé de l’Iran et de la Syrie pourra peser de tout son poids dans l’avenir du pays du Cèdre.
Les Etats-Unis l’ont en travers de la gorge
Les points figurant sur l’accord de paix de Doha ne sont en effet ni plus ni moins que l’acceptation des exigences du Hezbollah. Celles-là même qui avaient engendré le blocage de la situation ! Le texte de l’accord de paix prévoit ainsi la constitution d’un gouvernement d’union nationale permettant à l’opposition (Hezbollah et Amal) de disposer d’une minorité de blocage qui fonctionne comme une sorte de droit de veto. En vue des élections législatives de 2009, il inclut aussi la mise en œuvre d’une nouvelle loi électorale prévoyant un redécoupage des circonscriptions suivant une logique d’implantation communautaire et éminemment favorable au camp chiite. La décision de procéder rapidement à l’élection d’un Président (prévu pour dimanche) va permettre au candidat bénéficiant du soutien du Hezbollah, le Général Michel Souleiman, de s’installer à la tête du Liban. Autant de « solutions à la crise », comme s’en réjouit Sarkozy, qui permettent au parti chiite de faire comme à peu près bon lui semble.
Les seules puissances concernées à s’être émues publiquement de la nouvelle donne politique libanaise sont les Américains. Il faut dire qu’ils l’ont en travers de la gorge et que pendant que Nicolas Sarkozy, premier occidental à réagir, montait au créneau pour applaudir de concert avec l’Iran et la Syrie, le département d’État actait à sa façon le bouleversement en cour. Par la voix du sous-secrétaire d’État en charge du Proche-Orient et de l’Afrique du Nord – faire parler un sous-fifre évite aux pontes de la diplomatie américaine de se mouiller - l’administration Bush a fini par commenter l’accord de Doha du bout des lèvres, le qualifiant sobrement d’« étape positive et nécessaire ». Pour autant, « ce n’est pas à nous de décider comment s’y prendra le Liban », a-t-on prévenu laconiquement à Washington. Une réserve qui risque de refroidir les ardeurs béates du président Sarkozy pour les accords de paix dans l’Orient compliqué…
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