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Les Cavalières manières de Berlusconi

Mardi 28 avril. Veronica lit la presse. Son attention est monopolisée par un article du quotidien italien La Repubblica. Veronica apprend que son mari, le Cavaliere Berlusconi s’est invité à l’improviste à l’anniversaire de Noemi Letizia, le jour de ses 18 ans.

Noemi est belle, blonde, et rêve d’une carrière à la télévision. Noemi appelle le Cavaliere « papi », papounet, tout en racontant aux journalistes qu’elle connaît Silvio depuis longtemps et qu’elle va le voir souvent à Milan ou à Rome « parce qu’il travaille beaucoup, le pauvre, et il ne peut pas toujours venir à Naples ». Le Cavaliere lui a apporté un cadeau, un collier en or jaune et blanc avec un pendentif de brillants. Certains murmurent aussi qu’il y avait les clés d’une voiture, mais Noemi dément - précise La Repubblica. Veronica lit ça et reste abasourdie, puis elle appelle une amie : « Ça suffit, je ne peux plus donner le bras à ce spectacle ». C’est le divorce.

Les frasques de Berlusconi coûtent du blé

Lundi 4 mai. Silvio Berlusconi convoque son staff rapproché dans sa résidence d’Arcore. La situation est grave. Et les hommes du président du Conseil très concentrés : il ne faut pas que le divorce puisse mettre à risque l’empire économique de « l’entreprise Berlusconi ».

Les conseillers du Cavaliere n’ont pas oublié le solde de tout compte de son précédent divorce avec Carla Dall’Oglio. C’était en 1985, et Silvio Berlusconi avait dû se séparer de six appartements et de deux boutiques à Milan, de 3 milliards de lires (1,55 million d’euros) en obligations ENEL, d’un milliard (un demi-million d’euros) pour qu’elle puisse s’acheter une nouvelle demeure et de l’argent nécessaire pour un appartement à Londres. Il est très probable que cette fois-ci, le divorce se montre bien plus onéreux… Il ne faut pas oublier qu’on parle de la 90e fortune privée du monde (Forbes, 2008).

« Ses coffres-forts (les holdings Première, Deuxième, Troisième et Huitième) lui ont viré 169 millions de dividendes et - malgré le débit - elles ont encore dans leur ventre 752 millions comptant et 65 % de la Fininvest », rappelle Ettore Livini, journaliste à La Repubblica. « La société Il Biscione, entre liquidités (presque 4 milliards) et actions de Mediaset, Mediolanum et Mondadori (3 autres milliards) vaut 7 milliards. L’empire immobilier du président du Conseil est en revanche gardé sous le chapeau de Dolcedrago et Idra, qui contrôlent les différentes villas, d’Arcore à Macherio, de Lesa à Lesmo, de la Sardaigne jusqu’aux Bahamas. Leur valeur est difficile à estimer, même si le Cavaliere a immobilisé ces biens (en les sous-estimant) pour plus de 200 millions ».

Mais au fait, comment a fait fortune, le richissime Silvio Berlusconi ?

Mystère et boule de fric

Dans le lointain 1968, celui qui deviendra « Il Cavaliere » avait 32 ans et dirigeait déjà une société, Edilnord. À l’époque, sa passion n’était pas encore les médias. Silvio le bâtisseur, œuvrait dans l’immobilier. L’ambitieux acheta au comte Bonzi un vaste terrain dans la banlieue de Milan, d’une valeur de plus de 3 milliards de lires (plus d’un million et demi d’euros). Pour ensuite y construire une ville nouvelle, en un temps record de 5 ans, tout en déboursant environ 500 millions de lires (258 000 euros) par jour. Voilà le prix de son premier grand chantier.

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Don Silvio
© Oliv’

Qui lui a donné l’argent ? Qui se cachait derrière les mystérieuses sociétés financières suisses administrées par un avocat de Lugano, Renzo Rezzonico, qui ont apporté les fonds au futur Cavaliere ? À cette question, Silvio Berlusconi n’a jamais apporté une réponse claire. La rumeur veut que des capitaux illégalement expatriés en Suisse aient financé le grand œuvre, tout en se faisant blanchir. Deux opérations pour le prix d’une… et jamais démenties de façon convaincante par le Président du Conseil italien.

Des sociétés à foison

En 1973, il fonde une autre société de BTP, une PME à responsabilité limitée, Italcantieri SRL. Deux ans plus tard, cette société reçoit une injection financière de 500 millions de lires (258 000 euros). 2 milliards supplémentaires (plus d’un million d’euros) ont atterri à l’improviste dans les caisses d’Italcantieri, qui n’était plus une petite SARL, mais une société anonyme. Et 2 autres milliards suivront via un emprunt obligataire. D’où venait l’argent, quels étaient les partenaires financiers de Berlusconi ?

Et en 1975, Berlusconi donne naissance à une société d’investissement, son fleuron, la Fininvest. Au départ, il s’agissait d’une société à responsabilité limitée, mais six mois plus tard, elle disposait de 2 milliards de lires (plus d’un million d’euros) de capitaux et fut transformée en société anonyme. Le 8 juin 1978, Berlusconi crée encore une autre société qui s’appelle toujours Fininvest mais qui, disposant uniquement de 20 millions de lires (10 000 euros), est à nouveau une modeste SARL. Le 30 juin, le capital de cette dernière est augmenté, pour atteindre les 50 millions de lires et, le 7 décembre, 18 milliards (9,3 millions d’euros). Le 26 janvier 1979, les deux Fininvest (SA et SARL) fusionnent enfin. Et voici encore une augmentation de capital. Après la fusion, en effet, il se retrouve avec 52 milliards de lires (26,8 millions d’euros) dans les caisses. D’où provenait l’argent ? Mystère.

Berlusconi imagina aussi de donner naissance à 22 holdings, détenant les capitaux de la société financière Fininvest. Pourquoi ? Et pourquoi une grande partie de l’argent détenu par ces holdings fut-il donnée en gestion à la société de gérance de patrimoines Par.Ma.Fid. qui comptait parmi ses clients, en même temps que Berlusconi, Antonio Virgilio, qui fut accusé (et acquitté) d’être le caissier des principaux mafieux siciliens spécialisés dans le trafic de drogue ? Simple coïncidence ?

L’empire Berlusconi

Silvio a un faible pour la Sicile. En effet, quand il décida, en 1979, de se lancer à la conquête du marché des chaînes privées italiennes, il chargea Adriano Galliani de parcourir la péninsule afin d’acheter des concessions de fréquences et d’absorber des petites télés privées dans toutes les régions du pays. C’est sans doute un hasard si Galliani commença sa tâche en s’envolant pour la Sicile. Plus précisément, dans la banlieue de Palerme où l’homme de Berlusconi fit son entrée dans la société télévisuelle Rete Sicilia Sarl. Cette société avait la particularité d’être dirigée par les frères Inzaranto, Antonio et Giuseppe. Or, il est intéressant de remarquer que Giuseppe Inzaranto avait épousé la nièce du boss mafieux Tommaso Buscetta. À l’époque, Tommaso Buscetta n’avait pas encore été arrêté, n’était pas encore le « super-repenti » de la mafia, mais l’un des plus importants chefs mafieux en activité. Encore une fois, sans doute, nous retrouvons-nous face à une étrange coïncidence du destin…

Ainsi Silvio Berlusconi construisit son empire. Voilà les origines bien opaques de la fortune du Cavaliere, le chevalier de l’ordre du Travail… et des starlettes en fleur !

À voir sur Bakchich.tv : Berlusconi et ses femmes

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