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Avec Bouteflika, l'Algérie jaune
Dix ans de règne, ça se fête. Pour marquer le coup, en avril 2009, Abdelaziz Bouteflika entame un troisième mandat présidentiel.
Il modifie, au passage, la Constitution et procède à l’émasculation du pays. Une
longue transformation en un Absurdistan où tout n’est que luxe, calme et avidité. L’Algérie pointe aujourd’hui à la 111e place (sur 180) des pays les plus corrompus, selon l’ONG Transparency.
Frustré de ne pas avoir accédé au pouvoir dès 1979, quand il s’estimait à même de succéder à Houari Boumédiène, Boutef ’ savoure sa revanche. Contre
ces autres généraux d’Alger, putschistes post-coloniaux qui tiennent encore une partie du pouvoir. Contre les Algériens, ce peuple qu’il n’a jamais respecté et qui fuit le pays (lire « les Harragas »).
Contre les milieux d’affaires, qu’il a confisqués au profit de ses proches. Même malade, même acculé, ce « civil à l’âme militaire » continue à vouloir tout diriger dans un pays qui ne cesse de reculer. À dessein.
Comme les contre-révolutionnaires qui résumèrent leur programme à une date, 1788, Bouteflika veut revenir à 1988. Avant le soulèvement d’octobre qui brisa l’hégémonie du parti unique, le FLN, et du parti d’État. Avant
que le peuple essaie de se réapproprier le pays, que le pouvoir soit partagé et la liberté de la presse consacrée.
Un réquisitoire implacable, Notre ami Bouteflika, de l’État rêvé à l’État scélérat, taillade ce constat. Un ouvrage placé sous la férule de Mohamed Benchicou,
journaliste fort énervé : deux ans de prison, ça agace. Surtout quand le fallacieux prétexte d’« infraction régissant le contrôle des changes et les mouvements des capitaux » sanctionne la sortie d’un précédent brûlot contre Boutef ’, Une imposture algérienne (2004). Ceci explique en partie pourquoi
les généraux sont plutôt épargnés par Benchicou (les ennemis de mon ennemi sont mes amis…). Une coquille pas suffisante pour que Bakchich ne consacre un dossier à Notre ami Bouteflika.
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Bonus Web : Kissinger, Boutef, le Sahara et Israël
Sept mois avant la sortie de la somme rédigée sous le patronnage de Mohammed Benchicou, la presse marocaine a aussi fêté les dix ans de règne de Boutef’ sur l’Algérie. Pomme de discorde entre le royaume chérifien et l’Absurdistan, le Sakara Occidental. Depuis des décennies. Une chance, le gouvernement américain a justement déclassifié des documents confidentiels sur le sujet. Notamment une discussion entre le mythique secrétaire d’Etat Henry Kissinger et l’alors ministre des Affaires Etrangères algérienn un certain Bouteflika Abdelaziz. Le mémorandum publié ci-contre relate une rencontre entre les deux hauts personnages tenus à l’ambassade des Etats Unis à Paris, le 17 décembre 1975. Soit un mois et quelques après le succès de la Marche Verte. Le 6 novembre 1975, le souverain marocain, feu Hassan II, organisait une marche pacifique (350 000 volontaires) vers le Sahara Occidental afin que les colons espagnols s’en retirent. Et la restituent au Maroc. Le début du conflit larvé sur la souverainenté des dunes entre le Maroc et l’Algérie.
Comme l’a décrit le journal Tel Quel, l’un des derniers hebdo libres du Maroc, en décembre 2009, Boutef’ "reproche à Kissinger, avec un langage très peu diplomatique, de ne pas avoir mis le Maroc sous embargo, de l’avoir notamment alimenté en armes et en dollars. Pendant toute la durée des opérations, le président Houari Boumediene est, lui, dans tous ses états."
Extraits
Kissinger : Je ne comprends pas ce que l’auto-détermination veut dire pour le Sahara. Je peux comprendre ce qu’elle veut dire pour les Palestiniens mais c’est un problème légèrement différent.(…)
Nous n’avons pas une position anti-algérienne. La seule question était combien investir. Empêcher la Marche verte aurait signifié détériorer complètement nos relations avec le Maroc, dans les faits un embargo.
Bouteflika : Vous auriez pu le faire. Vous auriez pu arrêter l’aide économique et militaire.
Kissinger : Mais cela aurait induit la ruine totale de nos relations avec le Maroc.
Bouteflika : Non, le roi du Maroc ne se serait pas allié aux Soviétiques.
Kissinger : Mais nous n’avons pas autant d’intérêt dans le Sahara.
Bouteflika : Mais vous avez des intérêts en Espagne et au Maroc…
Kissinger : Et en Algérie.
Bouteflika : Et vous en avez favorisé un.
Kissinger : Je ne pense pas qu’on ait favorisé une partie, nous avons essayé de rester en dehors de ça.
Bouteflika : Votre rôle n’a jamais pu être marginal ou dénué d’intérêt parce que, de façon évidente, il y avait une coopération militaire avec le Maroc. Par conséquent, vous ne pouvez pas être neutres entre le Maroc et l’Algérie. Donc je comprends que vous ayez dû favoriser, ou avoir l’air de favoriser, le Maroc à cause de cela.
Kissinger : (à Sabbagh) Mais ce dont le ministre des Affaires étrangères se plaint, c’est que nous n’ayons pas favorisé l’Algérie. Pour prendre cette position, nous aurions eu à inverser complètement nos positions. (…)
Laissez-moi penser à la question du référendum. Surtout si ça n’est pas conditionné par le retrait [des Marocains] avant un référendum.
Bouteflika : Oui, vous avez dit, si le retrait n’est pas une condition pour tenir un referendum. Mais c’est également à la condition qu’il y ait d’assez fortes garanties sur le fait que les gens puissent décider librement. Vous savez, des assassinats peuvent être courants. Nous ne voulons pas de problème. Génocide.
Kissinger : Au Sahara ?
Bouteflika : Je suis complètement catégorique. C’est un problème d’intérêts. Je ne sais pas pourquoi la Mauritanie veut des frontières comme celles-ci ou pourquoi l’Algérie doit avoir peur. ça n’est pas sain. Si le Maroc et la Mauritanie se partagent le Sahara, ce n’est pas de la politique.
De la dureté des échanges diplomatiques… à nuancer. Les relations entre les deux commis de leurs Etats ont l’air à la lecture des 16 pages des retranscriptions, plus que chaleureuse. Kissinger début même la conversation en taxant Boutef’ d’un calin "Enfant terrible, de quels problème devons nous parler ?
Bouteflika De ceux que vous voulez
KissingerJe l’ai connu révolutionnaire, le voici diplomate révolutionnaire
Bouteflika Il est nécessaire dans la vie de chacun, de changer quand on est sur la tangente ".
Une merveilleuse citation que Bouteflika fera sienne tout au long de sa carrière.
Et l’exercice continue après sur le ton d’étonnantes confidences de Kissinger. Que ce soit sur la guerre froide en Afrique, notamment en Angola
Ou sur sa vision de la politique israélienne de l’époque.
"Mon idée majeur est qu’il jouent délibérément la provocation. Ils établissent des camps, annoncent qu’ils ne céderont pas 200 mètres de territoire (sur le plateau du Golan, ndr), ce qui est une insulte pour la Syrie (…) Ils veulent revenir à la période 1963-73, quand ils étaient notre seul allié au Moyen-Orient, mais ils savent que le temps ne joue pas pour eux".
Peut-être les temps n’ont-ils pas changé…





