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Combat de chefs pour être l'Iran Man

Le souffle de la révolte populaire en Iran provoquera-t-il un « effet papillon » inversé au sein du régime ? Va-t-il le forcer à s’ouvrir ou, au contraire, les fractures qui minent l’oligarchie politico-religieuse vont-elles sonner le glas de la référence à la souveraineté populaire au profit de la seule souveraineté religieuse ? Ces questions se posent avec de plus en plus d’acuité alors que la tension ne faiblit pas entre les partisans de Moussavi et la garde rapprochée du Guide suprême Ali Khamenei.

Le mouvement est entré dans sa troisième phase

Après l’explosion populaire et la terrible répression qui a suivi et qui continue, la décision le 29 juin du Conseil des Gardiens de la révolution de valider l’élection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad a ouvert une nouvelle phase dans le bras de fer entre enturbannés. Le camp des réformateurs n’a pas baissé les armes depuis le scrutin du 12 juin et ils sont de plus en plus nombreux à avoir franchi le Rubicon de la révolte.

L’ex-candidat du Parti de la Confiance nationale, Mehdi Karoubi, a vu son quotidien Etemad-e-Melli interdit suite à ses déclarations jugeant « illégitime » la réélection d’Ahmadinejad.

L’ancien président Khatami a lui aussi lancé un défi au Guide. Il réclame la libération de tous les prisonniers politiques, une réforme du système électoral et la liberté de la presse et a qualifié mercredi l’élection d’Ahmadinejad de « coup d’État ».

Mir Hossein Moussavi continue quant à lui de réclamer que les « droits du peuple » soient respectés et se considère toujours comme le véritable vainqueur de l’élection présidentielle, en dépit des menaces des Bassidji qui ont demandé au procureur général d’Iran d’enquêter sur neuf crimes et délits qu’il aurait commis dont une atteinte à la sureté de l’État (passible de dix années de prison). Le camp des réformateurs se radicalise et l’évolution politique de leurs chefs de file au cours des événements est manifeste. Une sorte d’islamisme libéral, sur le modèle de l’islamisme turc, semble prendre forme.

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Les Mollah sont toujours là
© Kerleroux

Jamais les tensions ni l’incertitude n’ont été si grandes en Iran depuis la révolution islamique de 1979. L’appareil de force constitué des milices islamistes et des Gardiens de la Révolution reste fidèle au Guide suprême Ali Khamenei et au président de la République, mais la guerre civile larvée entre les clans qui font la République la fragilise dans son essence même. La légitimité du système, fondée sur la toute puissance du guide, a volé en éclat, et au grand jour.

Rafsandjani au milieu du gué

L’homme clef qui pourrait faire basculer la situation est l’ancien président de la République et aujourd’hui président de l’Assemblée des experts (qui investit le Guide), Ali Akbar Hashemi Rafsandjani, l’un des hommes les plus riches (très corrompu) et influents du pays. Il est sorti ce week-end du prudent silence dans lequel il était resté depuis l’élection présidentielle, après avoir soutenu Moussavi pendant la campagne. Il œuvre depuis le début de la crise dans l’ombre pour déstabiliser le Guide mais les conservateurs lui ont manifestement tordu le bras, au moins pour un temps, et il a dû se ranger en dénonçant un complot visant à déstabiliser la classe dirigeante.

Mais son positionnement antérieur en faveur des réformateurs le rend aussi vulnérable que les trois ex-candidats réformateurs si des tribunaux spéciaux sont mis en place pour juger les fauteurs de troubles. La répression qui s’est abattue sur le peuple et les réformateurs risque en effet de se muer en purge au sein du régime si celui-ci se sent menacé dans son existence. Au-delà de sa survie politique personnelle, Rafsandjani pense surtout à celle du régime et de son élite, qui sont à la croisée des chemins. Ennemi intime d’Ahmadinejad et plus qu’en délicatesse avec Khamenei, son positionnement futur ne pourra que renforcer ou affaiblir l’un ou l’autre camp.

« Thermidor » ou « Trois Glorieuses » ?

Le coup de force des conservateurs est à l’image, toutes proportions gardées, de celui de Charles X en juillet 1830 en France, qui déboucha sur une insurrection populaire de trois jours, vite transformée en révolution républicaine, les « Trois Glorieuses ». La révolution fut prise en main par les députés libéraux, majoritairement monarchistes, et se termina par la mise en place d’une monarchie constitutionnelle et un changement de dynastie.

En Iran, la « révolution » est prise en main par ce qu’il y a de plus « éclairé », au sein de l’élite politique autorisée, dans un régime de nature monarchiste. La comparaison s’impose car le régime iranien se pense comme révolutionnaire et ses acteurs réagissent en conséquence. Aujourd’hui, les conservateurs les plus radicaux fomentent une purge thermidorienne tandis que les réformateurs les plus audacieux sont déterminés à faire évoluer le régime. Et comme pendant les « Trois Glorieuses », le peuple n’est qu’un pion dans la partie.

Les seules certitudes que nous puissions avoir sur la situation sont les faits. Jamais les réformateurs ne sont allés aussi loin dans leur volonté de transformer le régime, ni le Guide dans ses menaces à l’encontre de ceux qui le défient.

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