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Le Hezbollah en petite forme

Faut-il s’inquiéter des derniers incidents dans le sud du Liban ? Alors que le pays avait retrouvé un semblant de sérénité depuis les élections législatives du 7 juin, au point de voir sa capitale envahie par un afflux record de touristes visiblement rassurés par la victoire du camp pro-occidental conduit par Saad Hariri, voilà que l’explosion d’un dépôt d’armes est venu brutalement mettre le feu aux poudres. Et faire voler en éclat le fragile équilibre du moment.

Il y a d’abord eu cette étrange série d’explosions le 14 juillet dans des bâtiments abandonnés en plein dans la zone contrôlée par le contingent français détaché auprès de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL). Celle-ci est chargée aux côtés de l’armée libanaise de vérifier le respect de la résolution 1701 à l’issue de la guerre de juillet 2006 entre Israël et le Hezbollah. Arrivés sur place pour constater les dégâts, les soldats français se sont heurtés à un accueil viril des habitants du village voisin situé en plein fief Hezbollah, qui leur ont interdit par caillassage interposé d’inspecter le site. On compte quatorze blessés chez les casques bleus, forcés à se replier mais pas à en rester là.

L’ONU hausse le ton

L’affaire est remontée aussi sec à New York, au siège des Nations Unies. A l’issue d’une réunion d’urgence du Conseil de sécurité convoquée le 23 juillet par les Etats-Unis, l’ONU a haussé le ton. Si des violations au cessez-le-feu avaient jusque-là plutôt été reprochées à Israël, l’organisation internationale a cette fois désigné, et sans conditionnel, le Hezbollah coupable. Coupable d’entraver l’action de la FINUL en mobilisant la population civile contre elle ; coupable de posséder et d’entretenir « activement » des dépôts d’armes, et donc de violer l’embargo sur les armes imposé par la résolution 1701. Une première.

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Après sa défaite aux législatives, le Hezbollah est en petite forme
© Khalid

Et une aubaine pour Israël qui n’a de cesse de dénoncer les limites du mandat confié aux Nations Unies et les « violations récurrentes » du Hezbollah depuis la mise en application de la résolution : à moins d’un mois de la réunion programmée au Conseil de sécurité qui doit étudier son renouvellement, cette affaire lui fournit un bon levier pour faire monter la pression et obtenir de l’ONU un élargissement plus offensif de ses capacités d’intervention, notamment en matière de renseignement. Ce qui ne plaît pas à tout le monde.

Un avertissement du Hezbollah ?

Pour la France, qui par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a dénoncé ces « actes intolérables » à l’encontre des casques bleus, le mandat de la FINUL est en l’état « extrêmement solide » et un changement des règles d’engagement n’est pas pour autant à l’ordre du jour. Voire risqué : ce serait placer la FINUL et les quelques 1 500 soldats français qui la composent en acteurs d’un conflit prêt à se re-déclencher à la moindre provocation, et transformer le Sud Liban en bourbier. Même si, comme le reconnaissait il y a encore peu les responsables de la FINUL, « le Hezbollah joue le jeu » de la cohabitation imposée par la résolution. Du moins jusque-là.

Car même si l’enquête de l’ONU n’a pas encore établi l’origine de ces explosions, les experts du renseignement français sont enclins à penser que le Hezbollah pourrait avoir volontairement créé cet incident. « Il faut le prendre comme un avertissement : “nous pouvons toujours agir contre vous” », résume l’un d’entre eux. Et qu’Israël cherche à l’exploiter, « c’est de bonne guerre ». De là à y voir un effet recherché… Un pas que certains n’hésitent pas à franchir.

Le « Parti de Dieu » dans une mauvaise passe

Sorti victorieux des accords de Doha, le Hezbollah allié aux partis chiite Amal et chrétien du Courant Patriotique Libre (CPL) de Michel Aoun s’attendait à en recueillir les fruits dans les urnes et n’a pas digéré sa défaite du 7 juin, qu’il attribue par défaut à une manipulation du clan Hariri, avec l’aide de l’Arabie Saoudite et des pays occidentaux qui le soutiennent. Affaibli au plan national, le parti dirigé par Hassan Nasrallah doit de surcroît faire face à une nouvelle situation régionale qui ne joue pas en sa faveur. « Le Hezbollah est comme tétanisé », analyse un spécialiste libanais du mouvement. « Il n’a aucune prise sur la nouvelle dynamique de dialogue qui prévaut dans la région et cela affecte sa capacité à se déterminer une nouvelle stratégie ».

Il est vrai que le rapprochement syro-saoudien encouragé par les Etats-Unis pour parvenir à un accord sur la délicate formation du gouvernement sans risquer un nouveau blocage politique n’arrange pas en effet ses affaires. En contrepartie, la Syrie pourrait ouvrir des négociations avec Israël sur le plateau du Golan occupé par l’Etat hébreux depuis 1981, et revoir dans la balance son soutien au Hezbollah.

Sans compter les événements post-électoraux en Iran, son puissant parrain et financier : au-delà de la sérénité affichée par son Secrétaire général quant à la solidité du régime iranien soumis à la rude épreuve de la contestation populaire « manipulée par l’occident », les décideurs du parti, selon un universitaire chiite pro-Hezbollah, « ont été profondément ébranlés » par la remise en cause conduite par l’opposant réformateur Mir Hossein Moussavi de l’autorité du guide suprême, l’Ayatollah Ali Khameneï. L’un des cadres du parti libanais a même lâché à Bakchich qu’ « une victoire de Moussavi aurait été catastrophique pour nous »

Mais il y a pire encore : le Hezbollah pourrait faire les frais des petits désaccords entre amis américains et israéliens concernant la poursuite de la construction de colonies israéliennes en Cisjordanie, auxquelles s’oppose l’administration Obama, et la gestion de la menace nucléaire iranienne, que le Premier ministre israélien verrait bien expéditive et militaire quand la Maison Blanche la veut – encore - diplomatique. Les Libanais redoutent que les Etats-Unis « lâchent » aux Israéliens sur le Liban en contrepartie des arrangements que les deux alliés sont en train de négocier. Et notamment en accédant aux exigences israéliennes sur un renforcement du mandat de la FINUL« Le Hezbollah est sous pression », remarque cet expert libanais. « Il peut être tenté dans ce contexte de faire un « coup » pour redorer son blason, et faire prévaloir son statut de mouvement fort opposé à Israël pour assurer sa survie ». Bienvenue au Liban.

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