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Mollah bien qui mollah le dernier
Quelques jours après le Liban, c’est au tour de l’Iran d’en appeler au choix du peuple. Un scrutin jugé capital à l’étranger dans la perspective d’une détente entre la République islamique et le monde occidental. Sauf que cette lecture très occidentalisée de la
présidentielle iranienne dénote une certaine méconnaissance du
véritable mode de fonctionnement du régime des mollah.
Depuis ce matin, les électeurs iraniens ont rendez-vous avec les urnes pour
désigner le successeur de Mahmoud Ahmadinejad à la tête du pays. Une élection présidentielle lourde de conséquences alors que la communauté internationale peine à solutionner le dossier du nucléaire iranien. C’est, à peu de choses près, la perception du scrutin de ce vendredi à travers le monde occidental.
Reza Moini est journaliste et responsable du bureau iranien de
Reporters sans frontières. Pour lui comme pour de nombreux
observateurs du système politique local, la perception occidentale du
régime est tronquée : « La République islamique a une spécificité
unique dans le monde. Elle est fondée sur une interprétation de
l’Islam qui prédomine sur toutes les décisions prises par le pouvoir.
»
Cette autorité spirituelle, dont l’influence est trop souvent
mésestimée par les médias occidentaux, est incarnée par l’ayatollah
Khamenei, le Guide suprême de la révolution islamique de 1979.
Constitutionnellement, les prérogatives accordées au chef spirituel de
l’Etat iranien en font le véritable détenteur du pouvoir décisionnaire
de la République islamique. Depuis 1989, Khamenei est non seulement le commandant en chef des forces armées du pays, mais il est surtout le garant de l’application des préceptes religieux au sein de la
République islamique.
Une Star’Ac politique
« Dans l’inconscient occidental, on a tendance à penser qu’une
élection est automatiquement démocratique. Ce n’est pas le cas dans le
système très spécifique de l’Iran », explique Reza Moini.
Si la dernière étape de l’élection présidentielle iranienne fait appel
au suffrage universel, l’aspect démocratique du processus électoral
est en réalité plus ou moins factice. « A l’origine, plus de 250
candidats potentiels s’étaient inscrits à l’élection présidentielle.
Parmi eux, des opposants au régime mais aussi des femmes », explique
Reza Moini. Des candidatures passées au crible par une institution
élue indirectement, le Conseil des gardiens, chargé de la sélection
des prétendants en période électorale. Cette écrémage, effectué selon
des critères établis par les autorités religieuses du régime, assure
au véritable pouvoir du pays un représentant « digne » des
fondamentaux de la République islamique.
Pour Bernard Hourcade, directeur de recherche au CNRS et spécialiste
de l’Iran, les quatre candidats qui ont émergé du processus de
sélection « sont issus du même moule ». Le principal opposant du
président sortant Mahmoud Ahmadinejad, Mir Hossein Moussavi, est l’un
des deux candidats réformateurs approuvés par le Conseil. Il a déjà
expérimenté les arcanes du pouvoir de la République islamique en tant
que Premier ministre de 1981 à 1989, un poste aujourd’hui supprimé.
Même constat pour les deux autres prétendants, Mehdi Karroubi et
Mohsen Rezai, respectivement anciens président du Parlement et chef
des Gardiens de la Révolution, l’organisation paramilitaire du régime.
Des présidents potentiels qui sont donc déjà rompus aux ficelles de
l’exercice politique en Iran.
Une prison dorée
Pour autant, le rôle du président élu ne peut être réduit à celui
d’une simple façade démocratique. « Schématiquement, le président est
le numéro deux du régime iranien. Dans les faits, il a un pouvoir
décisionnel sur la grande majorité des affaires internes. Il a la main
pour tout ce qui a trait aux affaires courantes, notamment sur les
aspects économiques et culturels, tant qu’il ne va pas à l’encontre
des fondements de la République islamique », explique Karim Pakzad,
chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques.
En clair, si les velléités réformatrices du président sont trop
contraignantes pour le pouvoir religieux, le Guide de la révolution
islamique dispose d’un droit de véto universel, donc du pouvoir
décisionnel final. Pour Bernard Hourcade, « ce type de rapport de
force, en place notamment au cours de la présidence du réformateur
Mohammad Khatami, de 1997 à 2005, a permis au régime iranien de
limiter les réformes engagées par le président. »
L’autre aspect qui tend à prouver la prédominance absolue du pouvoir
théocratique est plus subreptice, estime Bernard Hourcade : « Comme
dans tous les régimes du monde, l’exercice du pouvoir est aussi une
question de réseaux et de lobbying. Sur ces points, le Guide Khamenei
a un avantage de facto dû notamment à son ancienneté, puisqu’il est
présent dans les hauts échelons du gouvernement depuis 1979. »
L’image du régime à l’étranger
Pour autant, la fonction principale du président iranien à l’étranger
n’en est pas moins primordiale. Car si ses prérogatives sont
relativement limitées au sein du régime, il demeure le principal
interlocuteur de l’Iran avec l’Occident. Frédéric Tellier, l’auteur
d’Iran : les coulisses d’un totalitarisme, assure que le scrutin de ce
vendredi aura un impact majeur au niveau diplomatique : « Sur le
concret, on peut considérer que les changements seront minimes, mais
sur le plan diplomatique, le choix du « principal interlocuteur » de
l’Iran avec l’occident aura forcément un impact. »
Reste que pour la majorité des observateurs, l’élection présidentielle
devrait coïncider avec un changement de ton de Téhéran vis-à-vis de
Washington, notamment sur le dossier du nucléaire, et ce même en cas
de réélection du président Ahmadinejad. Pour Bernard Hourcade, «
Ahmadinejad et les autres ont tous accepté l’idée qu’il fallait
discuter avec les Etats-Unis. » Mais le directeur de recherche au CNRS
concède néanmoins que « la question est de savoir dans quelle mesure
ce genre d’ouverture pourra être mis en place ». Une variable qui
constitue finalement la véritable colonne vertébrale de la résolution
du dossier nucléaire de la République islamique.
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