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Aller simple en Tupolev pour le président polonais

Célèbre dans le monde entier, le Tupolev TU 154, le modèle d’avion qui s’est crashé samedi 10 avril avec à son bord le gratin de l’Etat polonais et son président, s’est construit une bien pâle réputation.

Rapportée par un pilote qui participait à un reportage effectué par France 3 Côte d’Azur en juin 2006, l’anecdote vaut bien une caisse de Smirnoff : «  les journalistes suivaient un contrôle de la Direction Générale de l’Aviation Civile (DGAC) sur l’aéroport de Nice. Nous leur avions indiqué un avion à contrôler et à filmer : un vieux Tupolev 154, (comme celui de l’accident de Smolensk, NDLR), qui appartenait au leader russe du gaz, Gazprom, mais qui avait été reconverti en charter à bas prix pour des tours opérateurs. Au dernier moment, les inspecteurs ont préféré ne pas le contrôler. C’était mettre le nez dans les magouilles des dérogations permettant à ces avions obsolètes de se poser sur nos aéroports et de survoler notre pays  ».

Et puis, il fallait pouvoir déchiffrer le cyrillique sur les documents de bord… Effectivement, la réglementation internationale des critères de spécifications, la « CS 25 » n’est pas appliquée à ces avions hors d’âge. Une autre loi s’applique, bien connue en aviation sous le nom de «  la loi du grand père  ». On part du principe que ces avions, bien que ne répondant plus aux normes modernes, ont été construit, à l’époque - celle de nos grands pères - dans les règles de l’art. Et leurs compagnies ne sont pas obligées de les adapter avec des systèmes embarqués modernes assurant une meilleurs sécurité. «  Pour pouvoir se diriger en Europe, raconte notre témoin, les pilotes russes utilisaient des GPS bas de gamme ! ».

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Dans un Tupolev 154

Un système de navigation d’avant guerre

Sans compter que l’Ex-URSS a toujours refusé les transferts de technologie occidentale, regardant avec une certaine méfiance des instruments qui pouvaient aider mais aussi … contrôler et surveiller. Un vieux réflexe de la Guerre Froide, sans doute…«  Ainsi, le TU 154 n’est pas doté d’un système de navigation perfectionné, le Trak- Flight Path Angel, explique Thierry Le Floc’H, ancien pilote du Groupement de liaisons aériennes ministérielles (GLAM). Descendre dans le brouillard et refaire quatre tentatives d’atterrissages me paraît très risqué. »

Doit-on envisager pour le crash de l’avion du président polonais derrière l’erreur de pilotage invoquée, une « pression » subie par l’équipage ? Fort possible. D’abord, l’atterrissage était prévu juste avant la commémoration de Katyn, une cérémonie, pour laquelle il aurait été très malvenu diplomatiquement que le président Kaczynski arrive en retard, pour cause de déroutement à Minsk ou Moscou. « La règle des déplacements officiels est de prévoir une marge. De surcroit, il me parait délirant d’embarquer autant d’officiels dans le même avion » explique Thierry Le Floc’H.

Notre confrère Marcin Sobczyk, journaliste au Georgian Daily ajoute un élément en faveur de cette thèse : « en 2008, en plein conflit entre la Georgie et la Russie, le président Kaczynski a fait un vol pour aller soutenir le leader Georgien. Il a piqué une colère contre le pilote, qui pour des raisons de sécurité avait refusé d’atterrir à proximité d’une zone dangereuse ». Selon nos informations, ce commandant de bord aurait ensuite été débarqué des cockpits… Après, ses collègues avaient plutôt intérêt à garder le cap indiqué par le doigt présidentiel.

Cercueils volants

De son côté, la compagnie d’avions de ligne polonaise LOT a investi dans des Boeing et des Embraer, et les Tupolev militaires servant aux déplacements des officiels sont surnommés depuis longtemps « les cercueils volants » par les Polonais.

Depuis leur mise en ligne dans le début des années 70, les Tupolev ont tué plus de 6000 passagers, avec près de 200 accidents, au cours de vols essentiellement assurés par la compagnie russe Aeroflot. Les Tupolev 154 ont connu 57 accidents sur les 954 produits, soit un taux élevé de 6% ! Ces avions de conception soviétique sont aujourd’hui totalement dépassés mais continuent de servir l’Afrique et l’Europe de l’Est, voire même l’Europe tout court. Servir. Ou desservir ?

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Surprise du chef
Dessin de Ray Clid

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