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Quand Polanski passait ses vacances en Suisse
L’histoire peut se résumer ainsi : en 1977, Roman Polanski, alors âgé de 43 ans, couche avec Samantha Geimer, 13 ans. Le réalisateur de « Rosemary’s baby » est arrêté et passe six semaines en prison en Californie. En liberté provisoire, Roman Polanski s’enfuit le 1er février 1978 des Etats-Unis et se réfugie en Europe. Depuis, il a pris la nationalité française et s’est marié avec l’actrice Emmanuelle Seigner. Mais il n’a jamais pu remettre les pieds aux Etats-Unis.
Samedi dernier, Roman Polanski, 76 ans, se rend en Suisse afin de recevoir un prix au Festival du film de Zurich. Il est arrêté à l’aéroport et placé en détention provisoire en vue d’extradition sur la base d’un mandat d’arrêt international lancé par les Etats-Unis. Aussitôt, Eveline Widmer-Schlumpf, la ministre de Justice et Police, déclare que « la Suisse n’a pas subi de pression des Américains » et qu’il n’existait « pas d’autre choix » que d’exécuter un mandat d’arrêt.
Un très joli chalet à Gstaad
Sur le fond, rien à redire, quand un vieux cochon inconnu se fait pincer, tout le monde applaudit. Une star n’a pas à échapper à la justice. D’autant qu’à l’époque Roman Polanski avait reconnu sa culpabilité. On ne couche pas avec une gamine de 13 ans, même consentante.
En revanche, il est intéressant de se pencher sur la brusque célérité de la justice helvétique. En effet, le cinéaste possède depuis 2007 un très joli chalet dans la station très chic de Gstaad, dans le canton de Berne. Une maison baptisée « Milky Way » (voie lactée), pas très éloignée de celle qu’occupent de temps à autre Johnny Hallyday et sa petite famille. Le chalet n’est pas loué, il a bien été acheté par Romain Polanski.
Dispensées de formalités douanières
Pourquoi la police suisse n’a-t-elle pas profité d’un des séjours fréquents de l’auteur du « Locataire » dans les Alpes bernoises pour mettre discrètement le grappin dessus ? Jusqu’à présent, la Confédération cultivait plutôt la réputation de servir de havre de paix à tous les voyous de la planète. C’est un secret de polichinelle que toutes les personnes recherchées ou « à risques » arrivent habituellement en avions privés dans les aéroports de Zurich et de Genève.
Car elles se savent dispensées des formalités douanières. Or, Roman Polanski débarquait d’un avion de ligne. On peut penser qu’il se sentait en sécurité. Le sénateur tessinois Dick Marty a été le premier à mettre les pieds dans le plat en déclarant que si cette arrestation « devait être liée aux négociations autour du secret bancaire, ce serait encore plus navrant ! ».
Avertir Polanski plutôt que de l’arrêter
En effet, depuis plusieurs mois, la Suisse est dans le collimateur des grandes puissances. Les Etats-Unis, la France, l’Allemagne lui demandent de passer à la trappe le secret bancaire, qui a fait la fortune de la place financière helvétique. Récemment, l’UBS, la plus grande banque suisse, a sauvé sa peau en livrant au fisc des Etats-Unis les noms de 4 500 de ses clients américains.
Berne peut-elle encore refuser quoi que ce soit à Washington ? Demain, les mésaventures survenues à l’UBS pourront frapper n’importe quel autre établissement suisse, le Credit Suisse, la Banque Pictet ou Julius Baer. Le sénateur Dick Marty ajoute qu’il aurait été plus élégant d’avertir Roman Polanski que dorénavant « s’il s’aventurait en Suisse, il risquait d’y être arrêté ».
Une militante d’extrême droite
Mais Eveline Widmer-Schlumpf, 53 ans, surnommée « Gargamelle », n’a pas ce genre d’état d’âme. Ministre de Justice et Police, cette dure a fait toute sa carrière au sein de l’Union démocratique du centre (UDC), le parti le plus à droite de l’échiquier politique suisse. Ancienne présidente du canton des Grisons, elle est entrée au gouvernement en 2007 en trahissant son maître, le populiste Christoph Blocher, et en prenant sa place.
Depuis, elle est l’une des dirigeantes du Bürgerlich-Demokratische Partei Scheiz, en français, Parti bourgeois démocratique. On l’a compris, Eveline Widmer-Schlumpf n’est pas une poète. En France, même le politicien le plus favorable aux nantis n’oserait pas militer dans une formation « bourgeoise ».




