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Discours du Caire : Obama en campagne pour la présidentielle de 2012
Le discours à l’attention du monde musulman de Barack Obama au Caire est une gigantesque opération de communication, soigneusement préparée depuis des mois et transmise en direct dans treize langues par la Maison Blanche grâce à internet. Facebook, son semblable pour l’Asie du Sud, Orkut, YouTube, Twitter, MySpace, SMS… Aucun cyber-moyen de communication n’a été négligé, histoire de faire jeune, moderne et branché. Mais sur le milliard et demi de musulmans, combien disposent d’un accès facile à internet ?
L’auteur de ce discours est sa jeune plume pour les affaires étrangères, Ben Rhodes, 31 ans, qui affiche une double casquette : plume présidentielle pour les affaires étrangères et conseiller qui a accès au Bureau ovale quand Obama refait le monde avec ses spécialistes plus expérimentés, comme l’a rapporté dans un portrait détaillé de Rhodes The Politico, le nouveau must de la classe politique washingtonienne. Rhodes est un vétéran de la campagne présidentielle d’Obama et sait garder un œil sur les résonances électorales que les discours du Président à l’étranger provoquent aux Etats-Unis.
Obama calme le jeu sur Israël
Ainsi, celui du Caire était aussi bien calibré pour une réélection d’Obama en 2012 que pour satisfaire la volonté présidentielle d’un « nouveau commencement » entre l’Amérique et le monde arabo-musulman. Et c’est la raison pour laquelle, au Caire, Obama a mis la pédale douce sur ses critiques envers Israël. Il s’est borné à réitérer son soutien à la création d’un Etat palestinien - même George W. Bush était pour - et son opposition à davantage de colonies israéliennes dans les territoires palestiniens occupés.
Les Israéliens doivent comprendre que « le droit de la Palestine à exister ne peut être nié », a déclaré Obama, ajoutant que « les Etats-Unis n’acceptent pas la légitimité de la continuation de la colonisation israélienne (…) il est temps qu’elle s’arrête (…) Israël doit également être à la hauteur de ses obligations pour garantir que les Palestiniens puissent vivre, travailler et se développer. La crise humanitaire continue à Gaza dévaste les familles sans servir la sécurité d’Israël, comme le persistant manque d’opportunités en Cisjordanie. »
La Maison Blanche a sciemment calculé que l’importance des grands donateurs juifs à la trésorerie du Parti démocrate et du vote juif dans des Etats comme la Floride, la Pennsylvanie, New York, la Californie ou le New Jersey est bien trop cruciale pour la campagne de 2012 pour permettre au politicien habile et prudent qu’est Obama d’aller plus loin…
51% des Américains pour la création d’un Etat palestinien
Dans le même temps, le Président savait qu’il ne risquait rien électoralement en réaffirmant son soutien à un Etat palestinien car l’électorat américain d’aujourd’hui y est plus favorable que jamais : selon un sondage Gallup pour le quotidien USA Today publié le 4 juin, 51% des Américains soutiennent « l’établissement d’un Etat palestinien indépendant sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza » tandis qu’à peine 29% sont contre.
Obama a eu beau dire au Caire qu’il est venu « chercher » un « nouveau départ entre les musulmans et les Etats-Unis » et que « le cycle de la méfiance et de la discorde devait s’achever », seulement 48 heures plus tard le président était attendu à la base militaire américaine de Landstuhl, en Allemagne. Pour y visiter les soldats hospitalisés et blessés dans les deux guerres où les militaires américains sont toujours en train de tuer des musulmans, en Afghanistan et en Irak. La contradiction ne manquera pas d’être relevée par les musulmans du monde entier, qu’ils aient accès à internet ou pas.
Cette visite aux « boys » blessés relève aussi de mesquins calculs électoraux. Pendant la campagne présidentielle de 2008, Obama a été vivement critiqué par les républicains nationalistes pour ne pas s’être rendu au chevet des soldats hospitalisés lors de son voyage en Allemagne où il a fait un discours ultra-médiatisé à Berlin devant une foule en délire.
Rassurer l’électorat juif américain
La nouvelle visite du président Obama en Allemagne, le 5 juin, a été programmée pour inclure, toujours pour des raisons électorales, la visite du site du camp de concentration nazi de Buchenwald. Objectif : rassurer la partie de l’électorat juif troublé par la volonté d’Obama d’amadouer les musulmans. En vain car le magazine phare de la droite juive américaine, Commentary, a déjà publié sur son site une critique cinglante qualifiant le discours du Caire de « pas sérieux moralement » et ajoutant qu’il « sape la recherche de la paix aussi bien que la campagne pour reformer le monde musulman ».
Barack Obama a déclaré au Caire : « ne vous y trompez pas : nous ne voulons pas maintenir nos troupes en Afghanistan ». Mais il vient pourtant d’accroître l’effort de guerre dans ce pays en y envoyant des soldats supplémentaires. Le dispositif militaire américain sur place atteindra tout prochainement les 68 000 hommes !
Ces derniers jours, à Washington, la Maison Blanche a également quémandé au Congrès une importante rallonge budgétaire de 11 milliards de dollars pour l’Afghanistan et l’Irak, qui s’ajoutent aux 89 milliards qu’Obama a déjà demandé en avril. En comparaison, le milliard et demi qu’Obama promis pour aider le monde musulman apparaît bien dérisoire.
Des bondieuseries tirées du « Saint Coran »
En réalité, le discours du président au Caire, truffé de bondieuseries tirées du « Saint Coran » comme il l’a dit, n’apporte rien de neuf. C’était un exercice de « feeling ». Obama a déjà exprimé les mêmes sentiments lors de son voyage en Turquie, en avril dernier. Le monde arabo-musulman attendait au moins une initiative nouvelle pour forcer Israël à mettre fin à l’expansion constante de ses colonies dans les territoires occupés.
Mais le gouvernement israélien de coalition entre le Likoud et le fasciste et raciste Avigdor Lieberman et son parti Yisrael Beitenu a déjà clairement rejeté la demande d’Obama lors de la visite récente du Premier ministre Benjamin Netanyahu à la Maison Blanche. Un rejet si catégorique qu’Obama n’a même pas renouvelé sa demande lors de la visite d’Ehud Barak, le ministre de la Défense israélien, à Washington la semaine dernière. Déjà, dans son édition du 5 juin, le quotidien de référence israélien Ha’aretz rapportait dans un article intitulé « Les Etats-Unis cherchent à apaiser les tensions avec Israël après le discours d’Obama au Caire » que « des sources du cabinet du Premier ministre disent que les tensions avec les Etats-Unis sur la question des colonies ont été aggravées par le discours du Caire. « Il n’y aura pas d’accord sur ce point si les Américains n’adoucissent pas leur position » disait un proche de Netanyahu jeudi ». Soit immédiatement après le discours d’Obama.
L’heure n’est plus aux belles paroles
Le conflit israélo-palestinien est la clé de tout « nouveau départ » avec le monde musulman qu’Obama réclame. Mais pour ramener dans le processus de paix ce gouvernement israélien si revanchard et le plus à droite que l’Etat hébreu ait jamais connu, il va falloir bien plus que les banalités nobles qu’Obama a exprimé au Caire avec son grand talent d’orateur. L’heure est aux actes.
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