Vous êtes ici
République tchèque : gare aux peaux de banane françaises !
Sacré bizutage pour le curieux attelage tchèque qui mène le Conseil européen depuis le 1er janvier ! Le Premier ministre Topolanek et le président de la République, Vaclav Klaus, ont reçu en cadeau deux crises majeures à gérer : la coupure de gaz russe et l’attaque israélienne de la bande de Gaza. Et ce d’entrée de jeu, avant même le lever de rideau officiel de la présidence tchèque de l’Europe. Un rituel qui s’est déroulé au sens propre du terme le 7 janvier au Théâtre national de Prague avec une soirée aux fastes très Mittleuropa.
Entre la France et la République Tchèque, les rapports sont si médiocres que seul le nouveau secrétaire d’Etat aux Affaires européennes, le villepiniste Bruno Lemaire, représentait la France. Pas l’ombre d’un Kouchner et encore moins d’un Sarkozy pour la « passation » de pouvoirs.
Crise du gaz : les Russes avaient prévenu
Dans ce contexte tendu, dire que la crise du gaz constitue une gentille peau de banane laissée par les Français semble à peine exagéré. Le conflit entre l’Ukraine et la Russie dont sont otages plusieurs pays européens n’a rien d’une surprise. Plusieurs sources confirment qu’en fin de présidence française, le régime des sieurs Poutine et Medvedev a fait comprendre à certains responsables qu’une possible coupure des livraisons de gaz russe risquait d’intervenir en cas de désaccord avec l’Ukraine.
La décision fin octobre du FMI de prêter plusieurs milliards d’euros à l’Ukraine a en effet servi de prétexte à Moscou pour réclamer à Kiev une hausse de la facture de gaz. « Dès lors, la question s’est posé de savoir si la présidence française devait intervenir à l’époque, détaille un témoin attentif. Mais en haut lieu, consigne a été donnée de ne rien faire ». C’est de bonne guerre. En somme, la France ayant eu à gérer son lot de tuiles (la crise géorgienne, la crise financière mondiale), ne retirons pas à ces Tchèques pro américains le plaisir d’aller négocier avec leur ex-grand frère soviétique…
A l’inverse, Nicolas Sarkozy a cherché à parasiter les débuts de ses successeurs à la tête de l’Europe en jouant les prolongations de sa présidence. Avec sa tournée au Proche-Orient allongée jusqu’au 6 janvier, l’omniprésident a énervé l’opinion et le gouvernement tchèques déjà irrités par sa tentative de présider l’Eurogroupe et son acharnement à conserver la co-présidence de l’Union pour la Méditerranée.
« Les fonctionnaires tchèques sont des ploucs »
L’opération a totalement occulté la mission diplomatique, assez plan plan, il est vrai conduite à peu près en même temps par Prague. Face aux Israéliens, Sarkozy n’a pas eu plus de succès que le ministre tchèque des Affaires étrangères, Karel Schwarzenberg. Pourtant – et le service de presse de l’intéressé, s’est bien gardé de la crier sur les toits – ce dernier était accompagné de notre considérable Bernard Kouchner. Las, les conseils de BK n’ont pas réussi à faire arrêter l’attaque israélienne sur Gaza ni à aider les Tchèques.
La certitude, c’est qu’entre les deux Etats qui se succèdent à la tête du conseil européen, ce n’est pas le grand amour. « Les fonctionnaires tchèques chargés de la présidence européenne sont des ploucs. Car les bons ont été recrutés par le privé ou bien sont en poste à l’étranger » peste ce charitable haut fonctionnaire hexagonal. Dans la veine de ce que Sarkozy exprimait fin 2008 avec morgue son sentiment vis-à-vis de ce pays de 10 millions d’habitants entré dans l’Union en 2004. Presque tous des paysans du Danube ! Ou plutôt de la Moldau, la rivière qui passe sous le pont Charles.
Un peu inexpérimentés en plus d’être eurosceptiques, les Tchèques ont cherché à combler leurs lacunes. Quelques semaines avant d’entrer en scène, ils se sont attaché les services plusieurs experts d’autres pays pour les inviter à plancher de façon informelle sur des sujets économiques, juridiques ou géopolitiques. L’opération pourrait se renouveler. D’anciens ministres et l’Ex, Valéry Giscard d’Estaing, ont également été sollicités, histoire « de donner un autre cachet à cette présidence », indique un témoin.
Bourde sur bourde
Reste qu’il n’y a qu’en forgeant qu’on devient forgeron. Pour sa première expérience à la tête de l’Europe, Prague a déjà commis quelques jolies bourdes diplomatiques. La première dès le 3 janvier. L’entourage de Mirek Topolanek a qualifié l’opération lancée par Israël à Gaza de « défensive plus qu’offensive » suscitant de vives réactions à l’intérieur de l’Union et quelques nausées dans le monde arabe. « Une déclaration qui reflétait davantage l’opinion du gouvernement que celle de l’Union européenne, analyse un bon observateur slovaque. En fait, Prague n’a rien à faire de la Palestine. Et le gouvernement a l’habitude de s’aligner sur la position des Américains. »
La seconde boulette est survenue quelques jours plus tard, à travers un lapsus commis dans un communiqué qui mentionnait l’entretien de Topolanek avec le « Président Poutine » (alors qu’il est Premier ministre). Sans doute un trait d’humour tchèque mal compris, lequel est parfois aussi acerbe que lucide.
Lire ou relire sur Bakchich.info :







