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Syrie/Israël : les dessous des négociations secrètes

L’annonce, courant mai, de négociations indirectes de paix entre la Syrie et Israël sous l’égide de la Turquie n’est que la partie visible de l’iceberg. Celles-ci ont en réalité débuté il y a un peu moins de quatre ans. Tout a commencé lors de la visite officielle du jeune président syrien, Bachar el-Assad, à Ankara le 6 janvier 2004. Etaient présents à ses côtés l’ambassadeur syrien à Washington (qui dirige depuis la diplomatie syrienne), Walid al-Mouallem, et le conseiller du président Bahjat Soleïman. Bachar el-Assad avait alors grandement surpris ses interlocuteurs turcs, dont le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Et pour cause ! Il leur a demandé d’user de leurs bonnes relations avec les responsables israéliens, notamment militaires, pour relancer discrètement des négociations de paix. Celles-ci étaient interrompues depuis l’échec des pourparlers entre le président américain Bill Clinton et Hafez el-Assad au printemps 2000, à Genève.

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Bachar el-Assad et Ehud Olmert : leurs pays négocient depuis 4 ans
© Khalid

Bachar el-Assad n’a ensuite pas perdu de temps. Il n’a même pas attendu les résultats des premiers contacts noués par l’intermédiaire de l’ambassadeur de Turquie à Tel-Aviv, Samir Lioulou. Dix jours à peine après avoir quitté Ankara, le chef de l’Etat syrien a dépêché son gendre, le général Assef Chawkat, pour aller dire aux Israéliens qu’il n’y avait pas de conditions préalables à la reprise des contacts avec l’État hébreu. Une fois ce message transmis, Ariel Sharon, alors Premier ministre d’Israël, a aussitôt envoyé le directeur général du ministère des Affaires étrangères à Ankara pour en savoir plus.

En dépit de rumeurs faisant état d’un « niet » israélien dû à des surenchères de politique intérieure comme à la crainte des États-Unis de voir Ankara monter en puissance, les Turcs ont néanmoins poursuivi, sur demande d’el-Assad en personne, leur médiation. Ils ont proposé aux Syriens de désigner une personne de confiance qui ferait office de médiateur secret et serait acceptée par les Israéliens. Ce choix délicat s’est porté sur l’homme d’affaires américain d’origine syrienne, Ibrahim Soleïman.

Membre de la communauté alaouite, ce dernier est originaire du village d’Al-Kordaha, le fief de la famille Assad. Soleïman a également été à l’origine des visites répétées à Damas (sous Assad père) de délégations de Juifs américains d’origine syrienne. Celles-ci ont par la suite joué un rôle important auprès du lobby juif américain pour faire pression sur Washington et Tel-Aviv afin d’accepter la reprise de négociations de paix avec la Syrie.

Rencontres secrètes

Depuis le début de l’année 2005, Ibrahim Soleïman n’a eu de cesse de faire la navette entre le palais présidentiel des Mouhajirines, à Damas, la primature turque, à Ankara, et les bureaux des politiques et généraux israéliens, à Jérusalem comme Tel-Aviv. Il aura toutefois fallu attendre une rencontre secrète organisée dans un hôtel situé dans la banlieue d’Istanbul entre le ministre israélien de la Défense, Ehud Barak (qui a toujours été favorable à une solution avec les Syriens) et le colonel-major Maher Assad, le frère du président syrien. Ce militaire devenu incontournable au sein de l’armée syrienne était accompagné du général à la retraite Mohamed Nassif, ancien patron des services de renseignements militaires et homme clé du dossier israélo-syrien, côté Damas.

Aujourd’hui, alors que ces négociations indirectes débutées il y a bientôt quatre ans entrent dans leur phase finale, Damas fait entrer dans la danse l’expert en droit international Riad Daoudi. Le président Assad l’a chargé de poursuivre auprès des instances internationales et de certains pays occidentaux, le développement de l’enquête portant sur l’assassinat de l’ex-premier ministre libanais, Rafic Hariri, dans lequel de hauts responsables militaires syriens seraient impliqués. A Beyrouth, il se murmure avec insistance que la question du tribunal international fait partie du deal israélo-syrien. Ce qui signifie qu’au cas où les négociations continuent d’évoluer positivement, les Israéliens useront de leurs influence sur les pays occidentaux pour atténuer les pressions sur le régime syrien.

Du côté d’Israël, que se soit avec ou sans l’actuel Premier ministre, Ehud Olmert, impliqué dans un scandale financier qui risque de le faire chuter, la poursuite des négociations se prépare en coulisses. Déjà, Benyamine Netanyahou, ancien Premier ministre et patron du parti du Likoud, prépare son homme de confiance, le milliardaire américain, Ronald Lawder, à entrer en piste. Même topo pour la ministre des Affaires étrangères, Tzipi Livni, qui pousse son chef de cabinet, Aharon Abramovitch, à reprendre du service : l’homme a, dans le passé entretenu des relations avec l’entourage d’Assad. Voilà qui semble de bonne augure.

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