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L'Amérique à l'ère du ressentiment

Les leaders de 47 pays étaient réunis à Washington pour le sommet sur la sécurité nucléaire, mais l’Américain moyen s’en fiche. Selon le nouveau sondage du Washington Post, 55% ne font « pas confiance » à ce sommet pour diminuer ou stopper la menace des « terroristes » de s’emparer des armes nucléaires, tandis que 74% pensent que l’élimination totale de ces armes dans le monde est « impossible. »

La réalité est que l’Amérique est plus nombriliste que jamais, et avec 60% qui pensent que le pays va « sérieusement mal », à cause de la crise, l’humeur de l’électorat est de plus en plus aigre, voire colérique et vengeur. Le symbole le plus visible de cet esprit, ce sont les Tea Party, ce mouvement populiste et anti-establishment de droite, toujours grandissant et aux accents de «  America First », qui fait trembler tout les sortants du Congrès qui ont les législatives de novembre prochain à l’horizon.

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L’esclavage oublié, "frivole"

La politique de l’Amérique semble rétrograder, et la haine se répandre dans les talk-shows. Au Texas, le gouverneur républicain, un excité d’extrême-droite qui vient de faire un triomphe dans la primaire de son parti contre un sénateur de l’establishment, parle ouvertement de « sécession » de l’union, comme si on devait refaire le débat qui a lancé la Guerre Civile de 1860-1865. Dans l’état de Virginie, ancienne capitale des Confédérés sécessionnistes lors de cette guerre, le gouverneur républicain vient de proclamer le mois d’avril « mois de l’histoire des Confédérés » sans jamais mentionner l’esclavage ! Et quand les médias bien-pensants ont dénoncé cet oubli époustouflant, le président de l’Association des gouverneurs républicains, le présidentiable Haley Barbour, gouverneur de Mississippi, a qualifié la polémique de « frivole ».

Comme l’a écrit à leur propos le chroniqueur Eugene Robinson du Post, un noir et lauréat du Prix Pulitzer, « Ces intransigeants de cette rébellion prétendent que cette haute trahison était un combat pour la liberté ou pour les ’droits des états’ sous la Constitution. Mais le ’droit’ pour lequel on se battait était celui de posséder des êtres humains, de les forcer à travailler, de les acheter et de les vendre comme du bétail, de les exploiter sexuellement, et de les torturer et de les tuer s’ils essayaient d’y échapper ».

L’ère du ressentiment

Si ces élus importants pensent que leurs formules teintées de racisme sont électoralement payantes, c’est que la crise et le chômage couvent des ressentiments de plus en plus ouverts chez les victimes blanches sans éducation supérieure face à l’élection d’un président noir qui, de plus en plus à leurs yeux, semble servir les exigences de Wall Street plus que les besoins des classes laborieuses.

Qui plus est, l’Amérique, après 8 ans de guerre en Irak et 7 ans de guerre en Afghanistan, devient de plus en plus isolationniste, selon un récent sondage de la très respectée Fondation Pew. Pour la première fois depuis 40 ans, une petite majorité (49% à 44%) pense que les États-Unis ne doivent « se mêler que de leurs propres affaires » sur le plan international et « laisser les autres pays se débrouiller tout seuls. » Les leaders du monde à Washington qui se pressaient à se faire photographier avec Barack Obama l’ignorent, sans doute. Mais dans l’Amérique d’aujourd’hui, c’est un pas en avant, deux pas en arrière.

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