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Liban : un ambassadeur gaga de Geagea

« C’est plus fort que lui. Il ne peut pas s’en empêcher ! » s’exclame un diplomate français en poste à Beyrouth, « l’ambassadeur André Parant n’arrête pas de faire des déclarations publiques en faveur de Samir Geagea ; de multiplier les propos élogieux à l’encontre du Hakim ». Ça la fout plutôt mal en pleine campagne électorale, les élections législatives étant annoncées pour le 7 juin prochain.

En arabe, « al-Hakim », c’est le « docteur ». C’est comme cela que tous les admirateurs de Samir Geagea l’appelle depuis les années soixante-dix, lorsqu’en pleine guerre du Liban, il interrompit ses études de médecine pour devenir l’un des chefs militaires du parti phalangiste avant de carrément mettre la main sur les Forces libanaises après l’assassinat de Bachir Gemayel en 1982.

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Le bon docteur Geagea
© Oliv’

Fondé par Pierre Gemayel en 1936, rentré enthousiasmé des jeux olympiques de Berlin, la Phalange qui allait se transformer en Forces libanaises, puis en parti politique après l’accord de Taëf (1989) mettant fin aux quinze années de guerre civile, fait aujourd’hui parti de la coalition « pro-occidentale » dite du « 14-mars », aux côtés de Saad Hariri, le fils de l’ancien premier ministre Rafic assassiné en février 2005 et de Walid Joumblatt, le chef féodal des Druzes qui change de camp avec les aléas du vent. Les Forces libanaises d’aujourd’hui ont conservé leurs inspirations mussoliniennes et filiations fascistes : « Ni Orient, ni Occident ! », le vieux slogan des Phalanges avait beaucoup séduit Condoleezza Rice, l’ancienne secrétaire d’État américaine qui, elle-aussi, ne tarissait pas d’éloges à l’encontre de Samir Geagea, « idéaliste tout autant inspiré que désintéressé ».

Un ambassadeur un peu trop diplomate

En novembre dernier, notre ambassadeur à Beyrouth s’était déjà fait remonter les bretelles par l’Élysée. Lors d’un dîner officiel pour le Salon du livre francophone, en présence d’écrivains français et de parlementaires européens, André Parant s’était effectivement livré à une apologie publique de trois quart d’heure du Hakim avant de se faire ramener à la raison par quelques uns de ses invités. Ces derniers osant rappeler quelques bavures de ce personnage qui n’est autre qu’un véritable serial killer à qui l’ont attribue pas moins d’une trentaine d’assassinats, d’enlèvements et de disparitions…

Vraisemblablement sur le départ – il pourrait faire partie du mouvement diplomatique de l’été – André Parant n’a visiblement pas retenu la leçon. Cet ancien conseiller technique de la cellule diplomatique de Chirac (nommé en octobre en 2002) est resté viscéralement chiraquien fulmine-t-on à l’Élysée. Il n’a pas intégré que la ligne Sarko consiste à parler à tout le monde, même au Hezbollah ainsi qu’au général Michel Aoun, le leader chrétien qui a fait alliance avec le parti chiite. Évidemment, Parant n’a pas de mots et de maux assez durs à l’encontre du général qu’il traite – encore publiquement – de « traître à son camp ! ».

C’est qu’une fois la nuit venue, notre ambassadeur laisse tomber son habit de lumière diplomatique pour se couler dans la tenue de poulbot beyrouthin – tee-shirt, jeans et tennis blanches – afin de se joindre aux soirées dansantes et endiablées du 14-Mars où, là-encore, il n’arrive pas à tenir sa langue. La capitale du pays du cèdre est un village, aussi dès le lendemain, le tout Beyrouth de commenter les dernières sorties de l’ambassadeur de France…

On l’aura compris, l’ambassadeur de France à Beyrouth donne d’ores et déjà gagnante la coalition du 14-Mars avec un rôle prépondérant à son héros Samir Geagea. De la haute diplomatie qui va certainement favoriser, sinon hâter l’arrivée d’une nouvelle excellence française au pays du cèdre…

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