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Les nababs du carbone

Trop forts, ces Anglais. Alors que 2010, estampillée année internationale de la biodiversité, est tout juste entamée, voici que nos amis d’outre-Manche lèvent le voile sur une espèce jusqu’ici peu connue : les «  Carbon Fat Cats ».

Les bestioles en question, mises à l’index par l’ONG britannique Sandbag dans un récent rapport, sont les nababs du carbone, des entreprises qui disposent de permis de polluer excédentaires. En 2005, l’Union européenne a mis en place un système d’échange de quotas d’émission de CO2 – des droits à polluer – fondé sur le protocole de Kyoto. L’UE alloue des quotas aux Etats membres qui les distribuent ensuite à leurs industries ; mais les entreprises qui émettent moins que leur part peuvent vendre la différence aux entreprises qui dépassent leur droit.

Or certaines ont bénéficié de dotations bien supérieures à leurs vrais besoins. « Des permis ont été délivrés en masse », constate Anna Pearson, l’auteure du rapport. Sans compter que, crise aidant, certaines entreprises, notamment celles de l’énergie, de l’acier et du ciment (les plus gros pollueurs) ont ralenti leur activité, émettant moins de CO2 et se retrouvent avec la possibilité de vendre au plus offrant une énorme quantité de quotas.

Parmi les dix plus importants Fat Cats, ArcelorMittal arrive en tête avec un surplus de 14,4 millions de tonnes de CO2 en 2008. Deuxième, Lafarge et ses 4,2 millions de tonnes. Au prix de 14 euros la tonne, le pactole atteint 202 millions d’euros pour le sidérurgiste et 59 millions pour le cimentier ! Avec leurs petits camarades, ces géants se partagent 35 millions de crédits CO2 – 364 millions d’euros.

Dessin de Morvandiau - JPG - 35.9 ko
Dessin de Morvandiau

« D’ici les cinq prochaines années, nous estimons que la valeur de ces permis atteindra 2,3 milliards d’euros, trois fois plus que le budget total de l’UE pour l’environnement », ajoute le rapport Sandbag. Contacté, le géant Indien, ArcelorMittal ne veut pas commenter ces chiffres, mais rappelle se « refuser à céder des crédits carbone. Sauf à, éventuellement, investir le bénéfice de ces ventes dans des projets d’économie d’énergie afin d’améliorer l’empreinte carbone d’ArcelorMittal. »

Pas sûr que cela suffise à amadouer les associations environnementales qui se sont empressées, comme le Réseau action climat France, de relayer un rapport qui « remet quelques pendules à l’heure ». Il y a du dégraissage de Fat Cats dans l’air…

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