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Upanga, un hebdo qui mouille le Mayotte
Upanga. C’est le coupe-coupe en Shimaoré. Rien que ça, ça donne le ton. Car c’est aussi depuis le 30 avril le nom d’un nouveau journal, bimensuel, qui paraît le 1er et le 15 de chaque mois. Lancé par une poignée de journalistes, ce canard s’est donné un but simple : faire du journalisme et « servir de contre-pouvoir » comme l’annonce le titre du premier édito. Ce qui peut paraître pour l’évidence même ne l’est pas forcément sur ce territoire français de l’Océan indien.
Canard déchainé
La presse mahoraise a servi et sert encore le pouvoir politique, marchant de concert avec les leaders du Conseil général en faveur de la départementalisation. « C’est la raison d’être de Mayotte hebdo » résume Rémi Carayol, 29 ans, directeur de publication de Upanga. Et il connaît bien le sujet puisqu’il a travaillé à Mayotte hebdo en arrivant sur l’Ile au lagon il y a 6 ans avant de participer à la création de Kashkazi, un mensuel qui a vécu trois ans et qui couvrait l’ensemble de l’archipel des Comores, Mayotte comprise. Rémi Carayol poursuit : « Laurent Canavate, le directeur de Mayotte hebdo affiche clairement qu’il veut contribuer au développement de l’île ». Dur d’être critique dans des conditions pareilles. Exemple dans son édito du 15 mai, où le directeur de Mayotte hebdo affiche son enthousiasme pour les Etats généraux de l’Outre-mer allant même jusqu’à féliciter l’action de Sarko : « Convoquer des Etats-généraux est ambitieux, fort et très risqué. » Et surtout, la crise des Antilles n’y est pour rien… Et de conclure sur ce mouvement « que le Président impulse », « A nous et à nos représentants d’y prendre toute notre part et faire en sorte que le réveil des forces vives ne s’arrête pas en si bon chemin. » Mais les relations entre presse et pouvoir à Mayotte sont ambigües depuis une dizaine d’années. Depuis la mise en place d’une aide à la presse par le Conseil général reprise ensuite par la préfecture sous la forme d’un fonds d’aide à la presse qui disparaîtra en 2008. Dans son premier numéro, Upanga y a consacré un dossier comme pour bien montrer sa différence. Et dans son premier édito le petit canard annonce la couleur : « Autant le dire tout de suite : nous ne sommes pas financés par Ahmed Attoumani Douchina (NDLR président du Conseil général) (…) nous ne sommes financés par aucun autre homme politique d’ailleurs. Ni même par aucun patron. » Et de poursuivre : « Upanga n’est pas là pour aboutir à un consensus, ’’participer au développement de Mayotte’’ ».
Car l’aide à la presse en son temps était un véritable panier percé, objet de toutes les dérives et qui permettait à des organes de propagande de naître… puis de disparaître comme par enchantement. Certains patrons en profitant pour se servir allègrement au passage. Aujourd’hui, Mayotte hebdo est le seul journal de cette époque à subsister en affichant 9 ans d’existence.
Mayotte Hebdo sans abdos
Il faut dire que Mayotte hebdo est l’objet de toute bienveillance du Conseil général à en croire le même numéro 1 de Upanga. Depuis le changement de majorité, le Conseil général UMP n’achète, selon le bimensuel, des encarts publicitaires que dans les journaux du groupe Somapresse qui édite Mayotte hebdo. Aux autres médias de l’île la réponse de l’institution est toujours la même : « Il n’y a plus de budget. » La campagne pour la départementalisation de Mayotte a sans conteste été bien récompensée.
Upanga s’oppose-t-il à ce nouveau statut de l’île au lagon ? Rémi Carayol estime qu’il n’a pas à donner son avis. « Je suis journaliste » rappelle-t-il. « Il faut que Mayotte apprenne à vivre avec ses voisins comoriens » lâche-t-il.
Dire cela à Mayotte n’est pas sans risque tant les Mahorais refusent leur appartenance aux Comores et se veulent plus français que les français eux-mêmes. Alors aux journalistes d’Upanga, on a dit qu’ils allaient faire un journal « contre Mayotte », qu’ils allaient faire « un journal de métropolitains » parce qu’ils sont tous blancs. L’information ou la critique a-t-elle plus de valeur si elle est livrée par un Mahorais ? Certains journalistes, du cru que Rémi Carayol qualifie de « nationalistes », le pensent sérieusement.
Mais ça n’entame en rien l’envie de ces journalistes « énervés ». Pour débuter, la rédaction d’Upanga est donc constituée d’une table de jardin dans la cour d’une maison à Passamainty au sud de Mamoudzou, de deux ordinateurs et d’une volonté d’offrir au lectorat autre chose. « Il y avait une véritable attente » explique Rémi Carayol. Des lecteurs n’hésitent déjà pas à affubler le bimensuel du sobriquet de « Canard enchaîné local » Le premier numéro a été tiré à 1500 exemplaires sur cette île qu’un étudiant en journalisme après un stage avait qualifié de « no man’s land du journalisme ». Prochain numéro le 1er juin.
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