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Après les émeutes, un cierge pour la Grèce ?
Democrazy. « Ce sont les anglais qui parlent de notre pays comme ça en ce moment », livre, un peu dépitée, Elina Makry, jeune juriste de 27 ans qui vit dans le centre d’Athènes. « Il faut dire que nous sommes les seuls à balancer du marbre sur les policiers pour protester ! », ajoute-t-elle en instant bien sur le mot « marbre ». C’est vrai que c’est un poil plus smart que du vulgaire pavé…
Optimiste !
« Optimiste, tout peut changer pour le mieux si on n’a pas peur de rêver ! » Elina y croit. « J’ai un peu honte, comme beaucoup de Grecs, de voir Athènes dans cet état ». Les cagoules ? « Ce que nous osons, en tant que jeunes, nous devons le faire avec audace, à visage découvert. Il faut séparer jeunes et cagoules ». Ce que raconte Elina, c’est ce que pensent beaucoup d’autres. Comme si deux semaines d’insurrection commençaient à fatiguer. « Bien sûr que je suis de la génération à 600 euros », dit-elle. « J’aimerai bien y être, pour moi c’est encore trop ! », glisse Sotiria Kakani. « Et encore, quand le gouvernement veut bien me payer. »
Sotiria vit à Théssalonique où elle est professeur de français dans le primaire. Ce genre de réponse sent le pays au bord de la faillite. Les violences ? « On dit qu’il y a des policiers déguisés en cagoules qui cassent des magasins », ce que tend à confirmer une enquête publiée dans To Vima sur l’infiltration par la police des groupes d’Exarchia. Sotiria condamne les violences. « Détruire le magasin de quelqu’un qu’on ne connaît pas, ce n’est pas une façon de manifester… » Elina et Sotira représentent une large couche de la jeunesse : celle qu’on n’entend pas dans cette crise. La scène politique grecque ? « Elle est très décevante. Aucun parti n’est légitime aujourd’hui pour gouverner », tranche Costa, étudiant en sociologie à Athènes. Avant d’ajouter : « le seul moyen de se faire entendre, c’est d’user de la violence ».
« La Grèce a un gouvernement »
Le patronat, de son côté, aimerait simplement que les partis gouvernent : le robinet à bénéfices commence à se tarir dangereusement ! Comme le titre la livraison de jeudi du quotidien Kathimérini « Angoisse sur les marchés peu avant les fêtes - chute jusqu’à 90% du chiffre d’affaires ». Dans Elefthérotypia, Mr Daskalopoulos, président de l’association des industriels de Grèce (SEV) se déclare favorable à une coopération entre le Pasok (mouvement socialiste panhellénique) et ND (parti conservateur au pouvoir) pour promouvoir les réformes sur lesquelles les programmes des deux plus grands partis convergent. « Ce n’est pas une affaire de gouvernement mais de gouvernance », affirme Mr Daskalopoulo. Il suffisait d’y penser…
Mais ce brave industriel - qui ne pense qu’au bien de son pays, ça va de soir - a provoqué le « fort mécontentement » de son gouvernement, comme le souligne un encart dans Kathimérini. Il faut dire qu’il a évoqué une « responsabilité collective » dans la crise que traverse la Grèce et indiqué notamment : « Nous ne pouvons pas ignorer le message retentissant envoyé par les jeunes, ni l’étouffer dans les gaz lacrymogènes ». Mr Antonaros, le porte-parole du gouvernement et gardien de la forteresse assiégée Caramanlis lui a rétorqué un martial démenti : « La Grèce a un gouvernement. Le gouvernement actuel est fort et à la hauteur de sa mission ». À bon entendeur.
Les « Affaires » continuent
Dans le chaos ambiant, les rebondissements sur les affaires continuent. Les cinq partis présents au parlement hellénique viennent de pondre, chacun, un rapport (une spécificité du parlementarisme grecque) sur l’Affaire Vatopédie. Et chacun se renvoie la balle. Il s’agit d’une combine fiscale montée par les religieux du monastère chypriote éponyme avec la complicité des politiques locaux et du gouvernement, dont le bénéfice s’élève à la modique somme de 47 millions d’euros. Certains journaux anticipent sur l’imminence d’un remaniement ministériel en relation avec cette affaire qui pourrait être annoncé dans quelques jours.
Sous l’uniforme
La presse du monde entier n’en a que pour les « jeunes » révoltés. Rétablissons l’injustice. Les policiers aussi ont droit à de la considération d’autant plus que les rangs de la police comporte de nombreux « jeunes ». Le journal Eleftheros Typos s’inquiète : il révèle le nombre de psychologues qui soulagent le vague à l’âme de la police grecque. Ils sont cinq. Pour cinquante mille policiers. Autant dire que les policiers sont priés d’avoir un gros moral.
Un qui n’en a manifestement pas, c’est le jeune homme à l’origine du tir qui tua Alexandre-Andréas Grigoropoulos. Plusieurs quotidiens font état des troubles qu’il a causés à la Prison de Domokos où il est incarcéré, « laissant entrevoir une personnalité perturbée ». Des psys pour sauver la Grèce ? Il n’y aurait donc pas de tests psychologiques à l’entrée de l’école de police ? Stavros Tzimas pose la question dans Kathimerini dans un article intitulé « Sous l’uniforme », mais ne donne pas de réponses : la police grecque n’aime pas trop parler d’elle-même par les temps qui courent. Dans ce même article, une jeune recrue est citée : « un garçon poli, plein de bonnes manières », qui a choisi la police « poussé par l’incertitude du monde du travail et par la pression de ses parents, ouvriers journaliers ». Ils sont fiers comme Artaban les parents mais flippent un peu du changement dans le caractère de leur rejeton « plein de bonnes manières » depuis son entrée dans l’école. « Quand il entend le mot ‘Albanais’, il devient fou. Mon fils n’était pas comme ça avant, je ne sais pas ce qu’on leur raconte là-bas ».
600 établissements scolaires et 120 départements universitaires toujours bloqués
Jeudi 18 décembre, 600 établissements scolaires et 120 départements universitaires étaient toujours bloqués, après deux semaines de mobilisation. Deux manifestations étaient organisées à Athènes. La première à Omonia par le comité de coordination des élèves s’est déroulée sans incident. La seconde, réunissant les étudiants et enseignants quelques heures plus tard aux Propylées, a dégénéré devant le Parlement. Un groupe de jeunes y a attaqué les policiers en stationnement à l’aide de pierre et de cocktails molotov.
Brûler un cierge ?
Le gouvernement semble avoir choisi, du moins pour l’instant, la stratégie du pourrissement. Le premier ministre Caramanlis a annoncé des mesures de soutien au secteur touristique (qui commence à battre de l’aile en raison de la crise économique et des émeutes cumulées). Quant à la ministre des Affaires étrangères, Dora Bakoyannis, elle a rencontré l’archevêque d’Athènes et primat de Grèce, Mgr Ieronymos. Enjeu de la discussion : les relations entre l’Église et l’État dans leurs efforts pour soulager les citoyens les plus démunis. La « génération à 600 » euros n’a plus qu’à brûler un cierge ?
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