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Thaïlande and Freedom

Le déploiement achevé mardi de l’armée thaïlandaise dans les rues de Bangkok marque la fin de la deuxième manche de l’affrontement entre le gouvernement et le mouvement des chemises rouges du premier ministre déchu Thaksin Sinawatra. Le reflux de la vague rouge en pleine fête de Songkran -le nouvel an thaï- trouve aussi son explication dans l’assèchement de ses ressources en cash.

Faire venir de leur province reculée plus d’une centaine de milliers de manifestants, leur transport, leur alimentation - et leur rétribution (en Thaïlande, l’immense majorité des militants sont payés pour descendre dans la rue)- coûte aux organisateurs plusieurs millions de dollars par jour. Plusieurs sources consultées par Bakchich à Bangkok font état d’un deal comportant un volet financier passé dans la soirée du 13 avril entre Thaksin et le gouvernement, celui-ci s’engageant alors à rapatrier à ses frais les dizaines de milliers de chemises rouges encore présents dans le grand Bangkok. Thaksin lui-même n’est pas à l’abri de pressions d’ordre financier, puisque des fonds lui appartenant (environ 2 milliards de dollars) sont gelés dans des banques à Bangkok.

Un Camouflet pour le Premier ministre Abhisit

La première manche de cet affrontement avait nettement été remportée par la coalition soutenant Thaksin, lorsque les forces de l’ordre, débordées, n’ont pu s’opposer, le 11 avril, à l’intrusion de centaines de manifestants dans l’hôtel de la cité balnéaire de Pattaya abritant les travaux du sommet de l’ASEAN (Association des pays d’Asie du Sud-Est) élargi à ses partenaires de l’Asie- Pacifique.

Ce retentissant fiasco de la police thaïe, dû à une stupéfiante sous-évaluation du nombre des chemises rouges actives sur zone en ce weekend de nouvelle année, avait causé la fuite chaotique en hélicoptères de chefs d’état et de gouvernement hôtes du premier ministre Abhisit. La perte de face du gouvernement était telle que Thaksin et ses lieutenants ont pu l’espace de 24 heures croire en la démission imminente du gouvernement. Leur espoir s’est évanoui lorsque les chefs de l’armée ont annoncé à la télévision leur disponibilité pour rétablir l’ordre.

La messe est -provisoirement- dite

En novembre-décembre 2008, les partisans de l’actuel Premier ministre, alors revêtus de chemises jaunes, avaient obtenu la démission du gouvernement à l’époque dirigé par un beau-frère de Thaksin après des semaines de manifestation, l’occupation du palais du gouvernement, du parlement et des deux aéroports de Bangkok. Cette longue mobilisation avait coûté, selon plusieurs analystes de la politique thaïlandaise, plus de 100 millions de dollars, réglés en cash par des hommes d’affaires proches de la famille royale. Le gouvernement était tombé après que les chefs militaires aient fait connaitre leur neutralité, c’est à dire le refus d’engager l’armée pour rétablir l’ordre. Dès ce moment, les partisans de Thaksin avaient fait savoir qu’ils allaient recourir aux mêmes moyens pour obtenir de nouvelles élections.

Les chefs de l’armée, considérés comme royalistes, en ont, pour l’heure, décidé autrement.

Dans les rues de Bangkok

Dimanche et lundi, les rues de Bangkok ont vu se dérouler des scènes parfois cocasses, parfois d’une réelle violence.

Au milieu de la journée dans un des quartiers les plus commerçants de la capitale, un véhicule blindé de l’armée a fait une pause déjeuner, c’est-à-dire que ses occupants en sont sorti pour s’attabler aux échoppes installées à proximité sur les trottoirs. Selon un témoin qui l’a rapporté à Bakchich, les chemises rouges se sont alors, sans coup férir, emparés du blindé et, juchés sur sa tourelle, ont brandi des étendards et scandé des slogans. Sans affolement les soldats, après s’être sustentés, ont prié les manifestants de leur restituer leur blindé, ce qui fut obtenu sans la moindre violence et avec le sourire :

Par contraste, à quelques kilomètres de là, au même moment, des manifestant n’hésitèrent pas à lancer des bus contre des militaires, voire contre un autre bus faisant barrage à leur cortège…

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