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Québec : la France se prend les pieds dans le tapis

Le ballon d’essai a été envoyé à la fin mars par Jean-Pierre Raffarin, qui ne s’intéresse pas qu’à la Chine. « Le Président est contre le ni-ni », a lâché l’ex-Premier ministre. Traduction de cette savoureuse raffarinade : la formule diplomatique inventée en 1977 par le garde des Sceaux Alain Peyrefitte est caduque. Son « ni ingérence, ni indifférence » qui a servi à définir les relations privilégiées entre la France et le Québec ne tient plus.

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Sarko en visite à Québec
© PieR

Dans les milieux diplomatiques québécois, la sortie de Raffarin a fait l’effet d’une petite bombe, compte tenu de ce qu’elle implique. Un seul exemple, c’est le « ni-ni » qui est à l’origine du statut particulier du Consulat de France à Québec : avec celui de Jérusalem, il est le seul au monde à dépendre directement du Quai d’Orsay et non de l’ambassade de France à Ottawa comme l’usage le voudrait.

Décidément pas passée inaperçue, la sortie de Raffarin a immédiatement déplu dans les milieux indépendantistes québécois (la souveraineté recueille toujours entre 35 et 40 % dans les sondages) qui dénoncent la « canadianisation » des rapports entre la France et le Québec. On évoque également un « lâchage » du Québec, peu compatible avec la sympathie naturelle que la classe politique française, droite et gauche confondues, a toujours entretenue pour l’indépendance de cet oasis francophone coincé dans un univers géopolitique anglophone.

Dans un article très remarqué, Louise Beaudoin, une ancienne ministre du Parti québécois (indépendantiste), s’est interrogée sur le thème de « la mouche » qui « aurait piqué Nicolas Sarkozy ». « Pourquoi la France se mettrait-elle à dos une bonne partie de ceux qui, au Québec, de toutes les couleurs politiques, animent cette relation unique au monde et ce, dans tous les secteurs, alors que personne, ni ici ni en France, ne demande de changement ? La rupture pour la rupture ? Alors que le Québec fête l’arrivée de Samuel de Champlain [1]. et la naissance de la Nouvelle-France, le moment de l’annonce de cette mise à sac serait bien mal choisi », ose l’insolente.

Alain Joyandet contredit Jean-Pierre Raffarin

Cependant, à la mi-avril, Alain Joyandet, qui venait d’hériter du secrétariat d’État chargé de la Francophonie, a contredit Jean-Pierre Raffarin. « L’expression consacrée (le ni-ni) correspond (toujours) à la situation », a-t-il répondu aux journalistes lors de son passage à Québec. Et le sous-ministre français de faussement s’étonner que les journaleux en fassent « une question obsessionnelle ».

Cité par le magazine L’Actualité, en date du 1er novembre 2008,
Philippe Moreau Defarges, chercheur à l’Institut français des relations internationales (IFRI) résume ainsi la situation : « pour Nicolas Sarkozy, comme pour une partie des élites françaises, l’histoire du Québec libre, “y en a marre”. Il veut mettre un terme aux rapports ambigus avec le Canada et rompre avec l’ère Chirac — le sentiment que la France tirait dans le dos de ses amis canadiens — et avec l’héritage gaulliste ».

En mai dernier, Nicolas Sarkozy avait cru trouver la recette miracle en clamant, lors de la remise de la Légion d’honneur, à la chanteuse Céline Dion que « le Québec, c’est notre famille, le Canada, ce sont nos amis ». Certains malveillants ont cependant relevé qu’on choisit ses amis, mais pas sa famille. Ambiance…
On verra bientôt si Sarkozy – qui devrait passer à peine 24 heures au Québec et ratera du coup la clôture du Sommet et le débat pourtant crucial sur l’avenir de la langue française – aura le temps de redéfinir les positions diplomatiques traditionnelles françaises.

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