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Vivendi : le capitalisme selon Messier dévisagé
En ces temps de crise bancaire, de cataclysme financier et de rigueur budgétaire, bref, d’Apocalypse économique, le temps est venu de se trouver un Messie pour annoncer et marquer l’avènement de temps nouveaux.
Si Obama a endossé le costume de favori par la grâce des médias, Bakchich mise sur un autre poulain. Une pouliche à grosse côte mais sur le retour, le Messie Messier. Et oui, l’ami Jean-Marie est l’évidence même pour incarner le Sauveur. Il a ressuscité d’entre-les-morts et effectué un come-back cette année. Bon, pas vraiment le troisième jour ni la troisième année, mais tout de même. Un livre, des conseils à tout va, l’ancien patron-fossoyeur de Vivendi-Universal a réussi un joli tour de for. Ensuite, J2M porte encore les stigmates de sa passion VU, sous la forme d’un toujours renvoi en justice.
Mais surtout, en ces temps où le capitalisme est appelé à une réforme profonde au moins, à une transformation radicale au plus, Messier saura avoir la bonne parole. Qui d’autre que l’inventeur du capitalisme à visage humain, de l’homme qui pose avec une chaussette trouvée dans Match, pour assurer cette tâche.
J2M porte sa propre croix
D’autant que son évangile est déjà un peu écrit. À l’instar de ce truculent mail des 1er et 2 mars 2002, que Bakchich a retrouvé dans les cartons. Quatre mois avant le grand crash de Messier et son éviction de Vivendi – la Passion de Jean-Marie – son fidèle apôtre-directeur financier Guillaume Hannezo l’alerte de l’imminence du grand crack, en un langage très terre à terre, dans un mail du 1er mars 2002 :
« Nous ne sommes pas dans une période normale, nous sommes dans une période ou ça passe ou ça casse… J’aimerais bien que tu mesures là que tu joues non seulement nos jobs, mais, plus important nos réputations. Ce que les gens cherchent à savoir cette fois-ci c’est :
VU est-il une grande escroquerie, comme Enron
VU est-il menacé sur sa dette ?
JMM a-t-il complètement pété les plombs ? »
Homme de peu de foi en fait cet Hannezo, qui met en doute le Messie. Mais il faut le comprendre, « il est à la place du mort » dans cette affaire, pas du ressuscité. Cela peut créer un certain stress.
Pas sur l’escroquerie, « si on peut être un peu transparent, on va traiter la première question ». Pour les autres, le doute plane dans l’esprit d’Hannezo qui semble touché par un peu plus qu’une crise de foi. « Je suis plus inquiet sur le deuxième car cela suppose un changement radical dans nos habitudes et de notre management (…) : la dette c’est quand même fait pour être remboursé », s’agace le profane. Avant de blasphémer bel et bien. « Et sur le troisième, à toi de joueur. Mais si tu arrives à tes annonces de 15 milliards de perte (certes non pas en cash et seul le cash importe mais le cash il n’y en a pas) , la mine bronzée et replette retour de ski, et conversations avec Robert Redford, en confirmant tout ce que les gens soupçonnent ».
Un cri d’alarme, un appel à l’aide en fait, afin de retrouver « une crédibilité que tu es en train de perdre ». A croire que l’apôtre Hannezo sent venir la crucifixion du patron. Mais un Messie et a fortiori un Messier ne peut aller contre son destin. « Ce commentaire entre insulte, humiliation et affection est non seulement totalement déplacé mais tu ne m’entendras jamais parler comme ça ». Ainsi fut-il.
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