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Barack, on en a déjà Obamarre

L’investiture d’un homme noir comme président des Etats-Unis est une étape nouvelle dans la lutte contre l’esprit de la Confédération, le nom que se donnaient les Etats esclavagistes et sécessionnistes du Sud pendant la guerre civile (1860-1865). Une étape historique qui réchauffe le cœur bien sûr, mais une étape seulement. Car le racisme rôde toujours dans l’Amérique qui a élu Barack Obama. La veille de son investiture qui a rassemblé une foule en délire de 1,9 million de personnes (selon les autorités fédérales), un sondage réalisé pour le Washington Post et la chaîne ABC, a montré que les trois-quarts des noirs Américains affirment avoir été personnellement victime de discrimination raciale. C’est énorme.

Presque toute l’Amérique a regardé le sacre d’Obama à la télévision : sur les lieux de travail et dans les écoles, dans les bars et les restaurants, sur des écrans géants installés sur les places publiques ou tout simplement à la maison. Sur toutes les chaînes de télé, on pouvait voir des images de jeunes noirs pleins de joie et d’espoir. Mais si un tabou racial a été brisé, la réalité à laquelle ces jeunes doivent faire face ne changera pas du jour au lendemain, simplement parce qu’une famille noire habite maintenant une Maison-Blanche construite par des esclaves.

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© Khalid

Les blacks deux fois plus pauvres que les blancs

Selon les chiffres officiels, le taux de pauvreté des noirs est deux fois plus important que celui des blancs — 24,5 % contre 12, 5 % (et 21, 5 % pour les latinos qui vivent eux aussi dans la misère). Et avec l’économie au seuil d’une nouvelle Grande Dépression, cet écart risque encore de s’accroître. Un quart des 2,3 millions d’Américains qui ont perdu leur travail en 2008 étaient noirs, même si les blacks ne représentent que 11 % de la population active et… 13 % de la population totale du pays. Mais selon l’ONG de défense des droits de l’homme Human Rights Watch, le nombre de noirs en prison est six fois supérieur au nombre de blancs incarcérés. Ainsi, la joie liée à l’arrivée d’Obama à la présidence devrait être « diluée » par ces chiffres implacables et qui n’augurent rien de bon pour un nouveau président qui incarne le centrisme en politique.

Le discours d’investiture d’Obama avait de la grandeur, certes. C’est un orateur hors pair. Mais il y a des contradictions entre ses belles phrases et ses actes. « Nous rejetons le choix entre notre sécurité et nos idéaux » a-t-il dit, faisant référence aux libertés garanties par la Constitution américaine. Mais en juin 2008, pendant sa campagne, le sénateur Obama a déçu beaucoup de supporters en soutenant le projet de loi de George W. Bush nommé FISA et voté par le Congrès. Celui-ci permet, au nom de la « sécurité », au gouvernement fédéral d’écouter les conversations téléphoniques et de surveiller les communications sur internet sans le mandat d’un juge. Une violation grave des principes constitutionnels selon les associations de défense des droits civiques. Alors que croire, les mots ou les actes ?

Une « nouvelle ère de responsabilité »

Dans son discours d’investiture du 20 janvier, Obama a promis « une nouvelle ère de responsabilité ». Mais le nouveau président a déjà accordé des dérogations à certains de ses ministres. Par exemple, on a découvert sur le tard que le nouveau Secrétaire au Trésor, le chouchou de Wall Street,Tim Geithner, n’a pas payé ses impôts pendant plusieurs années, lorsqu’il travaillait pour le Fond Monétaire International… Un non-respect de la loi d’autant plus regrettable que le Secrétaire au Trésor est le ministre de tutelle du fisc américain ! Mais après la révélation dans la presse de cette violation de la loi, Obama a maintenu la nomination de Geithner comme si de rien n’était. Alors, les mots ou les actes ?

Le discours d’Obama a mis l’accent sur « l’honnêteté » comme une des principales valeurs de sa présidence. Mais sa nouvelle Secrétaire d’Etat, Hillary Clinton, a refusé, devant la commission du Sénat chargée de la confirmer à son poste, de promettre que la fondation de son mari Bill révélera l’identité de tous ses donateurs passés, présents et futurs. Comme l’a si bien écrit dans un éditorial le Wall Street Journal, « voici le spectacle d’un ex-président qui a fait le tour du planète pendant dix ans afin de collecter 492 millions de dollars pour sa fondation, la plupart issus d’un assortiment de fripouilles, de dictateurs et de chasseurs d’avantages. Et on nous demande de croire que rien de tout cela n’exercera la moindre influence sur la conduite de madame Clinton comme Secrétaire d’Etat ». Le refus de transparence d’Hillary est bien loin de « l’honnêteté » à laquelle Obama fait référence. Alors, les mots ou les actes ?

Des compromis avec la droite en vue ?

Dans son discours, le nouveau président a insisté sur la nécessité de mettre fin aux « querelles partisanes défraîchies ». Mais c’est l’esprit de « bipartisme » que nous a donnés la Guerre Froide, la chasse aux sorcières des années 40 et 50, la guerre contre le Vietnam, les deux invasions d’Irak, le bombardement meurtrier de l’Afghanistan, les six décennies de chèques en blanc de Washington à Israël pour malmener les Palestiniens… et bien d’autres moments noirs de l’histoire des Etats-Unis. En rejetant les « dogmes fanés » des partis, Obama prépare-t-il de nouveaux compromis avec la droite ? On peut le craindre… car un beau discours peut cacher des choses bien laides. A suivre, donc.

A lire et à relire sur Bakchich.info :


Les dernières nominations de Barack Obama à son nouveau gouvernement, la semaine dernière, indiquent que son équipe penche de plus en plus à droite.

As du pantouflage et lobbyiste hors pair pour des sociétés pétrolières, Bill Richardson a été nommé secrétaire au Commerce par Barack Obama. Tout un poème…

Hillary Clinton confirmée poste de Secrétaire d’Etat, Robert Gates maintenu au Pentagone… Barack Obama a constitué son équipe pour la sécurité nationale.

En bon conservateur libéral qu’il est, George W. Bush ne renierait pas la nouvelle équipe en charge de l’Economie que Barack Obama a constituée.