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Législatives : les Kirchner à la porte
« Nous allons continuer à travailler pour approfondir la démocratie », déclarait, dimanche 28 juin, Nestor Kirchner, l’époux de l’actuelle présidente, quelques heures après les résultats des législatives de dimanche. Drôle de façon de reconnaître la défaite du parti péroniste au pouvoir qui, pour la première fois depuis six ans, vient de perdre la majorité au Congrès. Drôle de façon aussi de justifier le travail accompli jusque-là tant la démocratie prend aux contacts du couple Kirchner une définition particulière. Autoritarisme, népotisme, affaires politico-financières, bling-bling à l’Argentine… Autant de petites et grandes compromissions sanctionnées dimanche dans les urnes. Les Kirchner ont perdu 10 sièges à la Chambre des députés pour la province de Buenos Aires, qui regroupe près de 40 % de l’électorat. La formation présidentielle a perdu dans les trois autres principales provinces : Santa Fe, Cordoba et Mendoza. Plus dur et très symbolique, les Kirchner ont été battu à Santa Cruz (Patagonie), leur fief, province natale de Nestor Kirchner, dont il fut trois fois gouverneur.
Depuis son élection à la tête de l’État argentin, le 29 octobre 2007, oscillant entre botox et bling-bling, Cristina Kirchner voit sa popularité chuter. Elue dès le premier tour avec 44,92% des voix, elle atteint péniblement aujourd’hui les 20% d’opinions favorables. Pourtant, son mari, Nestor Kirchner, qui a occupé le même poste de 2002 à 2007, a tout fait pour propulser sa douce aux firmaments de la politique. Elu en 2002, cet ancien avocat a en effet réussi le tour de force de sortir le pays de la banqueroute qui l’a frappé en 2001. Exsangue quand il est arrivé au pouvoir, l’Argentine connaissait officiellement un taux de croissance de 8% à 9% en 2008. Du pain béni pour dame Cristina qui, alors que son mari avait décidé de ne pas se représenter, pouvait espérer reprendre les rênes de la Casa Rosada, le siège du pouvoir exécutif argentin.
Quand péronisme rime avec affairisme
Hélas, en moins de six mois, la machine Kirchner s’est grippée. Accusations de corruption, fronde des agriculteurs, critiques sur le style de la présidente… Les fronts d’opposition se multiplient et les vieux démons de l’Argentine ressurgissent. Dès décembre 2007, une petite valise, pleine de dollars, est venue entacher le tout frais triomphe de Cristina Kirchner. Après qu’un homme d’affaires vénézuélien a été arrêté à l’aéroport de Buenos Aires avec, dans sa mallette, 800 000 dollars (550 000 euros) non déclarés, les Etats-Unis ne se sont pas fait prier pour accuser le président vénézuélien Hugo Chavez de financer la campagne de Kirchner. Plus récemment, l’arrivée prochaine du TGV, emmenée par le groupe français Alstom, a lui aussi fait quelques vagues. Un ex-député de l’opposition, Mario Cafiero, a porté plainte contre le premier projet de TGV d’Amérique latine et réclame une enquête. Comme l’a raconté Bakchich, cela n’a pas empêché l’entreprise française de financer une réception de l’ambassadeur argentin à Paris. Plus généralement, les Argentins se sont sans doute lassés du goût amer des époux Kirchner à utiliser l’argent public à des fins privées. Financement de la campagne présidentielle pour Cristina, déplacement en hélicoptère de la flotte présidentielle pour Nestor… Quand péronisme rime avec affairisme.
Courant 2008, l’agitation sociale est venue s’ajouter aux scandales politico-financiers et affaiblir un peu plus la présidente Kirchner. Le 26 mai dernier, près de 300 000 agriculteurs manifestaient à Rosario (centre) pour faire valoir leurs droits sur les bénéfices tirés de la production du soja dont l’Argentine est l’un des principaux exportateurs au monde. De son côté, la redoutable Cristina ne cédait pas, feignant même d’ignorer le mouvement dans ses déclarations publiques.
Cristina accusée d’avoir trifouillé les chiffres de la croissance
Enfin, depuis 2009, une autre polémique fait rage sur les chiffres officiels de l’économie argentine. Le gouvernement est accusé d’avoir noyauté l’agence nationale de statistiques et de mentir sur la véritable mesure de l’inflation. De même sur les chiffres de la croissance. De nombreux économistes indépendants assurant que l’Argentine est en récession.
Autant d’ombres au tableau que dame Cristina pensait mettre de côté en avançant au mois de juin les législatives prévues initialement en octobre. Invoquant une crise mondiale, elle imaginait - sous les conseils de son gentil mari - ainsi pouvoir prendre de cours l’opposition. Raté. Selon nos informations, certains ministres pourraient subir directement les conséquences de la claque électorale. « Au moins ils pourront se reposer et oublier un peu Cristina dont l’autoritarisme en a lassé plus d’un », souffle à Bakchich une habituée des couloirs de la Casa Rosada.
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