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Adieu l'Omar on t'aimait bien

En 41 ans ans de pouvoir, Albert Bernard Bongo Ondimba a beaucoup évolué. De surnom, de religion, d’influence aussi. Natif du Haut-Ogooué, une tenace rumeur d’amateur de chair fraîche lui valut longtemps le surnom de « cannibale de Lewaï ». Le fameux épisode du kidnapping de miss Pérou en 2004 [1] ou du couturier Smalto [2] rassura les plus peureux, la chair en question était faible et tendre. Devenu musulman, Albert Bernard se fit Omar et s’assagit un peu. Histoire de se transformer en « mollah Omar », calife parmi les califes régnant sur son petit émirat pétrolier d’Afrique centrale… et sur la classe politique française.

« D’anomalie » sous De Gaulle, simple pion de la France toujours juste sortie du temps béni des colonies, l’ex-lieutenant de l’armée tricolore devint rapidement le premier souteneur de l’Hexagone et de ses hommes d’Etat. Pétrole, uranium, manganèse, le Bongoland est riche, Omar aussi : le garçon en a fait profiter les copains.

Pas bégueule, le Omar a toujours été moins regardant sur les idées que sur les hommes. Et n’avait pas son pareil pour les jauger, à coups de valises de billets. Gauche, droite, extrême droite, centre, le meilleur connaisseur de la politique française de la Ve République française. Et sans doute son meilleur analyste.

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Omar Bongo
© Pier

Même la presse n’a pas eu à trop se plaindre de ses soins. Généreux pour la plume et les plumitifs, avide de ragots en tous genres et de manipulation, le maître de Libreville n’avait pas son pareil pour fomenter des jolis coups. Sonnants et trébuchants.

Ses plus dévoués serviteurs l’appelaient Papa, à l’instar de l’avocat conseil Robert Bourgi. Une fibre paternelle quasi-légendaire qui donna naissance à une progéniture, directe ou bancaire, aussi longue que le fleuve Congo. Et qui, désormais orpheline, risque bien de se déchirer.

Bref, ils sont nombreux à qui le Omar va manquer. Et à Bakchich. Ne serait-ce qu’un peu. Une vieille crapule que l’on se plaisait à taquiner, asticoter, agacer.

L’auteur de ces lignes a eu l’occasion de le rencontrer. Dans une autre vie. En 2005. Et au petit matin. Après une tournée dans les redoutables clandos de Libreville - où les Gin-fizz coûtent un euro, les poissons braisés deux, et les filles encore moins- direction la salle d’attente du Palais de Bord de mer. Mal rasé, chemise essorée, estomac retourné. Affalé dans un fauteuil ancien régime, au milieu des dorures et des miroirs. Un petit palais des glaces. Aux atours baroques, peintures dorées. Et un petit défilé qui sort du bureau. Roland Jacquard notamment. En maîtresse des lieux, Pascaline, la fifille directrice de cabinet, régule le défilé. C’est à nous pour l’interview. « Attention il est fatigué ». Le Omar semble pourtant bouillant. « Tiens regarde ta mère ». La fibre paternelle, déjà, avec moi. Le mur de son bureau, couvert d’écrans télé. Et dans l’un, sa première femme, Joséphine, qui chante. Sourire un poil gêné. Début de l’interview, debout. Et un malaise. Une tête de différence. Le petit président a sa solution. Un saut sur l’estrade et tout est oublié. Même taille. « Voilà on peut continuer », sourit le Hadj Omar. Et des saillies. « Avec Total, cela se passe comme avec Elf, rien n’a changé ». « Dès que quelqu’un a un souci, je lui dis, que puis-je faire pour toi (…) et des amis j’en ai à droite et à gauche en France » . Ah la sympathique crapule, ah le rigolo margoulin.

Au sortir de l’entrevue, direction le bar. Un nouveau défilé d’amis gabonais. ---- « Alors notre président il est bien, il est drôle non ».

- « Oui un sacré margoulin ».

- « Bah il est généreux c’est tout, d’ailleurs c’est pour toi ce soir la tournée ? il t’a bien donné quelque chose non ».

- « Ben non »

- « Quoi ? ». Stupeurs et tremblements.

Aux Gabonais aussi, le margouillat président va manquer, tant il les rinçait.

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