Vous êtes ici
CMA-CGM, la tour infernale
A Marseille, faire de la concurrence à la Bonne mère ne fait jamais recette. Phare de la ville perchée en haut de sa colline, Notre Dame de la Garde veille sur la cité et tous ses citoyens. Toutes religions confondues.
Depuis quelque temps, un étrange monument tente de lui faire de l’ombre. Une gigantesque tour de 147 mètres, dont la construction s’est achevée officiellement au mois d’août, mais à l’inauguration sans cesse reportée. Du 3e trimestre 2009, la voilà reportée au 2ème trimestre 2010. Pour l’instant. La tour CMA-CGM (Compagnie Maritime d’affrètement - Compagnie Générale Maritime), la pupille du patron Jacques Saadé, est destinée à accueillir le siège social du 3e armateur mondial. « Enfin, s’il y a encore de l’argent dans la caisse », rumine un salarié bien introduit du groupe maritime.
Marée basse pour la CMA
Encore élue Compagnie Maritime de l’année par l’hebdomadaire anglais IFW (International Freighting Weekly), la « CMA » ne règne plus sur le Vieux-Port comme auparavant. Du temps où elle constituait quasi l’unique grande entreprise implantée à Marseille, horizon indépassable pour les jeunes cadres sup’ de la ville qui ne souhaitaient pas s’exiler. Du temps aussi, où elle raflait quasi tous les appels d’offres soumis sur le port, au point d’agacer, par sa mainmise, l’entourage du maire Jean-Claude Gaudin ; un édile sans doute indisposé aussi par la proximité de Saadé avec son rival socialiste Jean-Noël Guérini. Du temps même où, honneur suprême, son nom était susurré pour racheter l’OM.
La crise, en effet, est passée par là. « On a trop de bateaux, qui tournent à vide et du coup, les caisses sont vides ». Déficitaires même, comme l’a confirmé le patriarche à l’université du Medef le 3 septembre dernier. En 2009, de vilaines pertes vont ternir l’image de réussite continue de l’entreprise de M. Jacques. Une success story lancée en trombe en 1996.
Chirac-Saadé : le goût du large
A cette date, Saadé réalise un coup de maître. A la tête de la CMA, il rachète la compagnie générale maritime (CGM), entreprise publique, via un marché de gré à gré avec l’Etat français. Les mauvais langues objecteront que l’amitié commune de Chirac et Saadé avec feu le premier ministre libanais a un peu pesé dans le choix…. Depuis le rachat audacieux en développement loisirs, la CMA-CGM a conquis sa place sur le podium des transporteurs maritimes mondiaux. Accompagné d’un petit goût du secret.
Aucun chiffre communiqué sur le coût d’édification de la Tour. Ni sur les prévisions des pertes. « Nous ne sommes pas côtés en bourse, précise la com’ de la CMA-CGM, aussi nous n’avons pas d’obligation légale de publier nos chiffres plus d’une fois par ans. Et puis il est très difficile, en septembre, de faire des prévisions. Ce ne peuvent être que des projections. »
En revanche, le père Saadé n’hésite pas à se projeter, en annonçant un retour de bénéfice dès 2010. Et ses ouailles d’écarter toute rumeur de rachat. « Vous savez, la compagnie a du gras, des actifs qui vont être cédés. Quant aux rumeurs de rachat, elles ne nous sont même pas parvenues. Mais sans doute serons-nous les derniers au courant ». Rassurant.
La CMA fait son petit tour de l’axe du mal
Pour ne rien arranger, l’entreprise a fait l’objet d’une bien vilaine publicité. Le navire de l’une de ses filiales australiennes a été intercepté, le 14 août dernier, par les Emirats Arabes unis. Avec à son bord, des armes – des lance-roquettes, des détonateurs, des munitions et des – venant de Corée du Nord, direction l’Iran. « Les conteneurs ont été chargés par China Shipping et scellés sur le bateau, nous n’avons aucune responsabilité dans l’affaire », tempère la com’ du groupe français.
Bref, de la sous-traitance qui a fait réaliser le tour de l’axe du mal à la CMA…
Un petit raté qui fait mauvais genre, surtout quand des fusiliers marins français – et indemnisés par la CMA-CGM – réalisent des missions d’escorte embarquées sur les navires du groupe croisant dans le Golfe d’Aden, riche en pirates.
Pour l’abordage de la Bonne mère, il faudra encore patienter…
A lire ou relire sur Bakchich :







