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Otage français au Mali, les ratés du Quai d'Orsay

Article publié le 19 février 2009

A J-1 de l’ultimatum fixé par ses ravisseurs, l’otage français Pierre Camatte, retenu depuis le 26 novembre 2009 au Mali par le groupe algérien Al-Qaida dans les pays du Maghreb islamique (AQMI), a de quoi se faire du mauvais sang. S’il s’en sort vivant, il n’est pas sûr qu’il le devra à la stratégie choisie jusque là par la diplomatie française et à l’activisme volontariste de son chef Bernard Kouchner.

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Kouchner rame
Dessin © Khalid / Bakchich

Menées tambour battant à Bamako, les deux visites successives en février du ministre des Affaires étrangères auront surtout eu pour effet de crisper leurs interlocuteurs plutôt que de faciliter les négociations initiées par les Maliens sur leur territoire.

Même la présence du Secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant, à ses côtés le 13 février, n’aura pu venir à bout des résistances maliennes. Au grand dam des émissaires français, la demande expresse de Paris de répondre favorablement aux exigences des ravisseurs – libérer quatre prisonniers islamistes détenus dans les geôles maliennes en échange de la libération de l’otage - s’est vue opposer une fin de non-recevoir qui a laissé pantois l’Elysée. Pour Bamako, la messe est dite : satisfaire les terroristes, c’est garantir le développement du terrorisme. Otage français ou pas.

Les quatre islamistes libérables

La coïncidence entre la comparution des quatre islamistes détenus au Mali ce jeudi 18 février, établissant qu’ils ont purgé leur peine, avec la date du délai accordé par AQMI pour obtenir leur libération en échange de Pierre Camatte n’est sans doute pas un hasard. Fixé initialement au 30 janvier par les ravisseurs, l’ultimatum avait ensuite été repoussé au 20 février à l’issue des premiers contacts avec les négociateurs maliens. Cet arrangement, qui les aura rendu libérables et donc échangeables avec l’otage français dans les temps, permet aux autorités maliennes de s’en sortir la tête haute, sans apparaître comme ayant cédé aux exigences des ravisseurs. L’honneur est sauf pour Bernard Kouchner, qui bénéficie incidemment du travail mené rondement par les négociateurs. Reste Alger, à qui ce dénouement doit rester en travers de la gorge. Deux des islamistes libérables sont algériens. A.G.

Alger en coulisses

Pour Paris, qui pensait pouvoir rallier à sa cause le Président Amadou Touré et faire valoir ses conditions dans les négociations, le camouflet est de taille. C’était sans compter l’intervention d’un autre acteur de poids, qui, lui, a raflé la mise : l’obstination malienne a en effet été plus qu’encouragée par Alger, qui manœuvre en coulisses pour garder la main sur la gestion des otages européens (trois Espagnols, deux Italiens, en plus du Français) actuellement retenus par AQMI dans la région sahélienne.

Très remonté contre les gouvernements occidentaux qui moyennent en millions d’euros la libération de leurs otages enlevés par le groupe algérien dans le sanctuaire sahélien, Alger a fait de la lutte contre les rançons son cheval officiel de bataille pour se tailler le leadership de la lutte anti-terroriste dans la région. Jusqu’à se targuer d’avoir obtenu du Conseil de sécurité de l’ONU sur sa proposition l’ajout d’un point à la résolution 1904 adoptée fin décembre 2009 incriminant le paiement de toute forme de versement aux groupes terroristes pratiquant le rapt.

Le jackpot des otages

Car cette source de financement -l’aubaine d’AQMI- contribue à son expansion, « et la tarir » a encore martelé récemment le ministre algériens des Affaires étrangères, Mourad Medelci, « c’est travailler au tarissement du terrorisme ». Et des filières de trafiquants en tous genres : selon une source du renseignement malien contacté par Bakchich, un ressortissant occidental enlevé dans la région se revendrait à AQMI pour un montant allant de 100 000 à 300 000 euros. Exception faite des ressortissants britanniques et américains, car « le groupe sait que leur gouvernement ne paie jamais » (sic).

Le message passé à Bamako aux deux émissaires français est clair : la solution passe par Alger. Pas sûr que l’Elysée décide de s’y résoudre : la relation franco-algérienne est à son pire moment. Et les contreparties politiques que ne manquerait pas d’exiger Alger, qui détient suffisamment de clés dans ce dossier pour offrir un aboutissement heureux à cette prise d’otage si Paris le lui demandait, seraient pires encore.

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