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« Tunisie plus »: Le meilleur des mondes

« Bourguiba, je le qualifie volontiers de despote éclairé. Avec lui, il y avait des écoutes téléphoniques et des syndicalistes mis en prison. Néanmoins (…) il est le créateur de l’identité tunisienne ». Ce jugement subversif imprimé dans la belle revue Tunisie Plus (75 000 exemplaires annoncés) est à mettre sur le compte de Bertrand Delanoë, grand connaisseur du pays. Car, avant d’être maire de Paris, l’ami Delanoë est d’abord un enfant de Bizerte. Du coup, on aurait aimé connaître l’avis du défenseur du dalaï lama et candidat déclaré au poste de numéro 1 du Parti socialiste sur les pratiques peu démocratiques du président tunisien Ben Ali. Las, son intervieweur n’a pas eu la présence d’esprit de le lui demander… Ce n’est pourtant pas un débutant, puisqu’il s’agit de Dominique de Montvallon le directeur adjoint de la rédaction du Parisien. À la place, il a préféré s’enquérir des « plats tunisiens préférés » du maire de Paris…

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Des plumes françaises défendent Ben Ali
© Khalid

Comme tout support de communication, Tunisie Plus respecte scrupuleusement les fondamentaux de ce genre d’exercice. En témoignent ces six jolies pages d’actualités infligeant aux lecteurs un élogieux portrait de la nouvelle « pédégère » de la Banque de Tunisie, la charmante Alia Abdallah (Lire ou relire dans Bakchich : Les Trabelsi mettent le grapin sur la banque de Tunisie) ou encore les niaiseries d’une cheftaine d’entreprise française découvrant les bienfaits de la Tunisie (« Le président Ben Ali dirige le pays d’une façon intelligente en le faisant progresser sûrement et en lui assurant un développement économique régulier »). Le tout sans oublier bien sûr de vanter les atouts du pays : l’énergie solaire, le tourisme, l’indépendance des femmes… Même l’entreprise Sagem a droit à deux pages. Il faut dire qu’elle a eu le bon goût de « parier sur la Tunisie dès 2002 ».

De l’art d’étaler la pommade

« Tunisie Plus » a été lancé par l’homme d’affaires Hosni Djemmali, richissime propriétaire du groupe hôtelier Sangho, qui ne résiste pas au plaisir de signer l’éditorial de son magazine. Et avec quel talent ! « Trop souvent, l’information nous manque et cède le pas à la polémique. Du coup, elle passe sous silence les réalisations, les projets, les espoirs et les ambitions qui, de part et d’autre de la Méditerranée, animent tant d’hommes et de femmes. Ceux-là, ceux qui entreprennent et veulent construire un monde meilleur, n’ont pas à leur disposition un outil d’information qui leur apporte les nouvelles des uns et des autres et leur explique les faits sans leur imposer un jugement. Tel est notre souci. Tel est notre défi. » On en redemanderait presque.

Mais après tout, pourquoi pas ? Belle preuve de savoir faire, le tour operator a su convaincre beaucoup de journalistes (Le Parisien, Le Figaro…) de venir servir la soupe au régime dans son canard en papier glacé. Les people y vont aussi de leur étalage de pommade. Outre Frédéric Mitterrand, l’inénarrable Nelson Montfort fait part de son expérience de grand reporter dans les golfs du monde entier. Son verdict sur les greens tunisiens : « ici plus qu’ailleurs, au fameux dix-neuvième trou (…) vous attend ce qui récompense ou console : le sourire ».

Qu’on se rassure, formé de plumes de la presse française, un comité éditorial veille à l’objectivité des « informations » fournies par ce joyeux magazine. On y trouve Michel Schifres, président du comité éditorial du Figaro. Ou encore le jeune Nicolas Charbonneau, ex Europe 1 parti à I-Télé. Ce dernier est également co-auteur de plusieurs pamphlets, dont Le Roi est mort, vive le Roi ! qui dénonce la permanence depuis 1789 des mœurs monarchiques dans la classe politico-journalistique française. Ah, que ne ferait-on pas pour la belle Tunisie de Ben Ali…

Lire ou relire dans Bakchich :


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